Rien ne pousse? Le jardinier paresseux vient à la rescousse!

Hélène Roulot-Ganzmann
Coordinatrice aux publications spéciales
L'érable de Norvège a des racines à la fois superficielles et très denses qui assèchent et appauvrissent le sol, rendant le jardinage difficile.
Photo: Getty Images L'érable de Norvège a des racines à la fois superficielles et très denses qui assèchent et appauvrissent le sol, rendant le jardinage difficile.

Ce texte fait partie du cahier spécial Plaisirs

Rien à faire, vous avez tout essayé… et il n’y a vraiment rien qui pousse sous votre érable vieux de presque 100 ans et qui, en plus d’avoir de longues racines qui affleurent le sol, donne de l’ombre presque toute la journée. Avant de remiser vos outils pour de bon, lisez donc les conseils du jardinier paresseux. Selon lui, il y a toujours des plantes qui s’adaptent, même aux pires conditions.

Il y a 322 espèces d’arbres dans les inventaires officiels de la Ville de Montréal, mais une poignée d’arbres, toujours les mêmes, dominent la forêt métropolitaine, selon les données recueillies par les chercheurs du Centre d’étude de la forêt de l’UQAM : les frênes, le tilleul à petites feuilles et deux variétés d’érable, celui de Norvège et l’argenté. Le problème pour le jardinier en herbe, c’est que ces deux derniers, qui comptent à eux seuls pour plus du tiers des arbres municipaux, ont des racines à la fois superficielles et très denses.

« Celles-ci viennent jouer dans votre jardin, asséchant et appauvrissant le sol, et rendent le jardinage difficile, précise Larry Hodgson, alias le jardinier paresseux. Il est même difficile de maintenir un gazon en leur présence ! Je vous déconseille donc d’en planter là où vous voulez mettre des plantations ornementales. Mais s’il est déjà là, il y a quand même des solutions pour arriver à présenter quelque chose de satisfaisant. »

Contourner le problème

Qui dit gros arbre dit forcément ombre au moins une bonne partie de la journée, et sol sec, l’arbre faisant office de parapluie même les jours d’orage violent ! Règle numéro un, donc : arroser tous les jours. Comme les racines de l’arbre volent par ailleurs les minéraux, il ne faut surtout pas hésiter à enrichir sa terre chaque année en ajoutant du terreau et du compost.

« Cela étant dit, rien ne va pousser tout près du tronc, celui-ci étant dominant, admet Larry Hodgson. L’idée, c’est donc de s’en éloigner et de planter plus loin, des plantes qui vont couvrir le sol en se dirigeant vers l’arbre. Pensons au géranium à gros rhizome, à l’herbe aux écus, à la vigne vierge, ou encore au lierre anglais rustique. Ainsi, on contourne le problème. C’est la même chose près des murs des maisons. On ne veut pas aller jouer avec les fondations. On éloigne donc les plantes du mur et les tiges vont courir vers la bâtisse. »

Autre solution : utiliser des jardinières en argile, en bois, en résine ou en géotextile à disposer là où ça ne pousse vraiment pas. On prendra soin cependant de choisir des plantes qui aiment l’ombre, telles que les actées, les fougères, hostas ou autres lamiers. Peu de fleurs c’est certain, car elles demandent trop d’énergie, mais il est tout à fait possible de jouer avec différents feuillages pour réaliser des compositions agréables à l’œil.

« Attention, prévient cependant le jardinier paresseux, les racines des arbres dominants sont capables de percer les pots… Pour y remédier, il faudra donner un quart de tour plusieurs fois durant l’été à votre contenant afin de casser les racines qui entrent dans le pot, avant qu’elles ne deviennent trop dures. »

Sols sablonneux

Autre terrain peu propice à la culture : les sols sablonneux. On en trouve près des lacs et des rivières, mais pas seulement. « Il y a des millions d’années, le Québec ne ressemblait pas à ce que nous connaissons, rappelle M. Hodgson. Il y avait des lacs, des rivières là où il n’y en a plus aujourd’hui. Des anciens fonds de lacs sablonneux, il y en a un peu partout dans la province. »

Dans une telle situation, il faut commencer par enrichir son sol avec du compost. Moitié sable, moitié compost, recommande-t-il. Ensuite, bien sûr, on choisit des plantes qui aiment le soleil et qui n’ont pas peur de la sécheresse, telles que les sédums, les thyms, joubarbes, achillées, ou encore les épines-vinettes.

« La première année, il va falloir établir la plante, ajoute-t-il. Ce qui signifie qu’il faudra bien l’arroser. Vous aurez sans doute l’impression qu’elle ne donne rien, mais en fait, elle est en train de faire ses racines pour aller chercher de l’eau profondément. Dès la deuxième année, elle va prendre de la vigueur et il ne sera plus nécessaire de trop arroser, même si elle est en plein soleil. Voyez vous-mêmes, il y a bien des plantes qui poussent dans le désert ! »

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