La Thaïlande avec ou sans épices

Le décor du restaurant est sobre, avec ses tables nues garnies de serviettes de coton.
Photo: Jacques Grenier Le décor du restaurant est sobre, avec ses tables nues garnies de serviettes de coton.

J'étais arrivé en avance devant la façade du resto choisi et avais donné rendez-vous à mon ami Marcel à l'angle de Laurier et de Saint-Laurent. Il me restait une quinzaine de minutes pour passer le temps et revisiter la «Main», cent fois parcourue.

Horreur et déception: des restaurants fermés et placardés, des graffitis partout, des sacs éventrés traînant sur un sol jonché de débris, une rue sale et abandonnée. Non, je n'étais pas dans un pays du Tiers-Monde, mais bien sur l'artère principale de Montréal, qui sépare l'Est de l'Ouest, le boulevard Saint-Laurent.

Il me fallut plusieurs minutes pour me rendre à l'évidence. En arrivant devant le Thaï Grill, Marcel vit mon air soucieux et me demanda qu'elle était la source de ce cauchemar pourtant bien réel et dérangeant.

Ma dernière visite au Thaï Grill remontait à plusieurs années; le resto vivait alors des midis ensoleillés, la peinture était encore fraîche, et non écaillée comme aujourd'hui, et les jupes des serveuses étaient impeccables.

D'emblée, on se dit pourtant que rien n'a changé, ni le grand bouddha qui contemple les convives, ni le bar qui s'illumine à la brunante, ni (ou si peu) le menu qui s'accommode de sauce thaïe. On semble lassé, ou perturbé par le temps, d'une restauration qui ne fait plus rêver, comme si un tsunami avait tout emporté.

La carte comporte une grande variété de plats qui se sont américanisés au passage, embaumés de mayonnaise épicée, en oubliant l'essentiel: nous faire vivre des émotions et nous procurer du plaisir. La table est sobre et dépourvue de nappe, mais garnie de serviettes de coton. Aucun artifice inutile ne vient corrompre l'oeil. Tout comme mon invité, j'aime cette nourriture qui nous rapproche un peu plus des épices, du lait de coco ou du curry rouge, vert ou jaune. Cependant, on a adapté le boeuf Angus aux recettes passablement américanisées.

En fait, les noms thaïlandais sur le menu ne veulent rien dire et sont parfois très éloignés de la réalité, les plats ne correspondant pas à l'authentique cuisine thaïe. Le crabe cake et les calamars furent donc notre choix d'entrées, accompagnés d'un pinot gris de la maison Pfaffenheim (37 $), en Alsace, qui semble, selon moi, être le vin idéal avec les mets asiatiques et relevés.

Les calamars sont toujours un test déterminant qui montre la qualité de la panure — qui doit être légère et savoir se faire oublier — et le type d'huile utilisé, qui ne doit servir qu'à la friture des calamars. Le crabe était certes du crabe surgelé, mais relativement bien apprêté et assaisonné, et la sauce d'accompagnement, colorée et un peu trop pimentée, était néanmoins agréable. En ce qui concerne les calamars frits, il n'y avait là rien qui nous fasse découvrir le Bouddha gourmand: la panure était des plus ordinaires et laissait un goût de vieille huile en bouche.

Le boeuf sauté au gingembre s'accompagne de poivrons sautés, d'oignons et d'une sauce au gingembre qui nappe le tout. De petits morceaux de boeuf plus bouillis que sautés se mêlaient aux cubes de poivrons verts et rouges, mais sans jamais nous faire voyager au royaume des épices. Le poulet croustillant à l'aigre douce est lui aussi garni de légumes et laisse présager la même panure que celle des calamars. Une jolie portion qui englobe le poulet ainsi que les légumes, le tout servi avec un riz vapeur. Un plat correct, qui ressemblait plus à un plat de cuisine chinoise sucrée qu'à un plat raffiné de la grande cuisine thaïe.

Finalement, on ne peut pas vraiment parler de déception, bien que jamais mon ami Marcel et moi n'ayons eu la sensation d'un voyage à travers les sens. C'est un restaurant parmi tant d'autres, où l'on mange pour manger et où l'on se dit que l'on reviendra sûrement un jour, mais sans savoir quand!

- Prix payé le soir pour deux personnes, pour deux entrées, deux plats et une bouteille de vin, avec taxes mais avant service: 101,59 $.

- Restaurant Thaï Grill (RE), 5101, boulevard Saint-Laurent, Montréal, 514 270-5566.

- Moins: une cuisine passe-partout qui manque d'exotisme.

- Plus: un mélange de tables rondes et rectangulaires qui facilite les échanges

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Collaborateur du Devoir

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Les bonnes fourchettes du mois

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Restaurant Fourquet Fourchette

265, rue Saint-Antoine Ouest, Montréal 514 789-6370

ou 1887, avenue Bourgogne, Chambly, 450 447-6370

François Pellerin défend la cuisine québécoise avec ardeur et acharnement. Sans tomber dans le cliché, il propose, à son restaurant de Chambly comme à celui du Palais des congrès, une cuisine maison sans prétention.

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Restaurant Le Paris

1812, rue Sainte-Catherine Ouest, Montréal

514 937-4898

On a retrouvé ce restaurant mythique qui appartient au patrimoine montréalais depuis longtemps. Filets de hareng, bavette, brandade de morue et îles flottantes savent nous charmer et nous faire apprécier ce bistro indémodable.

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Restaurant Miso

4000, rue Sainte-Catherine Ouest, Montréal

514 908-6476

Un restaurant japonais qui nous accroche et où on n'est jamais déçu. Outre la soupe miso et les sushis, on y découvre une vraie cuisine japonaise sans excès de zèle et d'artifices, mais avec du poisson frais et de bons produits. Choix de saké et de thés japonais.

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Restaurant Auguste,

82, rue Wellington Nord, Sherbrooke

819 565-9559

Danny St-Pierre est, à mes yeux, l'un des meilleurs chefs du Québec. Il le prouve à son restaurant de Sherbrooke avec des spécialités hors du commun. Parmentier de boudin noir, pudding chômeur à l'érable et glace vanille... Des plats qui valent le détour et une escapade gourmande en Estrie.

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