Un drôle de bon cochon éclectique

L’enseigne carnavalesque et voyante fait fort bien son travail et invite le curieux que je suis à découvrir le restaurant Chez ma grosse truie chérie. <br />
Photo: Jacques Grenier - Le Devoir L’enseigne carnavalesque et voyante fait fort bien son travail et invite le curieux que je suis à découvrir le restaurant Chez ma grosse truie chérie.

L' enseigne extérieure qui donne sur la rue Papineau ne laisse personne indifférent. Décidément, après Martin Picard, le cochon semble être à son meilleur et bénéficie des largesses de la restauration montréalaise. L'enseigne carnavalesque et voyante fait fort bien son travail et invite le curieux que je suis à découvrir le restaurant Chez ma grosse truie chérie.

En entrant, on se croirait parachuté dans un roman de Jules Vernes ou encore un Star Trek nouveau genre, programmé pour un retour sur Terre dans un café du cosmos. Du métal martelé sur les murs, des turbines qui pourraient bien sortir de LG3 ou d'une réserve hydroélectrique.

Le restaurant est beau, mais en même temps surprenant par ce concept qui laisse peu de place à l'intimité. Tout ici a été pensé en fonction de la récupération. La céramique du plancher est en soi une oeuvre d'art et rappelle ce que l'on retrouve sur le sol de Lisbonne. Les tables reconstruites avec d'anciennes allées de quilles pourraient être vendues chez n'importe quel Starck de ce monde, tout comme les lampadaires sur la magnifique terrasse chauffée. Et, pour le service, la belle vaisselle rétro qui appartenait au restaurant Hélène de Champlain, fief jadis de Pierre Marcotte. Tout est original, beau et surprenant à la fois.

Et tout semble s'accorder dans ce restaurant qui a au fil des semaines corrigé les petites maladresses d'une ouverture hâtive. Les portions sont raffinées et généreuses, et on mise sur les petits producteurs, comme pour le porcelet, qui arrive directement de Saint-Canut, ou encore pour des vins d'importation à découvrir, comme ce Côte du Rhône très apprécié de l'Oratoire de la Brume, qui nous confirme que les vins partout dans le monde sont meilleurs que jamais.

Côté cuisine, le chef s'éclate. Un gars bourré de talent dont, je vous l'assure, vous entendrez parler dans les mois à venir. Un chef qui n'hésite pas à partir aux champignons, visiter ses petits producteurs, et qui fait venir ses fruits de mer des Îles ou encore de Gaspésie chaque fois qu'il le peut.

Voici, en ce soir de semaine, l'occasion de s'asseoir tranquillement avec mon invitée sur la terrasse bien chauffée. Si les tables de marbre recyclées permettent l'intimité, il en est différent pour les grandes tables de bois, qui peuvent rassembler de 6 à 10 personnes.

Une entrée d'huîtres fines bien ouvertes sans morceaux de coquille, assaisonnées d'une touche de vinaigre de cidre de glace ouvre le repas. Un régal de mise en bouche et d'équilibre à découvrir avec un vin, eh oui, issu du Québec.

La soupe à l'oignon à la bière avec des morceaux de porcelet est gratinée au fromage des 14 Arpents. Un plat à recommander, car on a su valoriser tant la bière des microbrasseries que la fromagerie Médard du Lac-Saint-Jean, qui a tant souffert de l'effet dévastateur de la listéria (souvenez-vous, il y a deux ans).

Les fumaisons, car on fume maison le saumon, le porc et le canard — un ensemble qui se décline dans une assiette —, et le foie gras au torchon partagent la scène avec le magret fumé et une compote de dattes.

Encore là, on a bien dosé les mélanges et les assaisonnements que l'on trouve dans cette entrée des plus agréables. Fait à souligner, on sert le pain Arhoma, qui devient définitivement la boulangerie de l'heure et, de plus, celle des bons restaurants.

Le cochon est évidemment à l'honneur, et sur la carte de ce bistro hors normes il apparaît cuisiné sous de multiples facettes. Mon invitée avait opté pour le filet de veau de lait poêlé, servi avec champignons et jus court. Bien cuite, parfaitement rosée et joliment présentée, la viande était savoureuse et le jus de cuisson ne gâchait en rien l'équilibre global.

Pour ma part, j'ai opté pour le trio de porcelet, qui se compose d'un morceau de viande braisée, d'un pavé de porcelet poêlé et d'un morceau rôti. Le tout servi avec une polenta crémeuse et trop peu de petits légumes.

Un ralliement «cochon» pour tous les amateurs, comme moi, du divin animal, et qui sait combler toutes les attentes. Une viande fine et goûteuse dont on peut vraiment, grâce aux différentes cuissons que le chef, Loïc Chazay, propose, apprécier la valeur.

Pour une fois, on ne tombe pas dans la folie du Paco Jet, cette machine suisse qui permet aux cuisiniers de faire des glaces ou sorbets rapides en tentant de faire croire qu'ils sont devenus des maîtres glaciers... On utilise ici une vraie sorbetière professionnelle, comme le font encore les grands glaciers de ce monde. Le résultat: des glaces fines et très aromatiques, que l'on a plaisir à retrouver. Une crème façon Tatin pommes renversées est une version de la crème brûlée. Un dessert fin comme les macarons, dont tous les restaurateurs se targuent d'ailleurs de faire les meilleurs. C'est vrai qu'ils sont ici frais et bons, bien dosés en chocolat.

On annonce pour cette semaine des brunchs que l'on qualifie déjà d'uniques à Montréal. Puis, adjacent au bistro, un tout petit et autre resto qui ouvrira la fin du mois d'octobre et qui sera consacré au boeuf, au veau et aux fruits de mer.

Enfin du nouveau dans un quartier où habituellement on n'a pas l'habitude de ce genre de révolution «restauratrice». Un service pro et courtois permet de passer une belle soirée dans un monde de Jules Verne où le futur est cette fois réalité.

Restaurant Bistro: Chez ma grosse truie chérie, 1801, rue Ontario Est, Montréal, (514) 522-8784

-Plus: Une cuisine de qualité et sans équivoque, une ambiance éclectique mais bien dosée.

-Moins: Un manque de choix de poissons.

-Prix payé pour deux le soir, avec une bouteille de vin avant service mais avec taxes: 139,97 $.

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Les bonnes fourchettes du mois


Restaurant Niji
- Quartier Dix-30, 9385 boul. Leduc, Brossard, 450 443-6454

Niji, on aime! Un des meilleurs restos japonais de Montréal ou de la Rive-Sud. Le chef en cuisine s'attarde à servir des ingrédients frais et de qualité, et des plats de cuisine japonaise à des prix plus que corrects. Essayez les sushis.

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Les trois petits bouchons - 4669, boul. Saint-Denis, Montréal, 514 285-4444

La chef réalise des prouesses culinaires en pratiquant son art. Elle adore l'Asie, et cela se sent dans ses plats, qui changent au goût du marché. En plus, la place propose de petites découvertes en ce qui concerne les vins d'importation privée. Et si on donnait un petit coup de peinture... ce serait merveilleux. Ouvert le soir.

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Restaurant Tri express - 1650, av. Laurier Est, Montréal, 514 528-5641

Monsieur Tri est toujours présent. Ce petit bout de restaurant qui ne paye vraiment pas de mine a toujours ses adeptes du Plateau, qui apprécient cette cuisine fusion asiatique. Midi ou soir, sauf le lundi, on y demeure fidèle à la qualité, mais mieux vaut réserver, car les places sont chères aux gourmets et amateurs de sushis.

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Pizzéria L'Arlequino - 1218, rue Drummond, Montréal, 514 868-1666

C'est la meilleure pizza en ville. L'essayer, c'est l'adopter. Une pâte fine, des garnitures fraîches et originales, de la passion, voilà la recette pour consommer la meilleure pizza en ville, midi ou soir. Belle carte de vins, au verre ou à la bouteille.