Cuisine de spa, la transition d'Eastman

La salle à manger du Spa Eastman est d’abord destinée aux curistes, mais les visiteurs de passage y ont aussi accès. Le décor est chaleureux et la fenestration, très généreuse, crée un climat de détente et procure aux clients un sentiment d’évasion.
Photo: Philippe Mollé La salle à manger du Spa Eastman est d’abord destinée aux curistes, mais les visiteurs de passage y ont aussi accès. Le décor est chaleureux et la fenestration, très généreuse, crée un climat de détente et procure aux clients un sentiment d’évasion.

Il était une fois, il y a une trentaine d'années, dans les Cantons-de-l'Est, une femme armée de courage qui, sentant le vent tourner, s'est lancée dans l'aventure santé en ouvrant un des premiers spas du Québec, à Eastman. Sur un grand terrain face au mont Orford, l'affaire est belle, surtout lorsque le talent et les convictions accompagnent les rêves, qui se révèlent justes en 2010, dans un complexe sans cesse amélioré.

Il ne s'agit pas ici de vous parler des soins qui y sont offerts, ni de l'hôtellerie de qualité qu'on y retrouve, mais d'une restauration en pleine transition, qui mériterait toutefois encore quelques améliorations.

Au départ, les repas étaient très axés sur le végétarisme, l'alimentation dite verte, privilégiant les graines de toutes sortes, les pousses et les fèves germées, accompagnées de jus, de tisanes ou d'autres concoctions bienfaisantes pour le corps, mais qui ne sont pas toujours sources de plaisir.

Les nouveaux spas fleurissent un peu partout sur la planète et procurent bien-être au corps, à l'esprit et au ventre. Les visiteurs profitent de leurs bienfaits tout en ayant du plaisir et sans se sentir coupables. On trouve parmi eux des Relais & Châteaux et des établissements de prestige, réservés à une élite relativement bien nantie qui prône le bien-être et l'art de vivre.

La salle à manger du Spa Eastman est d'abord destinée aux curistes, mais les visiteurs de passage y ont aussi accès. Le décor est chaleureux et la fenestration, très généreuse, crée un climat de détente et procure aux clients un sentiment d'évasion. La salle, qui s'étend sur deux niveaux, propose un buffet de salades et de soupes.

Rien de nouveau ni de très original parmi les salades offertes. Boutons de champignons de Paris, petites tomates, salade de mesclun et autres salades crues. Parfois, on trouve du houmous ou du guacamole, mais il y a toujours des algues et des condiments. Les produits sont sains, d'une fraîcheur parfaite, mais il n'y a là rien de très culinaire, mon cher Watson. En été, les jardins permettent un approvisionnement de première main, les produits passant directement du jardin à l'assiette.

Le soir, pour 38 $, on offre à volonté le buffet de salades et de soupes, ainsi qu'un choix de plats principaux servis à la table par un personnel discret, affable et professionnel. La pintade rôtie, un poisson ou un plat végétarien sont proposés.

La table, bien dressée, offre le sel et le poivre du moulin, sur une nappe de polyester avec serviettes du même tissu. Si les verres ne sont pas des Riedel, ils permettent tout de même de goûter à un vin choisi sur une jolie carte, laquelle fait de la place aux vins d'importation, mais aussi, et c'est tant mieux, aux vins de la région, si proche de Brome-Missisquoi.

Nous avons choisi la pintade. Une poitrine asséchée par le four, garnie de légumes et d'un jus très timide, ne permettra pas l'extase gastronomique. Dommage, car il suffirait d'une petite cocotte garnie des premières asperges (elles aussi trop cuites) et de petits pois frais pour qu'on se souvienne du repas, comme on se souvient des bienfaits des soins procurés.

L'équipement moderne dont disposent les cuisiniers du XXIe siècle permet de réaliser des prouesses en ce qui concerne la cuisson des aliments, leur légèreté, ou encore permet des combinaisons extraordinaires. Le dessert du soir était une croustade aux pommes et aux canneberges. Rien à voir avec ce qu'on appelle au Québec une croustade. Cela ressemblait plus à un fond de tarte avec des pommes et des canneberges. Déception!

Le Spa Eastman devrait conserver sa cuisine végétarienne pour les clients habitués et conquis. Mais en même temps, l'auberge est désormais prête à jouer dans la cour des grands et de la gastronomie. Ce qui ne veut pas dire de renoncer au côté «santé», avec des jus courts et réduits et des légumes apprêtés et cuisinés. Proposer un bar à l'huile d'olive, des fromages de la région, des sorbets et, surtout, laisser le champ libre à un chef dont le talent est celui de cuisiner, cela ne serait pas un défaut, au contraire.

Pourquoi ne pas avoir, dans une annexe, un restaurant qui deviendrait la fierté de la région et permettrait de concilier la santé et le plaisir de manger?

La transition est déjà entamée, il faut la poursuivre et démontrer cette fois que santé et gastronomie ne sont jamais en opposition.

Prix payé pour deux personnes le soir, avec une bouteille de vin, taxes et service compris: 110 $.

Plus: la gentillesse du personnel, des produits frais, le plus souvent biologiques.

Moins: un manque de créativité et de recherche dans la cuisine.

Restaurant du Spa Eastman, 895, chemin des Diligences, Eastman, 450 297-3009.

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Les bonnes fourchettes du mois

Gîte du mont Albert

2001, route du Parc

Sainte-Anne-des-Monts

418 763-2288

Une situation géographique d'exception, une cuisine régionale fort sympathique et recherchée et surtout un souvenir de balades dans un des plus beaux sites du Québec: le mont Albert.

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Auberge des 21

621, rue Mars, La Baie

418 697-2121

Dans la ville de La Baie, Marcel Bouchard est devenu la référence pour bien manger et passer du bon temps. Il offre à sa clientèle des spécialités locales, comme la filetine de Kénogami, et vous entraîne dès les beaux jours à la cueillette des champignons. Attention: réservez lorsque les paquebots débarquent.

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Auberge du lac

Saint-Pierre

10911, rue Notre-Dame Ouest Pointe-du-Lac, Trois-Rivières 819 377-5971

L'auberge permet, avec sa verrière, de découvrir le printemps et le charme des oies sur le lac Saint-Pierre. En plus du repos dans de confortables chambres, le chef propose une cuisine teintée de produits du Québec avec du canard, du gibier et un délice à l'érable et praliné.

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Auberge des Glacis

46, route Tortue, L'Islet

418 247-7486

Dans ce vieux moulin, on apprécie tant la tranquillité et la beauté des lieux que la cuisine remarquable que propose le chef. Agneau local, érable, petits fruits illuminent la table de tous les jours où l'on vous accueille avec le sourire. Pour la qualité de la table et de l'hébergement, ils reçoivent les honneurs des Grands Prix du Tourisme du Québec.

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Collaborateur du Devoir