Réal Migneault, le maraîcher urbain

Catherine Couturier Collaboration spéciale
Réal Migneault dans son jardin contenant des variétés méconnues de fleurs comestibles, de légumes et d’herbes de toute sorte
Photo: Fabrice Gaëtan Réal Migneault dans son jardin contenant des variétés méconnues de fleurs comestibles, de légumes et d’herbes de toute sorte

Ce texte fait partie du cahier spécial Plaisirs

« Là, je vais te faire goûter autre chose », me dit le propriétaire de la Ferme de rue de Montréal, Réal Migneault, en me tendant une petite feuille prise dans son « bar à cocktail ». La saveur anisée de l’agastache explose en bouche avant que le jardinier, qui éprouve manifestement du plaisir à faire découvrir ses variétés méconnues, ne me tende une feuille de stévia sucrée comme un bonbon.

Le jardin de Réal Migneault, qui s’étend tout autour de l’appartement qu’il loue, se veut un aménagement « festif et gourmand ». Les rosiers qui le passionnent (une vingtaine, de 13 espèces différentes) côtoient les tomates (environ 14 variétés, dont plusieurs ancestrales), les herbes fraîches, les fleurs et les légumes variés. « J’aime beaucoup associer la notion de plaisir et d’utilité. Les légumes me nourrissent, mais les fleurs m’émerveillent », décrit-il.

La combinaison fleurs / légumes a d’ailleurs confondu les fonctionnaires de la Ville lorsque M. Migneault a décidé de cultiver à l’avant du bâtiment. À l’époque, les potagers étaient interdits en façade : « Je pense que ça les a déstabilisés, et ils n’ont jamais rien dit ! » rigole-t-il.

Variétés méconnues

Le jardin de Réal Migneault contient des variétés méconnues de fleurs comestibles, de légumes et d’herbes de toute sorte. « J’aime jouer avec les fines herbes, et les ingrédients », raconte celui dont le père était cuisinier.

Photo: Fabrice Gaëtan Depuis l'an dernier, Réal Migneault se consacre à temps plein à son nouveau métier de maraîcher urbain.

Dans le stationnement, des bacs roulants (des modules d’agriculture urbaine) et des pots en géotextile prennent la place de la voiture pour reverdir l’espace. Zone mellifère en façade, légumes en pots, tomates, poivrons, aubergines, piments de toutes sortes, fleurs comestibles (ou non) : tout est identifié pour permettre aux passants de découvrir la biodiversité du jardin.

Du passe-temps au métier

Si, enfant, les jardins de ses parents ne l’intéressaient pas du tout, ceux-ci auront toutefois laissé leur marque : « Mon père s’occupait du potager, et ma mère du côté horticulture. Mon père gagnait des prix, et les gens prenaient des photos des arrangements de ma mère ! Mais j’étais l’ado rebelle, je n’étais pas dans le jardin », se souvient M. Migneault.

C’est plutôt lorsqu’il fonde sa famille que l’intérêt de cultiver ses propres légumes surgit. Il y a plus de 20 ans, il délaisse les jardins communautaires au profit du potager dans sa cour, qu’il agrandira peu à peu au fil des ans avec la bénédiction de son propriétaire. Puis, tranquillement, il prend conscience que sa passion peut devenir son métier. « Je n’avais jamais compris que c’était ce que je voulais faire “quand je voulais être grand” », raconte-t-il.

L’ancien architecte responsable de projets en développement durable retournera à l’école en 2017 en agriculture. « Je travaillais comme un fou. Au jardin, je me retrouvais, je ne pensais plus à rien. J’étais surtout heureux », constate M. Migneault.

Le projet reste en veille ; puis, un jour, il ouvre le congélateur et constate qu’il lui restait encore des légumes en réserve alors que son jardin commence à produire. Le déclic se produit finalement : pourquoi ne pas vendre des légumes de son potager ? La réaction enthousiaste des gens du quartier l’amène finalement à plonger : « La Ferme de rue de Montréal est née officiellement il y a deux ans… Avant, c’était le jardin de fou de Réal ! » s’exclame-t-il.

Ferme urbaine en expansion

Réal Migneault a formé l’OBNL l’an dernier et se consacre maintenant à temps plein à son nouveau métier de maraîcher urbain.  Il a aussi approché la paroisse de Saint-Benoît, qui a accepté que celui-ci cultive les 6000 pieds carrés du terrain de l’église Saint-Jude. Une partie des récoltes seront remises à des groupes communautaires locaux.

Sa Ferme de rue articule sa mission autour de trois volets : l’entrepreneuriat et l’innovation sociale ; le développement du pouvoir d’agir et l’éducation populaire ; l’implication et l’ancrage dans la communauté.

Déjà, avec sa production sur son terrain de 500 pieds carrés, M. Migneault a vendu une centaine de livres de concombres, 180 têtes de laitues, 70 livres de tomates, 35 d’aubergines, sans compter les fines herbes et les autres plantes distribuées. « Ça valide que c’est faisable de produire quelque chose d’intéressant, même sur un petit espace », croit M. Migneault. Sans se mettre en concurrence avec le système agricole traditionnel, Réal Migneault espère éveiller les consciences et donner accès à des aliments locaux, et surtout, savoureux : « Avec la COVID, j’ai senti cette année la curiosité, l’engouement des gens pour l’agriculture de proximité. Ça m’a donné espoir », confie-t-il.

Les 3 trucs du jardinier

Pour éloigner les écureuils, stimulez leur nez (basilic, fumier de poule), leurs yeux (objets qui bougent et qui brillent) et leurs oreilles (des assiettes d’aluminium qui s’entrechoquent).

   

Osez commencer petit, en choisissant des légumes que vous aimez.

 

Ne perdez pas patience, et ressayez si une variété n’a pas fonctionné.