Briques et pivoines, béton et persil

Charles-Édouard Carrier Collaboration spéciale
En s’installant au cœur de Montréal, Kathleen Fortin n’a pas fait une croix sur son amour du jardinage.
Photo: Fabrice Gaëtan En s’installant au cœur de Montréal, Kathleen Fortin n’a pas fait une croix sur son amour du jardinage.

Ce texte fait partie du cahier spécial Plaisirs

Véritable laboratoire d’agriculture urbaine, le jardin de la comédienne et chanteuse Kathleen Fortin est un coloré rappel que la nature s’adapte à tout. Verdure et culture au cœur de la ville.

Un rez-de-chaussée avec un minuscule carré de terre. Un grand mur de brique plein soleil. Un profond désir de mettre un peu de couleur sur cette rue à sens unique peu passante. Herbes aromatiques, fleurs, rosiers et plants de légumes, Kathleen Fortin trouve ici tout ce dont elle a besoin pour se sentir à la campagne.

Elle a habité Bromont pendant 10 ans. « Je suis passée d’un très grand jardin et peu de temps pour m’en occuper à un tout petit jardin, mais avec tout le temps qu’il faut pour le garder vert, en santé et productif », résume-t-elle en parlant de sa culture à échelle humaine, dont elle peut prendre soin malgré un horaire chargé. Car en s’installant au cœur de Montréal, elle n’a certainement pas fait une croix sur son amour du jardinage pour autant : printemps, été, automne, elle est la cheffe d’orchestre d’une symphonie de couleurs, d’odeurs et de saveurs.

Un printemps annonciateur

Coup d’envoi d’une saison colorée, alors que la neige s’efface lentement et que les Montréalais ont besoin d’unpeu de lumière ; la magie opère : « On sort de l’hiver, ça prend du beau ! Des tulipes, des pivoines, du lilas, le jardin à l’avant de la maison amènent tout un éclat de couleur qui fait beaucoup de bien. Et c’est encore plus vrai cette année. En plein confinement, les gens avaient besoin de ça. »

Photo: Fabrice Gaëtan «Ce n’est pas si spectaculaire que ça. Mais les gens s’arrêtent et me disent à quel point ils aiment l’installation», raconte Kathleen Fortin.

Puis, vient l’agriculture. Au départ, Kathleen Fortin imaginait une installation faite de bacs en cèdre organisés à la verticale sur le mur latéral de sa propriété. Mais elle s’est plutôt tournée vers des sacs de culture, plus simple à confectionner et à suspendre, et moins coûteux. « J’ai acheté un rouleau de géotextile. Avec ma fille, qui coud, on a fait un prototype et on est arrivées à quelque chose d’assez résistant, qui contient suffisamment de terre pour que soit possible la croissance des plants et qu’on peut suspendre, explique l’agricultrice urbaine. On a ajouté les œillets, percé la brique et fabriqué les treillis. » Le résultat est couronné de succès.

La pivoine japonaise, qui change de couleur plusieurs fois dans sa très courte floraison. Le plant de courgette, boudé par les insectes, qu’elle doit polliniser méticuleusement à la main en caressant l’intérieur de la fleur femelle avec le pistil de la fleur mâle. Les semences de tomates ancestrales, des concombres citron et des aubergines turques qu’elle a soigneusement choisis pour sortir de l’ordinaire et s’offrir quelque chose de différent. Pour la Montréalaise, tout est un jeu de lumière, de couleurs, de textures. Créer un jardin, c’est de l’art. Un art, rappelle-t-elle, accessible à tous.

Multiplier, cultiver, recommencer

« Ce n’est pas Versailles. Ce n’est pas si spectaculaire que ça. Mais les gens s’arrêtent et me disent à quel point ils aiment l’installation. C’est rassembleur de planter en ville ! Et c’est dans l’air du temps ; il y a eu tout ce désir d’être plus autonomes, de faire pousser ses légumes, de consommer local, etc. Ça donne des idées à ceux qui croyaient que c’était impossible de le faire en ville. »

La Ville de Montréal installe un peu partout sur son territoire des potagers en bacs appelés Mange-Trottoir laissés à la disposition des citoyens. Kathleen Fortin en a d’ailleurs deux devant chez elle. De concert avec le déploiement de ces installations appréciées des Montréalais, la Ville ne pourrait-elle pas encourager la culture à la verticale pour embellir les murs de briques qui se suivent et se ressemblent en son centre ? « C’est étonnamment facile et ça ne coûte pas cher. On sent la fraîcheur que ça crée, et la couleur que ça donne, remarque Kathleen Fortin. Plus il y a aura d’initiatives comme ça, plus le mouvement prendra de l’ampleur. » Dans sa volonté d’encourager l’agriculture urbaine, la Ville pourrait distribuer des sacs de culture gratuitement aux résidents qui souhaitent se lancer dans un potager vertical. L’idée est lancée.

La tête en ville, le cœur en campagne

Les pieds nus sur le trottoir, les yeux brillants, Kathleen Fortin fait des allers-retours devant ses plants. Elle les touche, les sent, un à un. À l’aube, alors que le quartier se réveille à peine, elle n’oublie jamais qu’elle est en ville. « Ce n’est pas un désavantage. Je suis très urbaine, mais j’ai envie de garder bien en vie cette oasis. Et c’est un peu ce qu’on est en train de faire collectivement, ici et ailleurs. Je souhaite qu’on trouve des façons originales pour utiliser chaque espace disponible pour jardiner. C’est comme ça qu’on pourra reconstruire nos villes différemment », confie Kathleen Fortin, dont la réponse ponctuée d’un coup de klaxon nous rappelle que nous sommes bel et bien à Montréal.

Semer des couleurs

« C’est mon plaisir, c’est mon espace, mais je pourrais me laisser tenter par l’envie de diviser quelques vivaces et de les replanter ailleurs… pour embellir chez un voisin, puis un autre, puis un autre », confie Kathleen Fortin. Gardez l’œil ouvert, cette tulipe-surprise qui percera le sol au printemps prochain pourrait être un cadeau de la jardinière urbaine.

Le carnet d’adresses de Kathleen

La plupart des plantes qu’elle cultive proviennent de commandes en ligne. Elle choisit chaque variété avec soin en accordant la priorité aux producteurs d’ici et à des variétés qu’on ne retrouve pas en magasin.

 

Des semences d’ici 

Le potager ornemental de Catherine

 

Plants d’iris et d’hémérocalles

Le paradis dans ma cour

 

Sélection de pivoines d’un producteur de Chicoutimi

Pivoine Capano

 

Rosiers de qualité exceptionnelle (Angleterre)
David Austin Roses