Le Taj Mahal: voyage au pays des saveurs

Le restaurant Taj Mahal, une des meilleures tables, sinon la meilleure pour la cuisine indienne à Québec.
Photo: Le restaurant Taj Mahal, une des meilleures tables, sinon la meilleure pour la cuisine indienne à Québec.

Québec — S'il est parfois difficile de communiquer aisément dans la langue de Molière dans certains restaurants ethniques, une situation qui peut s'avérer quelque peu gênante, c'est souvent, toutefois, un signe d'authenticité, de dépaysement et d'exotisme quant à la cuisine et à l'expérience vécue. Bien que cette proposition n'ait rien de généralisable, elle s'est avérée juste une fois de plus, et tout particulièrement lors de ma plus récente visite au Taj Mahal, restaurant indien situé à l'angle de la rue Cartier et du boulevard René-Lévesque, à Québec. Ouvert depuis juillet 2007, cet établissement est une des meilleures tables, sinon la meilleure en ville pour la cuisine indienne.

Mais tenter de baliser un lieu qui se démarque en la matière n'est pas tâche facile, surtout lorsqu'on n'a jamais séjourné en Inde suffisamment longtemps pour s'imprégner des attributs et qualités de la gastronomie propre à ce pays. En ce sens, les repères sont tout autres, plus locaux, et les appréciations d'autant plus subjectives.

Cela étant dit, deux palais valent mieux qu'un. Je me plais particulièrement à visiter ce genre d'établissement accompagnée de Marie-Serge Blais, chef de formation, chroniqueuse à l'émission L'univers de la gastronomie à CKRL et enseignante occasionnelle au centre de formation Fierbourg, qui est particulièrement érudite dans le domaine de la cuisine orientale. À deux, nous n'avons eu aucune difficulté à apprécier toutes les spécificités de cette cuisine savoureuse, parfumée, colorée et on ne peut plus riche.

D'abord, il faut savoir qu'il est préférable de visiter le Taj Mahal uniquement pour la qualité de sa cuisine; l'ambiance n'y est pas des plus recherchées, bien que rappelant l'Inde à plusieurs égards, notamment aux niveaux de la musique et de la décoration. D'autant plus qu'il est parfois difficile de communiquer avec certains membres du personnel, leurs connaissances de la langue française étant dans certains cas limitée. Toutefois, conscients de cette réalité, les jeunes hommes sont des plus avenants et se relaient de façon efficace, assurant ainsi un service courtois et amical, partagé entre les langues anglaise et française.

D'entrée de jeu, on se voit rapidement assigner une table en bord de fenêtre, sur laquelle plisse une nappe de papier blanc qui semble en avoir vu d'autres. Deux pintes de bière blonde Taj Mahal sont commandées. Des plus rafraîchissantes, elles accompagnent très bien les papadums (un genre de galette indienne faite de farine de lentilles et de graines de cumin), qui sont particulièrement réussis, légers et croustillants, par opposition à ceux qu'on sert souvent ailleurs, épais et coriaces, et qui ont cette fâcheuse manie de vous blesser l'intérieur de la bouche. Les papadums sont accompagnés d'une marinade de carottes crues au goût de cumin.

Une assiette d'entrées assorties s'avère idéale, autant en ce qui concerne la variété que la quantité, pour être partagée entre deux personnes ayant un très bon appétit. D'abord, des oignons bhajee (qui consistent en une boulette frite de julienne d'oignons) croustillants à l'extérieur, tendres et moites à l'intérieur, se laissent aisément rafraîchir et alléger d'une sauce sucrée de yogourt, de tamarin, de coriandre et menthe fraîches.

En plus d'un goût agréable de fumé, des morceaux de poulet tikka, totalement rougis par la marinade (yogourt, cumin, piment, et cuit lentement au four tandoori) avaient conservé toute la tendreté et le juteux qu'on aime bien leur attribuer.

Également, les pakoras (beignets de légumes et de farine de pois chiches) avaient les mêmes qualités que les oignons bhajee, avec, en plus, des notes de cumin et de curry qui leurs sont distinctives. La boulette d'agneau haché finement est tout aussi tendre et savoureuse.

Cette assiette, qui offre finalement un samosa aux légumes (chaussons de légumes variés rehaussés de cumin, curcuma et autres aromates), confond textures, saveurs et couleurs de façon telle que leur discernement et leur appréciation propres deviennent pratiquement impossibles en toute fin. En définitive, elle offre un bon tour d'horizon pour quiconque ne s'est jamais réellement aventuré dans l'univers de la cuisine indienne et permettra peut-être au néophyte de mieux circonscrire son choix lors d'une prochaine visite.

Le savoir-faire et la qualité du pain naân servi au Taj Mahal font écho à la qualité de la cuisine qu'on y sert. Celui-ci, alvéolé à souhait, résistant en surface, est tendre et chaud à l'intérieur, proposé en des variantes très intéressantes, notamment à l'ail, à la noix de coco et aux raisins.

En résistance, on commande plusieurs plats à partager, accompagnés de champignons qui, dans leur sauce à la tomate et herbes fraîches, conservent une texture ferme des plus agréables. L'incontournable poulet au beurre est très bien réussi, baignant généreusement dans une sauce sucrée et crémeuse dans laquelle se trempe le pain naân sans trop de retenue.

Le riz basmati, délicatement parfumé de cardamome et de safran, est délicieux. On ne peut cependant pas en dire autant du cari de crevettes kashmiri qui, contrairement à ce qui est proposé à la carte, substitue le litchi par ce qui semble être de l'abricot séché, et les amandes par des noix de Grenoble un peu rances. Le goût quelque peu âcre de la sauce à base de lait de coco a peine à se dissimuler sous le sucre et la crème. Quant au goût des crevettes, il s'est littéralement effacé du plat, bien que leur texture soit agréable.

Même constat en ce qui concerne les crevettes de l'assiette koorma, où le goût de fumé prend le dessus. Par contre, l'agneau ainsi que le boeuf bien rosé sont d'une tendreté irréprochable, tout comme le poulet qui laisse deviner une cuisson douce et lente à la broche.

Cette assiette koorma, servie sur une plaque métallique qui grésille, propose heureusement poivrons et oignons, sans aucune sauce, ce qui équilibre quelque peu ce repas très riche et savoureux.

Envisager un dessert après un tel festin ne nous a même pas effleuré l'esprit. D'ailleurs, les expériences passées rappellent que les desserts sont souvent dépourvus d'intérêt particulier. Par contre, ceux-ci peuvent se décliner de façon traditionnelle: le gulab jamun (boulettes de fromage frites dans un sirop à la cardamome), mangues dans le sirop, ou kulfi qui consiste en une crème glacée maison parfumée à la cardamome et garnie d'amandes et de pistaches.

- Le Taj Mahal, 24, boulevard René-Lévesque Ouest, Québec, 418 523-2007.

- Prix payé pour deux personnes avec deux pintes de bière et avant taxes: 95 $.

- Cuisine: indienne.

- Ambiance : à saveurs exotiques.

- Les plus: possibilité de manger végétarien; la carte des vins offre une variété honnête de bouteilles, à prix très raisonnables, en comparaison avec certains autres restaurants du genre qui ne proposent qu'un vin maison. La carte offre une grande variété de plats, permettant ainsi la découverte à chacune des visites.

- Les moins: parfois, le manque de cohérence entre ce qui figure à la carte et ce qui est servi à table. L'inévitable confusion de saveurs si les choix sont trop disparates.

- Le midi, en table d'hôte: 8,95 $ à 10,95 $.

- À la carte: entrées de 3,95 $ à 7,95 $, plats principaux de 12,95 $ à 18,95$.

- Plats combinés: de 16,95 $ pour une personne à 71,95 $ pour quatre personnes.

- Pour l'été: une petite terrasse s'ouvrira sur le boulevard René-Lévesque.

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Collaboratrice du Devoir

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Les bonnes fourchettes du mois

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Thang Long

869, Côte d'Abraham, Québec

418 524-0572

En plus de son rappport qualité-prix remarquable, ce restaurant asiatique offre depuis plusieurs années une cuisine constante et savoureuse. Il possède une magnifique terrasse et garantit à chacune des visites des soupes particulièrement bien réussies et un service des plus agréables.

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Le Montego

1460, avenue Maguire, Québec

418 688-7991

Avec l'arrivée du printemps vient l'engouement pour la «cuisine ensoleillée» du Montego Resto-Club, toujours essentiellement fréquenté par une clientèle d'affaires dynamique. Son menu demeure coloré et d'inspiration californienne. La terrasse du Montego, fort sympathique et très animée, est de retour en force.

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Le Kilimandjaro

239, rue Saint-Vallier Ouest, Québec

418 529-1001

Situé dans un secteur intéressant et réputé épicentre de la restauration multiculturelle, le Kilimandjaro est sans doute un des rares restaurants africains à Québec à offrir ce type de cuisine, dans une atmosphère sympathique et très dépaysante.

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La Cuisine

205, rue Saint-Vallier Est, Québec

(418) 523-3397

Ce petit restaurant sympathique et jeune se veut tout indiqué pour ceux et celles qui veulent se payer un petit repas abordable, vite fait, bien fait, dans un environnement complètement dépareillé.