Ripailles médiévales à La Chope Gobeline

Les murs de pierre grise et de lambris de bois rustique offrent un écrin avantageux au concept de La Chope Gobeline, tandis que les armoiries sculptées, les étendards en cotte de maille et les suspensions à l’ancienne donnent le ton.
Photo: Renaud Philippe Le Devoir Les murs de pierre grise et de lambris de bois rustique offrent un écrin avantageux au concept de La Chope Gobeline, tandis que les armoiries sculptées, les étendards en cotte de maille et les suspensions à l’ancienne donnent le ton.

La Chope Gobeline est ce qu’on appelle un restaurant thématique : dans ce cas-ci, le Moyen Âge est à l’honneur. En entrant, nous sommes immédiatement plongés dans l’univers d’une auberge médiévale. Les murs de pierre grise et de lambris de bois rustique offrent un écrin avantageux au concept, tandis que les armoiries sculptées, les étendards en cotte de maille et les suspensions à l’ancienne donnent le ton.


Le personnel, vêtu à l’ancienne, accueille la clientèle de manière très familière. Le tutoiement agrémenté d’un petit accent médiévalisant contribue à évoquer l’atmosphère d’époque. L’ambiance générale, chaleureuse, festive et, convenons-en, un peu brouillonne sort incontestablement de l’ordinaire. On y va en bonne compagnie : à preuve, il n’y a pratiquement que des groupes nombreux en ce samedi soir bondé. Assis au coude à coude, les convives - jeunes et moins jeunes - semblent s’amuser ferme.

 

«À boire et à manger, aubergiste!»


On nous installe à l’étage, où se succèdent trois petites salles agrémentées de longues tables.


Nous consultons la carte des alcools. Pour démarrer la soirée, j’opte pour un verre de « claret », qui désigne ici un vin blanc aromatisé aux épices. Je n’ose interpeller la serveuse, visiblement débordée, afin de savoir s’il est concocté sur place ou acheté ailleurs. Mon compagnon choisit un hydromel médiéval, une liqueur de miel vieillie en fût de chêne, produite au Québec et vendue à la SAQ.


Avant d’aller plus loin, une précision s’impose. En tant qu’historienne des boissons et de l’alimentation, je n’ai évidemment pu m’empêcher de relever les nombreuses entorses ou inexactitudes dans le menu proposé par La Chope Gobeline. Or, puisque j’avais décidé de me prêter au jeu, je ne m’attarderai pas à la conformité historique des mets eux-mêmes, me concentrant plutôt sur leur qualité intrinsèque. Voilà, c’est dit !


La carte propose une douzaine de mises en bouche chaudes ou froides, dont une étonnante « marmite de guernouilles » ainsi qu’une « platée du monastère… idéale pour deux clients, ou un seul goinfre ». Dans les repas principaux figurent des mijotés, des « tranchoirs » (sortes de pizzas) ainsi que les spécialités de la maison, notamment la « tourte aux 3 gibiers », la côte de porc aux pommes caramélisées et le « minotaure » de bison.


Devant cette foison de choix aux noms déconcertants, mon compagnon et moi optons pour la « tablée des aventuriers », un menu pour deux qui permettra de goûter à plusieurs mets. J’ajoute aussi une autre entrée de « hérissons de sanglier ». La soirée est prometteuse.

 

Une table rabelaisienne


Petite erreur de communication avec la cuisine : nous n’aurons pas la crème de carottes annoncée, mais plutôt une « souplette » de boeuf et d’orge. Chacun reçoit son petit caquelon de terre cuite d’où s’élève un délicieux fumet. Le riche bouillon, quoique goûteux à souhait, s’avère finalement plus clair que je ne l’aurais espéré. Les hérissons, trois boulettes de sanglier haché agrémentées d’amandes effilées et servies avec une petite sauce relevée, sont en revanche absolument exquis.


Puisqu’il s’agit d’un menu pour deux, une énorme assiette ovale, chargée de victuailles, est déposée devant nous. Le mijoté de lapin avec pommes de terre, carottes et oignons, aromatisé au miel et à la moutarde de Dijon, se révèle délicieux. La viande est tendre et l’assaisonnement bien composé rehausse parfaitement la saveur du lapin. Mais comme pour la « souplette », je me serais attendue à plus de consistance de la part d’un ragoût. La cuisse de pintade est juteuse et cuite à point ; je regrette presque qu’il n’y en ait qu’une seule dans l’assiette. Pas de souci, notre « tablée » est suffisamment garnie pour qu’on ne meure pas de faim ! Y trône encore un « haggis en croûte » : il s’agit d’un baluchon de pâte feuilletée farci de viande hachée, inspiré d’un mets traditionnel écossais. Quoique agréablement épicée, avec des notes de girofle, la garniture me semble cependant un peu sèche. Le pilaf d’orge perlé est un élément qui me plaît particulièrement, puisqu’il vient avantageusement remplacer le riz ou les pâtes généralement proposés en accompagnement, tout en conférant une touche rustique à l’ensemble. Salade mesclun et quartiers de pommes de terre frites complètent l’énorme assiette qui semble tout droit sortie d’un roman de Rabelais.


Petit bémol : je dois admettre que je ne m’en sors pas très bien avec les ustensiles disponibles, devant alterner entre la petite fourchette à deux branches et la cuillère à soupe… Moyen Âge oblige !


Le charme de La Chope Gobeline réside aussi dans les animations qui s’y déroulent pendant la soirée. Lors d’une précédente visite, j’avais eu le plaisir d’entendre un violoniste fort doué. Cette fois-ci, nous avons droit aux prestations d’un mage, dont les tours de cartes, effectués juste sous notre nez, parviennent à nous mystifier. Un peu plus tard, ce sont les deux serveuses qui unissent leurs voix pour pousser quelques pièces grivoises et chansons à répondre. Cela contribue à nous faire oublier la chaleur qui règne à l’étage… et à pardonner les fréquentes erreurs de service.


Pour conclure mon repas, je choisis une « tarte à la sauterelle », une garniture crémeuse à la menthe verte parsemée de petits morceaux de pacanes, déposée sur une croûte de type Graham. Après nos gargantuesques agapes, la fraîcheur de ce petit dessert original me ravit purement et simplement. Mon ami a opté pour la crème de chocolat, dont la consistance et la saveur s’avèrent à la hauteur, sans plus.


Si je n’ai pas fait de grandes découvertes gastronomiques en ce lieu, j’y ai mangé honnêtement et, surtout, j’y ai passé un très agréable moment. Les nombreuses étourderies de la serveuse n’auront pas réussi à entamer la bonne humeur générale de la tablée. Après tout, on vient surtout à la Chope pour revivre, l’espace de quelques heures, l’expérience médiévale !


Plus ambiance et mets résolument hors de l’ordinaire.

Moins bruyant; de nombreuses erreurs et des oublis de la serveuse.

Notre repas taxes comprises : 86 $.


 

Collaboratrice