Un bistro nullement bouchonné

Photo: - Le Devoir

Il arrive souvent qu'on se dise, en passant devant certains restaurants, qu'on aimerait y aller un jour. À cet égard, la rue Saint-Denis a plus belle allure que le boulevard Saint-Laurent, qui, bardé de graffitis et de contreplaqués devant des façades vides, peine à nous rappeler qu'il a déjà été la grande artère de Montréal pour sa restauration.

Les Trois Petits Bouchons, un restaurant bistro qui ne paye pas de mine, ouvert le soir seulement et sis en face du Rideau vert, attire la clientèle qui assiste aux pièces de théâtre. Le nom du resto fait référence ici aux propriétaires, trois passionnés de vin et de bonne cuisine qui vivent à leur rythme, sans tambour ni trompette, l'instant présent.

Le décor est plutôt ordinaire, simple en tout cas, l'accent étant mis sur le grand choix de vins disponibles, dont une grande part sont des vins d'importation recelant de véritables petits bijoux. Tables de bois, bar où les habitués aiment se retrouver et carte qui change selon l'humeur et la créativité du moment.

Nous parlons de vraie créativité, de recherche et de compréhension de l'aliment, sans accords intempestifs ni fausses notes. La chef, passionnée de l'Asie et de sa culture alimentaire, marie à la perfection épices, arômes, et ses créations n'ont rien d'une cuisine fusion trouvée au hasard d'un magazine.

Un tableau noir présente le menu, que l'on explique sans être avare de commentaires. Autre passionné, le serveur nous parle du bien-fondé des accords qui le font saliver, tout autant que nous. Avec notre repas, il nous suggère ainsi un Riesling d'un petit producteur de l'Alsace qui travaille encore sa vigne à la façon dont sa famille le faisait jadis. Nous découvrons un vin inhabituel, unique, dont la couleur, ambrée, rappelle presque celle du sirop d'érable. Remarquable!

Recherchés et savoureux

Les plats sont à l'image du vin, recherchés et savoureux. Le croustillant de ris de veau à l'érable est servi sur une base de pomme de terre qu'accompagnent une touche de cumin et un jus de cuisson très court. Un plat bien fait, avec des ris cuits à la perfection et un équilibre de saveurs qui mérite la note d'excellence.

La salade de crevettes fraîches est tout aussi remarquable. Le côté acidulé des algues et de la salade fine se marie parfaitement avec les crevettes, juste saisies. Un soupçon de coriandre apporte en finale l'explosion de saveurs et la touche exotique au plat.

On propose assez souvent dans les restaurants le tartare de boeuf, mais rares sont les endroits qui osent offrir un tartare de veau de grain, qui nous interpelle ici avec cette appellation de vitello tonato («veau au thon» en italien). En fait, nous explique le serveur, «le veau est servi avec une mayonnaise au thon», d'où l'interprétation discutable du plat servi.

Pour ma part, j'optai pour le bar rayé servi à l'unilatérale, arrosé de beurre noisette et accompagné d'une jolie garniture d'haricots verts très fins et croquants. Une sauce de tomates fumées fut servie à part.

Le tartare de veau de grain est en fait presque du jeune boeuf. Servi dans une portion généreuse, il était bien assaisonné, relevé avec la sauce au thon et garni de salade et de croûtons. La viande, sans aucun doute très fraîche, était goûteuse tout en étant fine et délicate.

Le poisson, cuit de bonne façon, aurait pu se passer de la sauce aux tomates devenue pour la cause un délicieux potage.

Le restaurant constitue une découverte tant pour ses vins uniques que pour la qualité de sa nourriture et la recherche qu'exigent les plats proposés.

Je suis heureux de constater qu'on aime ici reprendre des recettes oubliées. Le Paris-Brest, une pâtisserie négligée pendant plus d'une décennie, en fait partie. Il s'agit de pâte à chou en forme de couronne et garnie de crème pâtissière pralinée ou de mousseline pralinée. Celui des Trois Petits Bouchons, pour deux personnes, est fait maison et garni d'une mousseline légère, trop légèrement sucrée peut-être. Une petite correction pourrait redonner à ce classique ses lettres de noblesse.

Mais ce n'est rien pour me faire regretter cet excellent restaurant, méconnu, ouvert en soirée seulement.

- Plus: le choix de vins et la qualité de la cuisine.

- Moins: des serviettes de papier qui tranchent avec le service efficace et la qualité de l'établissement. Un rafraîchissement de peinture s'impose.

- Prix payé pour deux personnes le soir, avant taxes et service, avec une bouteille de vin d'Alsace: 150 $.

- Les Trois Petits Bouchons, 4669, rue Saint-Denis, Montréal, % 514 285-4444.

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Les bonnes fourchettes du mois

Restaurant DNA

355, rue Marguerite d'Youville Montréal, 514 287-3362

Nous avons déjà parlé en bien de cet établissement qui continue sur sa lancée en offrant toujours une cuisine de qualité axée sur le cochon. Le chef fabrique sa charcuterie, et on nous fait découvrir des vins canadiens vraiment intéressants. Bar et salon privé.

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Portus Calle

4281, boulevard Saint-Laurent Montréal, 514 849-2070

Un restaurant tout rénové qui donne une vision de la cuisine portugaise revisitée par une chef hors normes. On aime les tapas portugais, la morue salée, les calamars et tout le reste, sans omettre les vins fins du Douro et l'huile d'olive de chez Carm.

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Restaurant Sakura

2170, rue de la Montagne

Montréal, 514 288-9122

Si vous aimez les kimonos, les tatamis et l'ambiance d'un authentique restaurant japonais, c'est ici que cela se passe. La cuisine nous propose de bons tempuras, et surtout le crabe bleu entier et frit à la japonaise et à des prix bien plus bas qu'au Japon. Bonnes bières et saké japonais.

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Restaurant Decca 77

1077, rue Drummond

Montréal, 514 934-1077

Dans un décor moderne, on offre une cuisine aérée et moderne que concoctent les chefs devant vous. Plats du jour le midi et table d'hôte de qualité. On aime le foie gras de canard, les champignons et le poisson toujours bien cuisiné. Excellent choix de vins d'importation privée..