Jardins - Vos tomates naissent-elles?

Feu vert pour des tomates rouges… à venir !
Photo: Feu vert pour des tomates rouges… à venir !

Vous connaissez probablement ces petites phrases dites magiques que les enseignants utilisent comme exercice de prononciation. Voici trois exemples pour les enseignants qui aimeraient ajouter une touche horticole à leurs dictées. «Tes laitues naissent-elles? Oui, mes laitues naissent. Si tes laitues naissent, mes laitues naîtront.» Utilisez «radis» en accélérant le rythme de la prononciation et terminez avec celle-ci en la prononçant la plus vite possible mais en articulant: «Tes tomates naissent-elles? Oui, mes tomates naissent. Si tes tomates naissent, mes tomates naîtront.» Ah! Bien sûr, des mots comme laitue, radis ou tomate n'auront pas le même effet sur les enfants que «chat» et «rôt» — rôt étant le synonyme ancien de rôti. Petite récompense pour les enfants aimant l'école buissonnière, tout comme moi... «Chat vit rôt. Rôt tenta chat. Chat mit pattes à rôt. Rôt brûla pattes à chat». Avouez que, prononcé très rapidement face à vos plants de tomates au beau milieu du jardin à cinq heures du matin, cela devrait faire un effet certain! Comme les plantes sont sensibles à la musique d'église, faites donc tout ça en chant grégorien. Les tomates adorent!

Passons aux choses sérieuses. Car rien n'est plus sérieux que la culture des tomates. Cette année, j'en ai planté deux douzaines. Douze dans un sol très riche en matières organiques et douze autres dans un sol relativement sablonneux et plus pauvre. La production s'annonce superbe dans le sol plus pauvre, car la végétation est belle mais non excessive et les plants sont remplis de belles grappes. Les plants transplantés dans mon sol trop riche se sont transformés en d'énormes buissons végétatifs en raison, bien sûr, des importantes pluies des deux dernières semaines. Bien évidemment, les grappes de fleurs se font rares, elles sont longues et elles portent 10, 12, voire 15 fleurs, ce qui est bien trop pour obtenir de grosses tomates.

L'un des secrets de la culture consiste en un équilibre entre les feuilles et les fruits. Il me faudra alors effeuiller sous peu. C'est-à-dire éliminer une feuille entière sur quatre ou cinq afin de diminuer la vigueur, qui engendre une multitude de tiges au détriment des grappes de fleurs. Je dois vous dire aussi que, cette année, je n'ai que des cultivars de tomates «déterminés». J'ai choisi entre autres la «Romanelle», comme tomate italienne, la «Célébrité», la «Sunpride» et la «Mountain belle» comme tomate cerise.

Les cultivars à croissance déterminée forment des plants buissonnants, qui n'ont pas besoin de taille. Ils sont plus hâtifs que les cultivars indéterminés. On pourrait dire qu'ils sont déterminés à produire presque toutes leurs tomates en même temps. Ce sont des cultivars de plein champ, il leur faut plus de place au sol que les cultivars à croissance indéterminée, qui doivent être attachés à un tuteur.

J'aime les cultivars déterminés car leur production est plus hâtive et, en prenant soin d'acheter des variétés très hâtives, de mi-saison et tardives, on obtient une production étalée sur toute la saison. Comme ils ne nécessitent pas de taille, voilà une chouette technique de culture pour l'amateur de hamac...

Mais comme cette année je n'ai pas eu le temps d'installer un paillis plastique sur le sol ou de mettre de la paille, j'ai utilisé de grands tuteurs à cerceaux. Le plant se trouve alors confiné à l'intérieur. Si on prend soin de bien replacer les tiges qui veulent s'en échapper, alors les multiples tiges chargées de tomates retomberont au-dessus du cinquième cerceau. Les tomates ne touchant pas la terre, elles risquent moins d'être endommagées. Pauvre, pauvre amateur de tomate qui passe l'été à se battre et à vouloir pratiquer l'impossible, essayant de conduire sur tuteur une variété du groupe déterminé...

Dans chacun des groupes, on retrouve des variétés à petites et grosses tomates, les roses, les rouges, les jaunes, des délicieuses et des fades...

Les cultivars du groupe indéterminé ont été développés pour les petits espaces. Ils se cultivent sur un ou deux pieds carrés. Il faut donc les tuteurer et les faire grimper jusqu'à cinq à six pieds de haut, voire plus. Dans les serres, ils peuvent atteindre de 20 à 25 pieds de longueur. Ce groupe indéterminé a la caractéristique de ne jamais produire de fleurs dans le bourgeon terminal. Il s'allonge donc toujours et produit des fruits régulièrement.

Mais voilà, il y a un hic. Comme on désire seulement une tige, il faut généralement couper toutes les tiges latérales que l'on appelle gourmandes. Il faut être plus vigilant et attacher régulièrement la tige principale, à un bon tuteur de 5 à 8 pieds de hauteur, selon l'enthousiasme du jardinier.

Voici quelques trucs à faire maintenant.

- Les tomates produisent leurs graines par pollinisation directe. Pour augmenter la production, secouez légèrement les grappes de fleurs en donnant des petites pichenettes à la base de la grappe. Faire cette opération tous les 3 à 4 jours, vers l'heure du midi ou en début d'après-midi, lorsque les fleurs sont sèches. Pour les paresseux, les gros bourdons qui visitent les fleurs font le même travail...

- Arrosez de beaucoup d'eau, mais distribuée de façon égale, afin d'éviter que les fruits ne craquent. Surtout ne mouillez pas le feuillage, car il peut y avoir risque de maladies.

- Un couvre-sol, c'est idéal, puisqu'il garde le sol humide, régularise l'absorption de l'eau et évite ainsi le craquement des fruits.

- Fertilisez chaque semaine, si votre sol est pauvre, avec un engrais riche en potassium, ou utilisez de l'engrais à tomate. La cendre de foyer mélangée à 50 % de gros sable apporte aussi du potassium.

- Pour obtenir de grosses tomates, pratiquez une entaille en forme de V sur la tige principale, juste en dessous de la grappe. La sève descendante ira dans la grappe, au lieu de descendre dans les racines.

- Cueillez les tomates quand elles sont bien mûres et bien colorées. À ce stade, elles se détachent facilement si on les tourne avec la main.

Voici ce qu'il vous faudra faire plus tard.

- N'effeuillez pas trop, sinon il y a un risque que le reste des feuilles se roulent comme des cigares, et alors les tomates ne mûrissent plus. C'est la sève contenue dans les feuilles qui assure le mûrissement des tomates. On retire parfois des feuilles pour diminuer les maladies fongiques (meilleure ventilation du plant), ou quand la croissance est exagérée.

- Vers la fin du mois d'août, vous pouvez couper la tête (ou les têtes) des plants. Coupez deux feuilles au-dessus de la dernière grappe.

- À l'annonce des premiers gels, cueillez tous les fruits ou, mieux, arrachez les plantes et suspendez-les la tête en bas, dans un garage. Les fruits colorés vont continuer à mûrir.

- Enveloppez les fruits verts dans du papier journal et disposez-les dans une caisse. De temps en temps, vérifiez le mûrissement.

Si vous obtenez quatre kg de fruits par plant, bravo!

Conservez les tomates à la température ambiante et ne les réfrigérez pas. Pour les intestins fragiles, utilisez les tomates pelées et épépinées, car elles seront beaucoup mieux tolérées. Quant aux tomates roses, elles ne sont pas plus faciles à digérer que les rouges, elles sont souvent plus sucrées, mais elles sont parfois plus acides.

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