Le coup de bambou

La Queue de cheval est à l’image des portions servies: gigantesque, tout comme ses prix. Sur plusieurs étages, on peut apprécier le confort qui y règne.
Photo: Jacques Grenier La Queue de cheval est à l’image des portions servies: gigantesque, tout comme ses prix. Sur plusieurs étages, on peut apprécier le confort qui y règne.

J'aurais dû m'en douter, la devise du restaurant étant: si vous n'aimez pas les grosses portions, restez chez vous. Il semble pourtant que ce resto, aussi branché soit-il, fonctionne à contre-courant des tendances, dans l'esprit et dans la forme. Et il ne cache pas son concept, sa vitrine exhibant des pièces de côtes de boeuf Angus. Végétariens, abstenez-vous, La Queue de cheval n'est pas pour vous.

Le restaurant est à l'image des portions servies: gigantesque, tout comme ses prix. Sur plusieurs étages, on peut apprécier le confort qui y règne. Le cuir, le bois et les belles bouteilles s'harmonisent dans un luxe réel. Un gril central installé au premier niveau sert d'attraction et exhale un agréable parfum de viande caramélisée.

Une chance pour moi et pour mon budget alloué par Le Devoir, un ami amateur du tricolore m'avait invité avant la rencontre d'un match du Canadien. Jolie table dressée avec petite chandelle, de beaux verres et une coutellerie de luxe, dans une ambiance survoltée par la présence d'habitués partisans et de la bière qui coule à flots, servie aux tables par de jolies femmes et de bien beaux jeunes hommes.

À la lecture de la carte, je dus prendre une grande respiration. Tant par réaction aux portions copieuses que par réaction aux coûts très élevés, qui vont de 39 $ pour le «petit» filet mignon de 10 onces à, tenez-vous bien, 65 $ pour le Portherhouse de 28 onces. Mais qui donc, vous demanderez-vous, peut bien manger une telle portion? Plus de gens qu'on l'imagine.

J'étais embarrassé et j'aurais souhaité quitter les lieux, mais celui qui m'invitait ne semblait pas se soucier de la chose.

Après tout, me dis-je, ne sommes-nous pas en récession? J'optai donc pour l'entrée et le plat principal les moins chers, sachant que, sans garniture, il en coûtait déjà à votre humble serviteur la coquette somme de 55 $. À ce prix, il valait mieux que tout soit bon, voire parfait.

Mon ami choisit en entrée deux gros pétoncles géants servis avec un beurre noisette, parfaitement cuits et servis sur un lit de poireaux braisés. La salade de roquette et parmesan est assaisonnée, selon la carte, avec un vinaigre balsamique vieilli et réduit. Mais le vinaigre balsamique (authentique balsamico) est toujours âgé puisqu'il passe des années dans des fûts de chêne. Plus il est âgé et plus il est concentré, sans qu'il y ait besoin de le faire vieillir davantage. La salade était bonne, bien assaisonnée, mais rien d'exceptionnel.

Ne pas porter attention au menu peut devenir extrêmement coûteux, car tant les garnitures que les sauces sont facturées en sus. C'est cher payé pour moi, qui ai toujours, depuis tout-petit, refusé de manger les brocolis vapeur. Alors, payer 8 $ en plus pour des brocolis que je ne mange pas, pas question! Mon ami avait pour sa part opté pour le bar du Chili, rôti et servi avec une pâte d'ail et accompagné d'une salade tiède de lentilles. Le poisson était d'une grande qualité, il faut bien le dire, parfaitement cuit et bien assaisonné, ce qui n'était pas tout à fait le cas de la salade.

Mon petit filet mignon de 10 onces arriva comme un pauvre malheureux, dépourvu de sa garniture et, à ma demande, de sa sauce. Une viande trop marquée par le gril. Ce qui peut sembler bon pour certains devient à ce prix un défaut. La viande avait bon goût, mais je l'avais demandée saignante et elle m'a été servie à point. La cave à vins du restaurant fait partie des grandes caves mentionnées dans le très lu et très louangé Wine Spectator. Elle comprend de grands millésimes d'un peu partout, à des prix qui peuvent aussi atteindre le firmament. Par contre, on sait bien les préparer et les servir, dans de chic verres qui font la fierté du sommelier.

Côté desserts, on joue la carte des classiques: gâteau au fromage et chocolat blanc, crème brûlée, fondant chocolat, ou encore key lime pie servie avec une meringue italienne trop sucrée.

Difficile d'évaluer un tel restaurant, où règne la démesure. Il faut avouer que le boeuf est de première qualité, mais pourquoi faire payer 8 $ ou 10 $ de plus pour une sauce béarnaise?

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Collaborateur du Devoir

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Restaurant La Queue de cheval

1221, boulevard René-Lévesque Ouest, Montréal

- Prix payé pour deux personnes, le soir, avec deux entrées, deux plats principaux, un dessert, une bouteille d'eau minérale, deux verres de vin et deux cafés, avant taxes et service: 225 $.

- Petits salons et salon de cigare (cigare lounge) disponibles.

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Les bonnes fourchettes du mois

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B L'Express

3927, rue Saint-Denis, Montréal

514 845-5333

Année après année, ce restaurant ne déçoit pas en ce qui concerne la qualité des mets servis. Petits cornichons au vinaigre sur la table, soupe de poisson, plat du jour mijoté, ailes de raie, ou encore les grands classiques du restaurant comme les rillettes de lapin, qui sont toujours un pur délice. Vins d'importation privée des plus intéressants.

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RG DNA

355, rue Marguerite-D'Youville, Vieux-Montréal

514 287-3362

Dans le Vieux-Port de Montréal et dans un décor très design et épuré, deux partenaires axés sur la cuisine du soleil nous font partager leurs passions. Le menu dépend des arrivages teintés d'exotismes. Agneau du Bas-du-Fleuve, poissons aux épices, et une cave intéressante que vous pouvez visiter.

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RG La Salle à manger

1302, avenue du Mont-Royal Est Montréal

514 522-0777

Une cuisine tendance mais qui conserve de «vieux classiques» comme la longe de porc ou la tarte aux poireaux à la crème. Mais on peut aussi découvrir des plats végétariens bien faits, des tartares et des desserts qui, eux, changent de l'ordinaire. Le tout dans un décor super sympa et avec un excellent service.

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RG Le Bouchon de Liège

8497, de Liège, Montréal

514 807 0033

Steve Lemieux et Sylvain Leduc ont chacun leurs passions. Elles se nomment le vin et la cuisine. On retrouve toujours du bon pain, des poissons comme la lotte ou la truite toujours bien apprêtées, mais aussi une gigue de chevreuil qui s'accommode fort bien des vins d'importation trouvés par Sylvain Leduc.

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