Rendez-vous avec une reine de la flore urbaine

Gabrielle Tremblay-Baillargeon Collaboration spéciale
La serre hydroponique des Fermes Lufa, à Anjou, où Camille Dubreuil Bessette supervise la production de 210 000 plants de laitue et de fines herbes.
Photo: Fabrice Gaëtan La serre hydroponique des Fermes Lufa, à Anjou, où Camille Dubreuil Bessette supervise la production de 210 000 plants de laitue et de fines herbes.

Ce texte fait partie du cahier spécial Plaisirs

La serre des fermes Lufa est humide, bourdonnante, fluorescente. Partout, les courtes verdures se dressent, classées par taille comme à l’école primaire, des plus jeunes aux plus vieilles, qui sont prêtes à quitter le nid. C’est là que Camille Dubreuil Bessette, cheffe de culture, veille à leur bon développement.

Notre discussion sera ponctuellement arrêtée par le bruit de gigantesques ventilateurs, des appareils qui s’activent à intervalles réguliers pour réguler la température de la serre hydroponique, où ne poussent que laitues et fines herbes. En effet, dans cette pépinière aussi grande qu’un terrain de football, véritable oasis de fraîcheur perdue au milieu des dédales industriels d’Anjou, rien n’est laissé au hasard.

« Tout est automatisé », explique Camille, qui arpente le sol de béton mouillé avec l’assurance de quelqu’un qui y passe tout son temps. Son emploi consiste principalement à gérer les variables de cette serre, qu’elle qualifie de « dernier cri » : lumière, humidité, irrigation, circulation d’air… Le système réagit aux variations du climat selon des critères déterminés (et constamment réévalués) par la cheffe de culture. « C’est une machine très précise », affirme-t-elle.

Photo: Fabrice Gaëtan Bon an mal an, la serre fonctionne sept jours sur sept pour répondre aux besoins des clients.

Au fond, une zone de propagation sertie de lumières bleues et rouges assure la pousse des semis, qui, une fois qu’ils auront atteint une taille satisfaisante, seront transférés dans le système rodé au quart de tour. Chaque graine est plantée dans un cube de fibre de noix de coco, seul substrat qui accompagnera la verdure jusqu’à sa maturité, un matériau compostable choisi pour faciliter une irrigation régulière. De longues pièces de métal blanc reçoivent ensuite les cubes, qui, jour après jour, avancent d’environ un pouce lorsque les bandes mûres sont retirées à l’extrémité de la serre. En 6 à 10 semaines, les verdures sont habituellement prêtes à être récoltées. Pour en arriver là, Camille a dû travailler dur. Il y a trois ans, cinquante espèces différentes poussaient à Anjou. Aujourd’hui, on en compte quinze.

Une machine musclée

Bon an mal an, la serre fonctionne sept jours sur sept pour répondre aux besoins des clients des Fermes Lufa, qui commandent chaque semaine leur panier de fruits et légumes. À la différence de nombreux paniers fermiers, ceux de Lufa sont totalement personnalisés par les consommateurs. Ce qui, on le devine, donne parfois du fil à retordre à la petite équipe de la serre d’Anjou. Le poste de cheffe de culture consiste également à essayer de prévoir quoi faire pousser, et surtout en quelle quantité.

Chaque matin, Camille commence sa journée en survolant les commandes des clients, qui devront être récoltées le soir même : 2000 plants de verdure quittent la serre au quotidien. Travailler en circuit fermé sans s’arrêter demande également plus d’efforts pour le contrôle des pucerons, par exemple, le grand ennemi de Camille. « On a introduit des guêpes parasitiques pour les contrôler et on fait présentement des tests avec des chrysopes », souligne-t-elle. Le plus grand défi de la serre, c’est donc de trouver une formule qui convient à toutes les plantes.

« Il faut travailler avec le système et les conditions qu’on a », affirme la cheffe de culture, qui n’utilise qu’une seule solution nutritive pour ses 210 000 plants, tous cultivés sans produits chimiques. « Je suis loin d’avoir fait le tour ici. Il y a encore plein de choses à expérimenter, à perfectionner, à améliorer… Sky is the limit chez Lufa ! » conclut-elle.

Les trois trucs de la jardinière

Être proactif plutôt que réactif

« Plus je passe de temps à regarder mes plantes et mes données, plus je préviens des problèmes », remarque Camille. À la maison comme au jardin, il faut surveiller les racines, le taux d’arrosage, les feuilles et les insectes une à deux fois par jour pour éviter les pépins, plus difficiles à régler une fois qu’ils sont bien installés.

 

Connaître les conditions des semis qu’on achète

Camille indique que l’on peut faire repousser les plants achetés aux fermes Lufa ou d’autres plants achetés en pépinière ou au marché. Encore faut-il connaître les conditions dans lesquelles la plante a grandi pour pouvoir les reproduire. Dans le cas de celles de la serre d’Anjou, on s’assure de donner un maximum de soleil et, surtout, ne pas submerger le substrat.

 

Développer une routine

Si nos plantes sont sur un balcon au grand soleil, il faut être prêt à arroser souvent. « Au moins chaque jour, matin et soir, si on reçoit beaucoup de soleil, et abondamment », précise la botaniste. « En pleine terre, les racines vont chercher l’eau dans le sol, donc on aura besoin de moins d’irrigation », souligne-t-elle.