À la bonne franquette aux Trois Garçons

Les murs bigarrés de briques et de pierres rappellent la vocation industrielle initiale des lieux.
Photo: Clément Allard - Le Devoir Les murs bigarrés de briques et de pierres rappellent la vocation industrielle initiale des lieux.

Depuis des années, j’aime arpenter la rue Saint-Jean en toute saison et j’avais remarqué le changement de vocation de l’ancienne Brûlerie Tatum, qui avait pignon sur rue depuis 1995. C’est donc avec une certaine curiosité que je décide d’aller manger au bistro qui y a succédé, Les Trois Garçons, curiosité d’autant plus grande que l’endroit a remporté le Prix du public au Gala de la restauration de Québec en 2012, dans la catégorie « Nouveau restaurant ».


En bonne compagnie, j’y vais par un dimanche soir ensoleillé, mais trop venteux pour la terrasse, hélas ! Nous avions prévu le coup et réservé à l’intérieur. Étonnamment, notre table a déjà été attribuée, alors l’hôtesse nous relocalise dans la section du fond collée aux cuisines. Après 30 bonnes secondes, le niveau du bruit est si dérangeant que je demande à changer de place. Ce petit inconvénient réglé, je peux enfin me concentrer sur ma « mission » gastronomique.

 

Le haut plafond


Nos verres de rouge à la main, un Corinto (assemblage cabernet-sauvignon et carménère du Chili) pour moi, un Patriarche (pinot noir du pays d’Oc) pour lui, nous abordons le menu. Le resto Les Trois Garçons étant réputé pour ses hamburgers, il va de soi que nous opterons pour ce mets résolument décontracté.


J’envisage d’abord de débuter par la pizzette au fromage bleu avec poire pochée, pacanes caramélisées au miel, poireaux et roquette. Apprenant que cette « entrée » est, en fait, assez consistante pour être prise en plat principal, j’opte plutôt pour le crab cake. Mon ami, rendu frileux par la promenade sous le vent frisquet, décide de se réchauffer en choisissant le potage du jour.


Un coup d’oeil aux alentours, à présent. Rappelant la vocation industrielle initiale des lieux, les murs bigarrés de briques et de pierres sont ponctués de poutres peintes en noir. Le mobilier en bois est confortable et chaleureux. Le haut plafond de la section centrale confère une ambiance intéressante. J’aurais bien aimé m’installer en mezzanine, mais… trêve de déplacements pour ce soir !


Voici nos entrées apportées par une serveuse compétente et attentive. Ça tombe bien, nous sommes affamés. Mon crab cake se décline, en fait, en trio : il s’agit de trois boules fichées sur bâtons et déposées sur un trait de mayonnaise épicée, le tout parsemé d’échalote. Je suis un peu déçue… La saveur prononcée de la panure tend à camoufler la délicate chair de crabe, qui m’apparaît un peu insipide. Heureusement que la mayo bien relevée vient requinquer l’ensemble.


La soupe de mon invité, une crème de tomates et légumes bien fumante, présente une texture fine et crémeuse sans être épaisse, où les saveurs du potager s’harmonisent bien à la tomate dominante. Je reste pourtant sur l’impression qu’au point de vue des entrées, les Trois Garçons se cherchent un peu : on aurait avantage à jouer plus audacieusement sur le concept de casse-croûte urbain-chic.


Entre deux plats, nous en profitons pour discuter. En parlant fort : l’endroit est très achalandé et fort bruyant, même pour un dimanche soir. Heureusement que la musique ambiante, un pop-rock anglophone assez générique, se laisse oublier.


On pose devant moi une belle assiette où trône le « Québec 1608 ». Un pain croustillant juste ce qu’il faut, recélant une juteuse galette de boeuf agrémentée d’oignons, de roquette, de caramel balsamique et, note suprême, d’une généreuse part de 1608, ce fromage élaboré par la Laiterie Charlevoix dans la foulée du 400e anniversaire de Québec. Une harmonie très réussie pour qui apprécie le sucré-salé. Un bol de salade panachée bien fraîche accompagne le tout.

 

Le «Hercule»


Pour mon ami, c’est le « Hercule » qui s’amène. Ici, la galette de bison, cuite à point, voisine les champignons sauvages, la roquette, la mayonnaise aïoli et le sublime fromage Hercule de Charlevoix. Une seule bouchée et nous sommes transportés ailleurs. La saveur boisée des champignons rehausse superbement le bison, ce qui donne un hamburger décidément hors de l’ordinaire et très goûteux. Mention spéciale à la mayo chipotle qui accompagne l’appétissante part de frites !


Un détail : après avoir mangé un burger bien garni et dégoulinant, de petites serviettes humides - comme celles qu’on nous offre dans certains restos de poulet et côtes levées - auraient été fort appréciées pour se nettoyer les mains.


Café et compagnie


Déjà rassasiés, aurons-nous encore l’appétit pour faire honneur aux desserts maison ? Eh bien oui. Le gâteau aux carottes élu par mon compagnon, déposé sur un coulis de sucre à la crème, laisse deviner une trace de muscade et de cannelle, tandis que le crémage (à base de fromage à la crème, comme il se doit) s’avère onctueux à souhait.


La tarte à la lime n’étant malheureusement pas disponible, je me rabats sur la crème brûlée. Cuisinée à partir de gousses de vanille, crémeuse et riche, sa saveur caramélisée s’accorde à merveille avec les notes torréfiées de mon café. Il est à noter que Les Trois Garçons, dignes successeurs d’u ne brûlerie, en proposent un excellent ! Retour à la promenade pour digérer tout ça. Heureusement, le vent a fini par tomber : les plus anciennes rues de la capitale sont si jolies sous l’éclairage nocturne.


Plus: des hamburgers dont la renommée est justifiée. Belle utilisation de produits du terroir, notamment des fromages du Québec.


Moins: des entrées manquant de personnalité, une ambiance trop bruyante pour un tête-à-tête et plus favorable aux joyeuses réunions entre copains.


Repas pour deux incluant les entrées, l’alcool, les taxes et le service: 95 $.


 

Collaboratrice

1 commentaire
  • Marc-Antoine Bélanger - Inscrit 1 juin 2013 13 h 24

    L'eau à la bouche

    Article très bien écrit! Il m'en a donné l'eau à la bouche, moi qui suis déjà allé l'automne dernier.