La patience du jardinier

Marie-Hélène Alarie Collaboration spéciale
Patrice Fortier dans son jardin à Kamouraska, où les végétaux n'en font qu'à leur tête. 
Photo: La société des plantes Patrice Fortier dans son jardin à Kamouraska, où les végétaux n'en font qu'à leur tête. 

Ce texte fait partie du cahier spécial Plaisirs

En ces temps de turbulences, la folie du potager s’est emparée des ruraux autant que des citadins. Les ventes de semences explosent et, pour répondre à la demande, Patrice Fortier passe plus de seize heures chaque jour au jardin. Ce Montréalais d’origine a choisi de s’établir à Kamouraska, dans le Bas-Saint-Laurent. Danseur à la ville, il est devenu semencier à la campagne. Il y a vingt ans, il créait La société des plantes… une société où humains et végétaux tissent des liens étroits et vivent en harmonie.

C’est en bleu de travail que le jardinier nous accueille. Ensemble, nous marchons dans ses jardins. Nous traversons d’abord une angélique vraie qui fait la fierté du jardinier : « Toutela plante s’utilise : graines, fleurs, feuilles, tiges et racines, qui sont les plus recherchées pour leurs vertus médicinales. Son effet stimulant nous titille joyeusement. » Plus loin, des choux poussent sous un voile protecteur pendant que la mythique absinthe croît ici et là, et protège ses consœurs grâce à son effet insecticide.

Dans la serre voisine, les spécimens les plus fragiles sont à l’abri. Un basilic aux feuilles pourpres panachées de vert côtoie la salicorne japonaise. Derrière la maison, c’est le jardin des curiosités qui accueille la ficoïde glaciale, dont la base des feuilles est recouverte de petites papilles remplies d’un liquide salé qui brillent comme du givre au soleil. Un peu plus loin, c’est l’étonnante mertensie maritime qui attire l’œil par la beauté de son feuillage bleuté. Quand on croque ses feuilles, c’est avec surprise qu’on découvre leur curieuse saveur d’huître.

En poursuivant notre parcours en passant sous les branches d’arbres qui font office de brise-vent, on arrive dans un grand jardin aux larges planches. Ici, de nombreuses variétés de légumes sont déjà en fleurs et ne tarderont pas à produire les petites graines tant convoitées. Petit à petit, ces cultures feront place à de nouvelles plantes qui monteront en graines à leur tour.

Un esprit rebelle plane sur les jardins de La société des plantes et même si Patrice Fortier dessine des plans précis chaque année, à la fin, les végétaux n’en font qu’à leur tête.

Naît-on jardinier ?

À Montréal déjà, Patrice faisait pousser des végétaux dans sa cour arrière du Mile-End et proposait ses services comme jardinier. Ce métier, il l’a appris en fréquentant le Jardin botanique de Montréal et en s’abonnant à toutes les revues de jardinage… En déménageant à Québec, l’artiste-jardinier s’implique dans un projet de jardin citoyen dans le quartier Saint-Roch : « Ça s’appelait l’Îlot fleuri, c’était un vrai projet d’anarchistes et j’y ai développé mon art du jardin… » Puis, il arrive à Kamouraska.

Si Patrice Fortin était jardinier dans l’âme, il n’était pas semencier pour autant. Mais l’envie de manger autre chose que ce qu’on lui proposait à l’épicerie et de partager ces découvertes avec d’autres l’a poussé vers le métier. En se trompant souvent, mais toujours en avançant grâce à sa créativité, lentement, l’artiste s’est transformé en semencier.

Comme au jardin, dans la région, on pratique le compagnonnage : « Dans le Kamouraska, en bio alimentaire, on n’est pas nombreux, mais on arrive à un niveau de qualité intéressant. Ici, on est dans un milieu d’artisans où tout le monde échange et on grandit tous là-dedans », lance celui qui fournit des herbes aromatiques à la boulangerie Niemand, aux producteurs de saucissons le Fou du cochon et à la distillerie Fils du Roy.

Aujourd’hui, le semencier connaît la région par cœur, il est capable de développer des graines adaptées à notre climat et multiplie les variétés ancestrales. Toutefois, son passé d’artiste le rattrape et, à l’occasion, un projet sort de terre : une exposition de photos de carottes, une procession pour la fête du haricot Saint-Sacrement et ce documentaire poétique de Julie Perron, Le semeur, dont il est le personnage principal.

Les trois trucs du jardinier

Des semences bien adaptées à notre climat

 

D’année en année, Patrice Fortier sélectionne et trie les graines afin d’obtenir des plants résistants aux envahisseurs et aux grands vents du Bas-Saint-Laurent. Ainsi, on multiplie les chances de réussir le potager.

Planifier… mais pas trop

 

Si on sait d’avance qu’on aura des fraises en juin et des tomates en août, les étés québécois réservent parfois des surprises. Cette année, les canicules qui se sont abattues sur les cultures ont donné du fil à retordre aux jeunes pousses. Peut-être que la récolte d’oignons sera abondante, mais qu’il ne faudra pas trop compter sur les concombres…

Privilégier les légumes anciens, parce qu’ils sont bons !

Avec eux, on obtient des textures, des formes et des saveurs exceptionnelles. C’est le grand avantage de faire son potager : adieux, fruits et légumes uniformes et insipides, et bienvenues, plantes potagères à la personnalité affirmée !


 

Bien rangées dans de petits sachets portant toute l’information nécessaire à leur culture, les semences de Patrice Fortier sont offertes sur le site de La société des plantes