Le jardin nourricier à petits pas

Catherine Couturier Collaboration spéciale
Pierre-Alexandre Henley dans son jardin à l’anglaise, où se côtoient légumes, fines herbes et fleurs comestibles.
Photo: Fabrice Gaëtan Pierre-Alexandre Henley dans son jardin à l’anglaise, où se côtoient légumes, fines herbes et fleurs comestibles.

Ce texte fait partie du cahier spécial Plaisirs

Comme de nombreux Québécois, Pierre-Alexandre Henley a profité du confinement pour se consacrer à son jardin. Tranquillement, à coups d’essais et d’erreurs, il a bâti un petit jardin nourricier dans l’est de l’île de Montréal.

Tout a commencé lors de l’achat d’un duplex, dans Mercier, en mars 2019. « J’ai toujours eu quelques plantes dans la maison, mais sans plus », raconte Pierre-Alexandre Henley. La bâtisse, un peu figée dans les années 1960, et son grand terrain produisent un déclic. À l’arrière, quelques arbres fruitiers, des rosiers, des lilas, et quelques framboisiers.

L’ami avec lequel il a acheté la propriété travaille dans le milieu de la restauration. Il cueille alors les fleurs de lilas et les pommettes pour en faire du sirop. De fil en aiguille, Pierre-Alexandre se bâtit un jardin à l’anglaise, intégrant légumes et fleurs comestibles : capucines, hémérocalles et fines herbes côtoient courgettes, tomates et betteraves. « C’est vraiment embryonnaire », confie celui qui s’est tout de même lancé dans les semis l’hiver dernier.

Un jardin évolutif

« On a commencé par les plates-bandes, et on a intégré ce qu’il y avait déjà. On a choisi les variétés selon ce qu’on pouvait consommer », explique celui qui a toujours eu un intérêt pour tout ce qui touche la nourriture. Après les plates-bandes arrière, le jardinier amateur a planté à l’avant une vigne donnée par un ami, des choux de Bruxelles et d’autres fleurs. Il agrandit progressivement le jardin, testant pour trouver les coins les mieux éclairés (ou pas trop brûlés par le soleil), les moins susceptibles de devenir un terrain de jeu pour Charlotte, sa chienne, ou une collation pour les écureuils. L’hiver prochain, Pierre-Alexandre tentera de faire une petite serre pour ses semis. « Gérer les semis à l’intérieur, c’est beaucoup de travail. Il faut contrôler l’humidité, faire attention lorsqu’on arrose de ne pas en mettre partout», explique-t-il.

L’été prochain, il espère agrandir le jardin pour y faire pousser des rattes (pommes de terre) et autres légumes plus costaux. « Encore là, on veut planter des trucs qui s’intègrent dans les repas », souligne-t-il. « À l’épicerie, ça change notre approche de ce qu’on achète ». Sans parler d’indépendance alimentaire (« il faudrait aménager tout notre terrain, installer un système de goutte-à-goutte, et uneserre, pour y arriver ! »), avoir un potager fait prendre conscience de la valeur, de la provenance et de la qualité des aliments. « Il n’y a pas un légume qu’on a cultivé qui est moins bon que ce qui vient de l’épicerie ! », observe Pierre-Alexandre.

Lui cultive, aidé par sa compagne, son copropriétaire cuisine. Le tout en maximisant chaque geste : le gazon coupé fera du paillis ; le compost maison fertilisera le terreau ; les « mauvaises herbes » seront transformées. « C’est une job, enlever les mauvaises herbes. Tant qu’à ramasser les pissenlits pour les jeter, mieux vaut les manger », croit-il.

Des échanges précieux

En parlant avec son entourage, on se rend compte que tout le monde a un peu un intérêt et des connaissances à partager. Même si Pierre-Alexandre n’a jamais eu de jardin quand il était enfant, son père et sa belle-mère ont été des sources d’information précieuses. « Il faut que tu t’informes, chaque variété a ses particularités et ses façons de faire », constate-t-il. En ayant de l’espace, il peut aussi faire des tests. Le vieux conseil de couper les gourmands sur les tomates, par exemple, favorise une culture compacte ; ne pas les enlever donnera de plus petits fruits, mais en plus grande abondance.

« S’il n’y avait pas eu de confinement, je ne sais pas si on aurait eu un jardin », précise toutefois Pierre-Alexandre. Avec les canicules successives, il était bien pratique de pouvoir arroser le jardin tous les jours et de le surveiller. « C’est une drôle de saison, tout répond bizarrement », remarque-t-il. Les légumes ont poussé très vite au début, pour ensuite monter en fleur, faisant de l’ombre au reste qui n’avait pas encore poussé. Mais l’important, c’est d’essayer :« Ça ne coûte pas grand-chose. Si les gens ont commencé un jardin avec le confinement et le font seulement un an, ce n’est pas grave. C’est mieux que d’avoir adopté un animal sur un coup de tête ! », conclut-il.

Les trois trucs du jardinier

Manger ce qu’on cultive

« C’est un peu comme les épices dont tu prends une pincée avant de les ranger précieusement parce qu’elles t’ont coûté cher… et qui finissent par se périmer. Quand ton légume est prêt, n’attends pas, et mange-le ! »

 

Ne pas trop se mettre de pression

« Sinon, on est déçu. On dit qu’on apprend de nos échecs, mais pas tout le temps. »

 

S’informer

« Tout se trouve sur Internet. » Pierre-Alexandre aime particulièrement le balado du Jardin des Funambules, le site Jardiner malin et Ooreka. N’hésitez pas non plus à demander conseil à votre pépiniériste.