Demandez-leur n’importe quoi, ou presque

Le restaurant Le Pois penché de Montréal s’est donné des airs de brasserie parisienne avec un banc d’huîtres présenté sur glace à l’intérieur.
Photo: François Pesant - Le Devoir Le restaurant Le Pois penché de Montréal s’est donné des airs de brasserie parisienne avec un banc d’huîtres présenté sur glace à l’intérieur.

Deux, trois, peut-être quatre ans, voire plus, que je n’avais visité ce restaurant du centre-ville de Montréal, Le Pois penché, qui s’est donné des airs de brasserie parisienne avec un banc d’huîtres présenté sur glace à l’intérieur.


Un style rétro, Art déco, avec plafond gaufré, un grand bar service au centre, des chaises et des banquettes rouges, et, aux murs, de belles toiles représentant de façon stylisée la Belle Époque. Quelques grands tableaux noirs viennent troubler la couleur des peintures pour présenter menus, tables d’hôte et vins du moment. Des effets miroirs provenant des colonnes ajoutent à la profondeur et à la beauté des lieux. On est dans le chic, à l’image des grandes brasseries parisiennes.


Dès les beaux jours, la belle terrasse donnant sur la rue attire d’emblée les passants, qui viennent goûter homard et rosés de saison.


Côté carte, même si les chefs se succèdent ici, il n’y a rien de très différent par rapport à ce que proposait l’ancien propriétaire. Choix de fruits de mer, tartares, grillades, et quelques surprises qui peuvent, à la lecture, laisser perplexe, comme ces « frites de l’île d’Orléans », sans doute des frites faites à partir de pommes de terre provenant de l’île.


Si la carte semble trop grande à la première lecture, il faut dire qu’elle offre vraiment un grand choix pour tous les goûts, tôt le matin, tard le soir, pour le brunch et pour tous les jours de la semaine. On connaît tous le slogan : « Demandez-nous n’importe quoi, ou presque ! » Il s’applique ici.


Un accueil courtois mais jamais guindé


Mon invitée était déjà arrivée et semblait bien connaître les lieux. L’accueil au Pois penché est courtois, professionnel, mais jamais guindé. J’aime. Les tables sont bien dressées, avec des serviettes de coton, même le midi. On y sert du bon pain et on offre d’emblée de l’eau, sans forcer la note pour l’eau embouteillée, comme dans certains endroits.


Le menu du jour, qui porte aussi le nom de table d’hôte, offrait ce jour-là une soupe ou une salade en entrée, et du cassoulet ou du cardeau poêlé au coulis de poivron grillé en plat principal.


Trop souvent, les soupes sont concoctées avec des légumes défraîchis. La soupe, comme l’omelette, est un test pour le cuisinier. Il y a de grandes chances pour que, si la soupe est bonne, le reste le sera également. Au Pois penché, la crème de patates douces était délicatement parfumée avec, sur le dessus, un filet d’huile d’olive. Chaud, onctueux, bien assaisonné, le potage, très fin, était superbe et présageait une suite heureuse.


La salade du jour, dite de mesclun, s’accompagnait d’une version maison du rouleau de printemps à la pintade. La pâte filo enrobait un mélange délicat de volaille et de légumes, mais manquait malheureusement d’assaisonnement. Mieux valait choisir le potage.


À l’origine, le cassoulet était servi dans un contenant en terre cuite nommé le cassolot, ou casolle en occitan. Le sud-ouest de la France est une région propice à la culture du haricot et reconnu pour son foie gras et ses saucisses de Toulouse.


Dommage que le jeune chef du Pois penché ne connaisse pas les variétés de haricots propices à la confection d’un vrai cassoulet. Le haricot à peau épaisse dont il s’est servi pour accompagner la cuisse de canard confit était dur. Un morceau de saucisse se rapprochant plus d’une saucisse italienne que d’une saucisse de Toulouse complétait la garniture, avec un morceau de poitrine de porc.


Même si le tout était bien servi dans un plat en terre cuite, il manquait de chimie entre les différentes composantes pour que le plat soit un succès.


En ce qui concerne le cardeau, un beau morceau de filet de ce poisson à chair blanche proche parent de la sole, il était bien cuit tout en restant moelleux. Finement apprêté, il était accompagné de purée et d’un coulis de poivron rouge grillé.

 

Importation privée


Il semble, comme le précise l’excellent sommelier Jacques Orhon, que tous les restaurateurs du Québec soient tombés dans la barrique de l’importation privée. Un bon moyen d’éviter que les consommateurs connaissent le prix des vins tel qu’affiché dans les SAQ.


Ici comme ailleurs, on vante ce phénomène en offrant des vins d’importation privée aux prix courants.


Le dessert est compris dans la table d’hôte. Il s’agissait ce jour-là d’une crème caramel cuite dans un moule rectangulaire puis découpée en tranches. J’avais presque oublié comment une crème caramel bien faite peut être délicieuse. C’était le cas cette fois-là.


La table est mise pour que ce restaurant trouve enfin chef à ses fourneaux. Le service est de qualité, l’endroit est chic et bien situé, si ce n’est qu’il faut trouver une place dans un stationnement du centre-ville si on vient de loin. Espérons qu’il penchera du bon côté.


Prix payé le midi pour la table d’hôte pour deux personnes, avec deux verres de vin, avant service : 77,08 $.


Plus: un très beau restaurant et des prix très concurrentiels.


Moins: une cuisine en dents de scie qui se cherche une identité.


 

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