Les jeunes loups de l'Utopie frappent à nouveau

Photo: Iris Gagnon-Paradis 
Le Cercle se démarque par une belle amplitude et un désir de laisser parler l’esprit du lieu.
Photo: Photo: Iris Gagnon-Paradis Le Cercle se démarque par une belle amplitude et un désir de laisser parler l’esprit du lieu.

Québec — Un petit événement est survenu à Québec à la fin de l'automne. Rouje, espace culturel qui accueillait quelques-unes des manifestations artistiques les plus originales de la Capitale, a fait place au Cercle, croisement entre un resto à tapas, un bar à vin et une salle de spectacle. Exit le local délabré avec son acoustique de boîte de thon. L'esprit demeure, mais voici un lieu mature, d'un tout autre calibre.

Pas de hasard ici. La recette nous vient d'une équipe qui a déjà fait ses preuves. Car ce sont les jeunes loups de l'Utopie, restaurant voisin du Cercle, qui frappent à nouveau. Le lieu gastronomique le plus stimulant de Québec continue décidément de sabrer dans la réputation d'austérité qui colle souvent à la restauration de qualité.

Pourquoi le «Cercle»? Il faut savoir que les Utopistes aiment bien se faire exploser le cerveau à coups d'art conceptuel et de philosophie asiatique. Ces collaborateurs occasionnels de Robert Lepage se sont donc recentrés sur l'idée de cercle comme une évocation du mouvement, du renouveau, du vide qui appelle à la création, etc. Le résultat est un lieu de convivialité, de partage, voire d'incubation de projets.

Outre les aspects vins et cuisine, sur lesquels nous reviendrons, la gestion du lieu est confiée à Frédéric Poitras, qui a notamment fait ses armes au Cosmos, établissement connu pour son côté swing et accessible. Quant aux spectacles, le Cercle s'appuie sur des piliers de la scène électro et jazz de Québec.

Côté architecture, le Cercle est plutôt rectiligne. Il se démarque par une belle amplitude et un désir de laisser parler l'esprit du lieu. Ce long espace est doté d'un imposant mur de brique rouge mis à nu par les rénovations, du même superbe terrazzo qu'à l'Utopie et d'une toute nouvelle passerelle en poutres de métal qui révèle la hauteur de l'endroit. Du blanc, du noir. Et un peu de rouge pour nous rattacher au passé récent du local. Enfin, un sérieux travail de sonorisation chapeaute le tout. L'ensemble a beaucoup de classe tout en restant humble.

On peut venir au Cercle pour prendre une bière, déguster un vin ou explorer le menu. En ce qui a trait aux liquides, le choix de bières est équivalent à celui de la moyenne des bars, sans plus. C'est davantage dans les vins que la vocation de l'établissement se révèle.

Cependant, face à la carte des vins, un connaisseur demeurera peut-être un brin circonspect. Il y a là de quoi s'amuser, mais on sent que cette carte est loin de son état optimal. Après tout, le Cercle prétend au statut de bar à vin. Et l'Utopie héberge un commando d'élite de la sommellerie. Alors, on s'attendrait à un peu plus.

On se heurte à une absence d'importations privées et autres vins rares, à des bouteilles pour l'essentiel très abordables et à une mince sélection de vins au verre. Il semble que, d'un point de vue administratif, il ne soit tout simplement pas possible de faire passer les superbes bouteilles de l'Utopie du côté du Cercle. Ce dernier se développe donc en parallèle et offrira davantage à mesure qu'il gagnera en maturité.

La sélection de vins, il faut le dire, découle aussi du souhait de créer un Cercle ouvert plutôt qu'un Cercle fermé. Le logo du commerce en témoigne d'ailleurs. Plutôt que de présenter une sélection de vins rares, le Cercle offre un palmarès régulièrement actualisé des meilleures cuvées disponibles à la SAQ. C'est une sorte de complément à la carte des vins de l'Utopie. Une occasion de s'initier, de se maintenir à jour, plutôt que de s'investir dans une expérience transcendantale.

Faute de partager le cellier de l'Utopie, le Cercle en partage à tout le moins les cuisines. Le chef Stéphane Modat est ici roi et maître, ce qui valide d'emblée la qualité du menu. Mais, encore une fois, si vous souhaitez vous faire dépeigner par le génie des Utopistes, passez la porte de l'établissement voisin.

En fait, c'est une autre facette de Modat qui s'affirme ici. Moins cérébrale. Plusieurs cuisinent des tapas comme d'autres «tunent» des Yaris. Du flash et pas de substance. Or, c'est le désir de retour aux sources qui se devine dans la cuisine du Cercle: des plats simples mais parfaitement exécutés, avec parfois des touches de grande finesse. Pas de pièces montées et autres tapages. Juste des tapas.

À notre passage il y en avait une quinzaine au menu, dont le prix allait de 2,50 $ à 6 $ pour des portions assez généreuses dont les saveurs sont à dominante maritime. À 5 $, on ne devient pas propriétaire d'une simple biscotte, comme c'est trop souvent le cas. Certaines recettes sont disponibles en version repas, à 10 $ ou 12 $. Une assiette de dégustation est aussi disponible à 15 $, avec cinq plats servis en mini portions.

Nous avons testé presque tout le menu. Entre trois plats de calmars, des côtes levées, et autres moules à l'escabèche, ce sont les crevettes grillées avec persil, ail et chorizo, ainsi que les beignets de crabe avec trempette de kéfir, herbes et citron vert, qui nous ont gagnés. Les légumes grillés, dans toute leur simplicité, valaient aussi le détour.

Enfin, pour les desserts, nous avons testé une crème brûlée et une pastilla au chocolat et poire confite. La présentation de cette dernière, sur tuile d'ardoise comme à l'Utopie, jurait un peu. En comparaison, la planche en contreplaqué de l'assiette dégustation exprimait plus justement l'ascendance du grand frère d'à côté, sans renier l'esprit du Cercle. La crème brûlée était, pour sa part, à la hauteur des attentes.

En résumé, voilà un lieu à la portée de tous, un pendant urbain aux Salons d'Edgar avec, dorénavant, les cuisines les plus noctambules en ville. Pour celles et ceux qui ont la fringale tardive, et pour tous les autres qui en ont assez de la surenchère dans le travestissement des tapas, voilà donc une nouvelle adresse qui s'impose.

- Cuisine: tapas

- Ambiance: plus proche de la brasserie urbaine que du bar à vin

- En résumé: un beau pied de nez à ceux qui ont craint le départ de Rouje, le Cercle semble en être une version plus aboutie. Lieu inspirant tout en étant accessible à tous.

- Les plus: bel alliage de raffinement et de simplicité, qui se retrouve à la fois dans l'aménagement, le menu, les vins et le service.

- Les moins: peu de vins au verre.

- À la carte: tapas de 2,50 $ à 6 $. De 10 $ à 12 $ en assiette. Desserts de 4 $ à 5 $

- Vins: de 5,50 $ à 9 $ au verre, de 28 $ à 70 $ à la bouteille

- Musique: tout est possible

- Autres: programmation culturelle étendue, Internet sans fil

Le Cercle
228, rue Saint-Joseph Est, Québec
tél: 418 575-9942

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Collaborateur du Devoir

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Les bonnes fourchettes du mois

Le Kilimandjaro

239, Saint-Vallier Ouest, Québec,

tél: 418 529-1001

L'un des rares restaurants africains de la Capitale, situé dans un secteur de plus en plus intéressant pour ses restaurants issus de tous les coins de la planète. Le Kilimandjaro offre un réel dépaysement et beaucoup de jovialité.

Moulin à poivre

2510, chemin Sainte-Foy, Québec, tél: 418 656-9097

Une sorte de petit ovni local. C'est un simple bistro du coin, comme on en retrouve dans la plupart des bleds en France, mais posé là où on ne s'y attend pas. Facile à évoquer mais pas si facile à faire. Le menu se balade de mois en mois entre le Lyonnais, l'Alsace, le Périgord et le Sud.

Café Sirocco

64, boulevard René-Lévesque Ouest, Québec, tél: 418 529-6868

Une valeur sûre de la cuisine méditerranéenne, le Sirocco s'est imposé au fil des années comme un des pôles de la restauration des environs de l'avenue Cartier. Les mercredi tapas sont notamment à fréquenter.

Le Fun en bouche

1073, 3e Avenue, Québec,

tél: 418 524-7272

Avec une toute nouvelle administration et un tout nouveau concept, ce Fun en bouche nous a bien étonnés l'été dernier. Pour celles et ceux en quête de gastronomie à petits prix. Ou tout simplement pour déguster certains des meilleurs sandwichs de la Capitale.

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