L'aquarium de Carlos

Le bistro F est moderne, l’éclairage ainsi que les sièges et le bar à l’entrée, sur la photo, s’harmonisent avec l’esprit des lieux.<br />
Photo: Jacques Grenier - Le Devoir Le bistro F est moderne, l’éclairage ainsi que les sièges et le bar à l’entrée, sur la photo, s’harmonisent avec l’esprit des lieux.

On l'attendait et il est arrivé, le nouveau bistro de Carlos Ferreira. Installé à côté de l'autre restaurateur bien connu Normand Laprise, le F, tout en longueur, attire l'œil sur cette magnifique place des Spectacles nouvellement inaugurée à Montréal.

On pourrait aussi bien être à Lyon, à Barcelone ou à Bordeaux lorsque les jets d'eau viennent titiller le regard et nous permettre l'évasion que cet élément sait si bien communiquer.

Le bistro F est délibérément moderne, l'éclairage ainsi que les sièges et le bar à l'entrée s'harmonisant avec l'esprit des lieux. Quant à la disposition des tables, elle se veut simple, mais élégante. Napperons de papier promotionnel du comité du porto et serviettes de papier coton, qui ressemblent de près à du «vrai linge de table», donnent le ton, et les verres et la coutellerie sont de qualité.

Ferreira est allé chercher un chef de renom pour son nouveau restaurant: Gilles Herzog, qui officiait, dans son ancienne vie à Laval, au restaurant Derrière les fagots.

L'esprit du restaurant est d'abord portugais, mais avec un clin d'oeil au reste de l'Europe et au continent nord-américain. En souvenir de l'ami proche Daniel Boulud, on trouve au menu son hamburger au foie gras, que l'on propose ici au prix du bistro (19 $).

Le menu est attrayant et offre une nouveauté particulièrement intéressante dans le cas de certains plats: une version brève sous forme de tapas et une version longue pour ceux qui souhaitent faire durer le plaisir plus longtemps.

Mon invitée et moi optons pour un partage des plats, avec trois entrées et deux plats version longue pour les plats principaux. Le tout accompagné de vin de la région de l'Alentejo (shyra), d'une grande finesse malgré sa longueur en bouche et sa puissance.

La salade d'agrumes, aïoli safrané, moules et mâche (11 $) est fine et savoureuse. Le mélange subtil convient parfaitement au mollusque. La deuxième entrée, des pattes de cochon (sic) avec crevettes et condiments radis-câpres-persil (13 $), surprend à la lecture du menu et nécessite de la part de la serveuse une certaine explication.

En fait, on parle ici d'une terrine de pattes de cochon désossées, moulée en forme de boudin et servie fine comme un carpaccio. Le tout accompagné de crevettes assaisonnées.

Le mélange est sublime, avec cependant un peu trop de pattes de cochon à mon goût. Voilà un plat qui pourrait être servi seul tellement il est intéressant. La garniture de condiments vient juste adoucir le côté relevé des crevettes.

Les dernières tapas sont des calmars frits en croûte de maïs, servis avec une mayo-lime épicée (9 $).

Les calmars ne ressemblent en rien aux traditionnels calmars frits que l'on retrouve ailleurs. Passés dans le lait puis dans la poudre fine de farine de maïs, ils sont ensuite plongés dans l'huile pour ressortir croustillants. Un plat savoureux qui s'accompagne bien de la mayonnaise à la lime.

Le plat de veau avec escargots en persillade et concentré de tomate en polenta (21 $), tout comme les «short ribs» de bison avec patate douce, sucs d'orange (25 $), est servi dans un faitout en inox qui conserve la chaleur, mais difficilement accessible et peu pratique pour le client. Cependant, constatant cette difficulté, on nous propose des assiettes pour mieux apprécier la qualité des plats servis.

Le veau, sous forme de médaillon, est parfaitement cuit. Rosé, il repose sur la tranche de polenta moelleuse à la tomate. Les escargots se mélangent délicieusement à l'ensemble et on en apprécie tous les parfums. Un plat signature qui mérite les honneurs.

Le ribs de bison est braisé et s'accompagne d'un jus de braisage de patate douce et de zeste d'orange qui met en valeur le plat. Une viande qui, malgré une bonne cuisson, demeure, comme la bavette, assez filandreuse.

Les traditionnelles natas (petites tartelettes feuilletées portugaises) sont ici accompagnées d'une sauce caramel et d'un sorbet aux poires (9 $). Même si les natas ne sont pas faites «maison», elles sont fameuses et croustillantes à souhait. Le dessert «sablé à la fleur de sel de l'Algarve, crémeux de dattes et yogourt de chèvre» (10 $) est très fin. Le sablé au beurre laisse une pointe de sel en final et s'accorde bien avec le yogourt et le crémeux de dattes, qui est en fait un trait de purée de dattes.

Le bistrot F constitue assurément un attrait de plus pour le Montréal des arts et des spectacles. Il offre une cuisine simple mais goûteuse et un service courtois et professionnel qui permettent de lui prédire un franc succès. Le seul problème pour l'instant demeure l'accès au restaurant, mais nous savons que, pour accéder au paradis, il faut passer d'abord par le purgatoire.

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-Restaurant F, 1458, rue Jeanne-Mance, Montréal, 514 289-4558.
-Prix payé le soir pour deux personnes avec une bouteille de vin, avant taxes et service: 158 $.
-Plus: une cuisine inventive avec une formule accessible à tous.
-Moins: le service des plats dans des récipients trop hauts.

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Les bonnes fourchettes du mois


L'Épicier - 311, rue Saint-Paul Est, Montréal, 514 878-2232.


Ce restaurant du Vieux-Montréal a une belle constance. Il offre une cuisine inventive, une épicerie, et des vins d'importation privée, le tout sous l'égide du chef Laurent Godbout. Il faut y découvrir les tables d'hôte du midi, que l'on propose à des prix très abordables.

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La Colombe - 554, avenue Duluth Est, Montréal, 514 849-6686.


Rares sont les «bons» restaurants où l'on peut apporter son vin. La Colombe, qui offre une cuisine métissée aux accents du Maghreb, est un endroit sûr pour ce qui est de la qualité de sa table. Un cadre agréable permet l'évasion romantique, avec votre bouteille favorite.

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Carte blanche - 1159, rue Ontario Est, Montréal, 514 313-8019.

André Loiseau fait montre de son professionnalisme et de la qualité de sa table rue Ontario, à Montréal. Une cuisine fraîcheur axée sur les produits du marché, et surtout de saison. Donnez carte blanche au chef et laissez-vous surprendre par ses plats, sans omettre les frites maison, toujours bonnes.

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Au bon blé riz - 1437, boulevard Saint-Laurent, Montréal, 514 844-1447.


Jacques est le chef «chinois» le plus francophone de Montréal. Même si un changement de décor serait bénéfique, les habitués s'y retrouvent pour sa cuisine qui jouxte les saveurs de Chine adaptées depuis longtemps au goût des Québécois. On aime la constance de ce restaurant, et spécialement le canard aux épices.

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Collaborateur du Devoir