Urbain, le Koko

Un an après son ouverture, le restaurant Koko de l’hôtel Opus s’ajuste et répond aux attentes, grâce à son service professionnel, mais surtout grâce à sa cuisine «découvertes», parmi les plus justes de Montréal.
Photo: Jacques Grenier Un an après son ouverture, le restaurant Koko de l’hôtel Opus s’ajuste et répond aux attentes, grâce à son service professionnel, mais surtout grâce à sa cuisine «découvertes», parmi les plus justes de Montréal.

Il y a quelques mois, je vous parlais du manque d'intérêt des hôtels pour ce qui est de relever le défi de la restauration. On y sert habituellement une cuisine passe-partout selon une formule «buffet tout compris» pour les congressistes. De fait, on a oublié les plats cuisinés, l'originalité, pour offrir des mets similaires, souvent achetés, des desserts identiques et surgelés, et le service laisse parfois à désirer.

Le Godin, tel qu'il s'appelait à l'époque et qui fonctionnait sans permis d'alcool, est devenu aujourd'hui l'hôtel Opus, et son restaurant Koko, urbain, possède maintenant un permis d'alcool. D'ailleurs, il faut le préciser, on gagne ici à remettre au goût du jour les cocktails classiques et à servir de nouvelles recettes élaborées avec succès par les barmans d'une autre époque.

La tendance branchée de style «Miami» semble s'accentuer. On retrouve ainsi des guirlandes de Noël sur la terrasse, les mêmes faux cyprès ou branches synthétiques, et un décor à l'intérieur qui rappelle Hollywood. Un magnifique bar orne la salle principale, laissant malheureusement apparaître par les grandes fenêtres le prix de l'essence affiché à l'extérieur, en face.

L'accent sur l'Asie

Le chef, né d'un père français et d'une mère thaïlandaise, est quant à lui d'origine montréalaise. Sa cuisine, qui mêle les genres sans confusion, met l'accent sur l'Asie, avec une prédominance pour le Japon et l'Inde, avec son merveilleux curry.

Le menu du resto est à l'image du décor, c'est-à-dire assez éclectique. Rien ne choque cependant, ni la conception des plats proposés en entrées, et qui ressemblent à des tapas, ni les plats présentés, aux saveurs exotiques. Avec sagesse, on a évité les mariages incongrus et surtout une surenchère des produits, qui peuvent devenir confus.

Si vous recherchez la tranquillité, évitez de vous rendre à ce resto les jeudis, vendredis et samedis soir, alors que la musique y est très forte. On se demande même comment il se fait que les «gentils locataires» des belles chambres ne se plaignent pas du bruit assourdissant.

Des tapas pour partager

Nous avions choisi trois tapas pour, comme le précise le serveur, partager. La table est dressée simplement, sans apparat ni artifices, avec des ustensiles en inox et des baguettes vert lime, comme les bougies et les rideaux. Pas de pain, pas de beurre, nous sommes presque en Asie.

Nous avons opté pour une belle salade de canard, lequel est servi confit, braisé et effiloché. Garnie de melon d'eau et de mangues avec du cresson pour relever l'ensemble, la salade, joliment présentée, peut à elle seule constituer le plat principal. Un beau mariage, sans faille, qui nous transporta vers l'autre tapas suggéré: des dumplings farcis au porc et aux crevettes, accompagnés d'une sauce soya et de gingembre. Ici encore, tout comme pour les calmars en troisième tapas, une généreuse portion, servie chaude et bien assaisonnée. Rien à redire ni sur la tendreté des calmars ni sur les dumplings joliment présentés.

Le midi comme le soir, la carte offre un choix varié. Le chef s'inspire du barbecue coréen pour proposer sa double côte de porc, grillée puis terminée au four, servie avec du bok choy et une saucisse chinoise, le tout agrémenté d'un trait concentré de sauce barbecue. Attention, car la portion, généreuse, convient largement pour deux personnes. Le porc, demeuré moelleux, tranché en morceaux sur la largeur, est rehaussé par l'acidulé de la sauce.

La carte des vins offre un vaste choix, tant pour les rouges et les blancs que pour les rosés. Un beaujolais Villages de Karim Vionnet remplit bien sa tâche, bien que vendu un peu cher (53 $). Le vin était rafraîchi à souhait et présenté par un serveur de talent qui ajouta du bonheur à une soirée bien entamée.

Bravo au Koko pour son audace, certes, mais surtout pour bien maîtriser les accords sans tomber dans le piège facile du dessert passe-partout. Le crumble à l'ananas épicé, servi avec une glace à la noix de coco, est un pur délice. Le kulfi malté est un dessert d'origine indienne, fait à partir de lait concentré sucré, mélangé à du cacao en poudre et parfois à du lait de chèvre. Le tout est ensuite mis au froid et ressemble à une ganache chocolatée. Servi dans un verre, le mélange était subtil et original, bien que légèrement trop sucré à mon goût.

Un an après son ouverture, les plâtres essuyés, le Koko s'ajuste et répond aux attentes, grâce à son service professionnel, mais surtout grâce à sa cuisine «découvertes», parmi les plus justes de Montréal.

Prix payé pour deux personnes le soir avec une bouteille de vin, avant service: 153,51 $.

Plus: une cuisine précise et goûteuse, sans confusion, et des prix abordables.

Moins: un décor pour la terrasse qui manque de fleurs et d'aménagements.

Restaurant Koko, ouvert midi et soir, 8, rue Sherbrooke Ouest, Montréal, % 514 657-5656.

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Les bonnes fourchettes du mois

Restaurant Le Valois

24, avenue Valois

Montréal

514 528- 0202

Je suis emballé par ce sympathique bistro, par ses généreuses portions de moules-frites et surtout par la très généreuse portion de filets de hareng avec pommes à l'huile. Désormais, avec la terrasse, le bonheur est total dans Hochelaga-Maisonneuve.

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Le Café des Éclusiers

400, rue de la Commune Ouest

Montréal

514 496-0109

Un classique de l'été: le Café des Éclusiers, dans le Vieux-Montréal. Une des plus belles terrasses, offrant des 5 à 7 mais aussi des lunchs sympathiques, avec de belles salades, et un brunch en musique la fin de semaine, en regardant les bateaux passer.

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Boris Bistro

465, rue McGill

Montréal

514 848-9575

Voilà un petit havre de paix dans le centre-ville. On oublie presque la rue McGill en savourant une bonne bière, une soupe froide au cresson et pomme verte, ou un sandwich à trois étages au confit de canard. Le tout dans un îlot de verdure.

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Jardin Nelson

407, place Jacques-Cartier

Vieux-Montréal

514 861-5731

Chaque été me ramène au Jardin Nelson, dans le Vieux-Montréal. Un lieu dédié au jazz, à la végétation et aux plaisirs de l'été. Une cuisine sans prétention mais toujours fraîche et agréable. Bières en fût et vins à prix abordables.

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