Jardins - Quand la pelouse devient une prairie fleurie

Un mélange à base de fleurs annuelles, pratique pour les petits espaces.
Photo: Un mélange à base de fleurs annuelles, pratique pour les petits espaces.

Bombant le torse, chevauchant sa rutilante tondeuse sans système anti-pollution et la maniant comme un karting, il progresse en bruit généralement le samedi ou le dimanche matin, en huile, en monoxyde de carbone, et même en rage aux guidons. Bref, il croit encore que le jardinage est une activité saine, qui permet un merveilleux contact avec la nature... Ou plutôt, de sa nature. Il rêve du jardin sain et naturel, mais dès que la larve d'un hanneton dévore ses brins d'herbe, le «brouteur», dans tous ses états, va s'enquérir immédiatement et sans vergogne du pesticide éliminateur et déclare au conseiller horticole le plus près: «Mon jardin se fait littéralement dévorer par des hordes d'affreux insectes, ayant nécessité bien urgente de repaître... et ils ne se contentent pas de broutilles.»

Sans toutefois s'en douter, le «brouteur» du XXIe siècle est bien souvent responsable des problèmes qu'il a provoqués par plusieurs pratiques de jardinage inadaptées et non appropriées. Par exemple: l'utilisation de plantes «problèmes», choix inadéquat en fonction du sol, la pratique d'entretien du jardin hostile aux insectes et animaux «utiles», technique culturale favorisant le développement des maladies, l'utilisation d'une fertilisation exagérée, l'utilisation non rationnelle de l'eau, la coupe trop sévère de la pelouse avec une lame mal affûtée, le transport des maladies dû à un sécateur mal ou pas désinfecté, etc.

Si chaque jour en me levant, je souhaite la bienvenue à saint Fiacre, le saint patron des jardiniers, il en est un autre, que je tiens le plus loin possible de mon environnement... Il se nomme Edwin Budding et on lui accorde l'invention de la tondeuse à gazon. Cet Anglais déposa en 1830, au service britannique des brevets, une demande pour l'invention de la première tondeuse à gazon, et il disait ceci: «Ces Messieurs de la campagne trouveront dans l'utilisation de mon appareil l'occasion d'un exercice amusant, utile et sain». C'est aux alentours de 1880 que se démocratise l'utilisation de la tondeuse à main, l'américaine «Archimedean». Depuis, la moquette verte fait fureur...

Hélas! Nous n'avons pas tous un sol, ni les moyens, voire un environnement favorable à la pelouse. Il en résulte une frustration lorsque l'on se compare à une «top modèle» du quartier. Chez la voisine, c'est bien plus vert!

Mais souvent à quel prix pour l'environnement. Une pelouse de prestige n'est pas forcément écologique: engrais, gaspillage d'eau, herbicides, traitements contre de insectes, les champignons, les mousses, et le roulage et la tonte hebdomadaire. Bref une pelouse peut être fonctionnelle, raisonnablement belle, fort utile pour mettre en valeur les massifs, mais ne doit pas être pour autant une corvée ni une source de problèmes.

D'ailleurs, si vous désirez vous joindre à la Coalition pour les alternatives aux pesticides (C.A.P.), voici les coordonnées: CP 434, Saint-Bruno, (Québec) J3V 5G8. % (450) 441-3899, et télécopieur: (450) 441-2138. Site Internet: www.cap-quebec.com.

La présidente, Mme Édith Smeesters, et évidemment son équipe, font un travail de sensibilisation sans relâche; à nous et à vous de bénéficier de leurs expertises et n'oubliez pas de vous procurer les multiples feuillets sur les alternatives écologiques...



Vers une pelouse libre aux intrus...

Ajoutez quelques petites touches de couleur verte à votre pelouse en y semant du trèfle. Dans ce cas, les roues de la tondeuse doivent être les plus hautes possibles, de 9 à 10 centimètres. Votre pas doit marquer la pelouse. Dernièrement, lors d'une visite au Domaine Joly-de-Lobinière, je remarquais que la pelouse se laissait envahir par des petites pâquerettes (Bellis perennis), l'effet est superbe.

En automne, plantez en petits groupes, en colonies, des petits bulbes de crocus, de Muscaris, de scilles et en bordure de vos massifs en plein soleil ou mi-ombre, des groupes Ipheion (Ipheion uniflorum) de la variété «Lagon Bleu» ou autres, il est idéal pour remplir les espaces vides.

Rappelez-vous qu'il faut faire avec la nature plutôt que lutter contre elle. Le jardin doit être évolutif, la pelouse aussi et il faut profiter des opportunités, lorsqu'une espèce se plaît, autant l'encourager. La nature a horreur du vide et un vide se remplit d'indésirables...

Une pratique nuisible consiste à utiliser des herbicides autour des troncs d'arbre ou à sarcler afin de maintenir la terre à nue. Denis Pépin, jardinier chevronné, premier prix du plus beau jardin potager de France en 1998, parle de faire «un chausson végétal» au pied des arbres. L'arbre est souvent planté en isolé au beau milieu de la pelouse, à l'écart des massifs d'arbustes et de vivaces, lui qui, il y a encore quelque temps, vivait heureux avec ses congénères.

L'arbre préfère la compagnie des haies, des arbustes, des vivaces. Quand cela est possible, il faut intégrer le pied des arbres dans des écrins de végétation. Pour ce faire, ajoutez de la bonne terre au pied de l'arbre sans enterrer le tronc, puis y installer des plantes en mélange. Observez. Il n'est pas toujours facile de faire pousser des plantes dans cet environnement de racines, de pénurie d'eau et de manque de nourriture, car l'arbre a souvent préséance sur ses sujets...

Des plantes comme le Lysimachia (rampant), des géraniums (vivaces), du lierre terrestre (considéré comme mauvaise herbe) de la vincade, l'aspérule, l'ajuga, du consoude nain, les fleurs des elfes (Epimedium), le Nepeta faassenii «Six Hills Giant» (imbattable en sol sec), l'Origanum, le myosotis du Caucase (Brunnera macrophylla), et autres couvre-sol feront l'affaire si vous prenez soin de fertiliser et d'arroser régulièrement.

De la pelouse à la prairie fleurie

Pour mieux occuper tout l'espace de la prairie, on associe des plantes qui aiment partager un même environnement. La meilleure façon de ralentir le développement des herbes indésirables, c'est donc d'associer des plantes qui s'entremêlent et occupent toute la place disponible très rapidement. La clé pour réussir une prairie fleurie (c'est la même chose pour l'ensemble du jardin) consiste à bien connaître le type de sol (sable — argile — loam), les éléments nutritifs qu'il contient (riche — pauvre), l'eau disponible (sec — humide), etc.

Le jardinier têtu impose son choix d'espèces et inévitablement se bat avec son sol et son environnement... Le jardinier opportuniste choisit en fonction des acquis et s'accommode de ce qui pourra faire un succès dans son milieu. Les mélanges contiennent des dizaines d'espèces, on a le choix entre plantes annuelles et vivaces, puis selon le type de sol et d'environnement. Le mélange type Nord-Est américain, peut être un point de départ.

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jean-claude.vigor@agr.gouv.qc.ca