Jardine, mange, aime

Catherine Martellini Collaboration spéciale
Le jardin de la Récolte des Générations se déploie sur le terrain de la résidence pour personnes âgées à Dunham, à 500 mètres de l’école primaire.
Photo: Alex Chabot Le jardin de la Récolte des Générations se déploie sur le terrain de la résidence pour personnes âgées à Dunham, à 500 mètres de l’école primaire.

Ce texte fait partie du cahier spécial Plaisirs

Et si entretenir un jardin collectif permettait bien plus que de développer son pouce vert, mais aussi sa vie sociale ? C’est la mission que s’est donnée la Récolte des Générations, à Dunham, qui tisse des liens entre jeunes et moins jeunes depuis sept étés.

Situé en plein cœur du village de Dunham, le jardin de la Récolte des Générations se déploie sur le terrain de la résidence pour personnes âgées, à 500 mètres de l’école primaire.

« On voit parfois, dans certains endroits, des cours conjointes entre garderie et résidence, mentionne Élyse Cardinal, fondatrice et présidente du conseil d’administration de l’organisme. J’ai toujours trouvé l’idée vraiment inspirante. »

Celle-ci a alors cogné à la porte de la résidence et le propriétaire n’a pas mis de temps avant d’être charmé par la vision intergénérationnelle de son projet, sans rien demander en retour. Un échange de services qui apporte autant à l’un qu’à l’autre.

Unir deux mondes

Élyse Cardinal avait déjà expérimenté l’aspect collectif derrière l’aménagement de jardins. Celle qui a travaillé au Jardin botanique de Montréal de 2010 à 2013 était responsable d’unprojet pilote en partenariat avec les cuisines collectives de Rosemont, Hochelaga-Maisonneuve et Centre-Sud.

« Dans le jour, les enfants s’y rendaient pour jardiner dans le cadre du camp de jour Jardins-jeunes, et le soir, je venais accompagnée d’adultes pour cultiver les légumes et les récolter, pour qu’ils soient ensuite cuisinés aux cuisines collectives », explique-t-elle.

Quand son conjoint et elle ont aménagé à Dunham, elle a saisi l’occasion pour inventer un hybride entre les deux initiatives. « Au Jardin botanique, les activités pour enfants et pour les aînés étaient séparées et je souhaitais qu’ils jardinent ensemble plutôt qu’à tour de rôle », souligne-t-elle.

Elle a alors obtenu une subvention salariale pour un projet pilote de jardin collectif où les tâches et les récoltes sont partagées, contrairement à un jardin communautaire, où chacun détient son propre espace.

Photo: Lucie Lamarre Le jardin de la Récolte des Générations, à Dunham

Au départ, le jardin s’étendait sur 250 pieds carrés. Devant le succès de la première saison de jardinage, elle crée officiellement l’organisme sans but lucratif en décembre 2014. La superficie du jardin s’agrandit pour ensuite atteindre 2500 pieds carrés. Trois ans plus tard, une serre à vocation communautaire s’ajoute au projet, où des tables de culture sont louées à un coût comprenant chauffage et animation horticole.

« On n’est pas des farmers ; le Jardin des Générations, c’est avant tout social et pédagogique », précise Élyse Cardinal.

Des ateliers sont ainsi donnés sur les lieux pour apprendre, par exemple, à repérer les insectes, à comprendre le compagnonnage entre plantes et insectes, les vertus des plantes médicinales et le compost. L’organisme offre également des services de soutien à l’implantation de jardins collectifs intergénérationnels et des animations horticoles dans les villes et villages de Brome-Missisquoi.

En partenariat avec les écoles, l’équipe de trois employés recrute aussi des enfants pour des activités qui se déroulent sur leur heure de dîner ou de 9 h à 12 h après la fin des classes. Selon la saison, ils sèment les graines dans la terre, entretiennent les plantes et participent à diverses activités favorisant le bien-être des personnes âgées, comme la distribution de la récolte à la cuisinière de la résidence, de bouquets de fleurs, etc. À l’automne, les aînés sont invités à venir cuisiner les légumes et les herbes.

Cultiver son esprit

Si on peut rêver que l’étincelle entre les jeunes et les personnes âgées se transforme en amitiés solides, ce ne sont néanmoins pas toutes les rencontres faites à la Récolte des Générations qui se soldent par des amitiés intergénérationnelles.

« Quand les jeunes arrivent à l’école secondaire et qu’ils n’ont plus l’aide du jardin pour entretenir les relations créées, ils ne reviennent généralement pas, admet Élyse Cardinal. Ça n’empêche pas que dans le moment présent, il y a de beaux échanges. »

Pas toujours besoin d’une amitié durable pour que la rencontre soit magique, ajoute-t-elle. Elle raconte qu’une année, la Récolte des Générations avait installé des bacs de fines herbes suspendus sur la terrasse d’une résidence pour stimuler les personnes atteintes d’Alzheimer qui ne pouvaient sortir au jardin par mesure de sécurité.

« La fille d’une résidente de 80 ans mentionnait à quel point sa mère était auparavant reconnue pour ses aménagements paysagers et son jardin et que celle-ci ne se rappelait rien de son immense talent passé », soutient-elle.

Après avoir été jumelée à une élève du primaire pour aménager les bacs, la vieille dame a fini par s’en souvenir. « C’est le fait d’avoir eu les mains dans la terre et d’être en contact avec les végétaux qui a ouvert cette brèche de souvenirs dans son esprit », ajoute-t-elle avec émotion, en rappelant qu’il existe bon nombre de recherches qui rapportent les bienfaits de l’hortithérapie.

« C’est pour tous ces moments qu’elle crée que la Récolte des Générations n’est pas près de mourir », souligne Élyse Cardinal.

Les trois conseils de la Récolte des Générations

Diversifier les cultures pour attirer les pollinisateurs

« Qu’on ait un champ à cultiver ou un petit jardin urbain, il est important d’intégrer des plantes qui attireront les insectes pollinisateurs dans le jardin pour favoriser la pollinisation des fruits et des légumes, explique Élyse Cardinal. Si on ne les connaît pas, il est facile d’en obtenir une liste sur le Web. » Les monocultures attirent les mêmes insectes, mais aussi davantage les insectes nuisibles qui attaquent une variété en particulier.

 

Ne pas trop retourner le sol pour le garder vivant

La terre regorge de vie, plus précisément des microorganismes et des insectes bénéfiques qui pondent et vivent dans le sol. « Si on retourne la terre trop profondément à coups de fourche pour aérer la terre, on détruit toute la vie qui s’est installée dans la couche de sous-sol, explique-t-elle. Il vaut mieux utiliser une grelinette pour aérer les petits ou les grands jardins. »

 

Traiter son jardin « aux petits oignons »

Un jardin doit être régulièrement désherbé, soigné et surveillé pour éviter les invasions. « Les adventices — appelées mauvaises herbes — créent de la compétition avec les autres plantes pour les nutriments et l’eau en plus d’héberger certains insectes nuisibles », souligne Élyse Cardinal.