Quand le potager fait école

Hélène Roulot-Ganzmann Collaboration spéciale
Le jardin de 10 000 pi2 accueille un programme de formation en agriculture urbaine pour les citoyens.
Photo: Fabrice Gaëtan Le jardin de 10 000 pi2 accueille un programme de formation en agriculture urbaine pour les citoyens.

Ce texte fait partie du cahier spécial Plaisirs

S’il est un jardin urbain qui porte bien son nom, c’est celui qui se situe au cœur du nouveau campus MIL, dans ce récent quartier d’Outremont qui voit le jour autour du Complexe des sciences de l’Université de Montréal. Une enclave verte au milieu des grues et des bétonnières qui s’activent à faire sortir de terre les multiples immeubles à condos qui accueilleront bientôt toute une nouvelle population. C’est dans cette oasis que Sara Maranda-Gauvin nous reçoit, accompagnée de quelques animateurs et élèves de l’école du potager urbain qu’elle a fondée il y a quatre ans.

17 h 30. En ce premier jour de troisième canicule à s’abattre sur Montréal cette année, le soleil est encore chaud, mais le système d’irrigation et le popsicle que nous tend Sara en guise de bienvenue rafraîchissent l’atmosphère. Les yeux pétillants et le sourire aux lèvres, la jeune femme au chapeau blanc accueille les élèves jardiniers qui arrivent peu à peu pour mettre la main à la terre et attraper quelques conseils au vol.

Il y a là Sara, donc, codirectrice de l’organisme On sème, dont la mission est de créer des outils et des activités en lien avec l’agriculture urbaine, la biodiversité et l’environnement. À ses côtés se tient Moises, Vénézuélien arrivé à Montréal il y a cinq ans et qui n’avait alors d’autre expérience de la terre que celle d’avoir fait mourir les orchidées que ses parents cultivaient amoureusement sur leur balcon, faute de les avoir arrosées. Preuve vivante que l’on peut apprendre vite, il est aujourd’hui l’un des principaux conseillers du potager et il y élève avec fierté toute une variété de piments. Il y a aussi Célia, horticultrice de formation. Ici, c’est elle l’experte. Et, ce soir-là, Frédérique, Magalie, Olivier, Catherine, Perrine, Élise, puis Julian, Melba et Santiago, 14 ans, l’une des neuf familles à venir s’occuper du jardin familial, situé au centre du potager.

« C’est pour faire en sorte que les enfants [ils ont aussi une adolescente] lèvent un peu le nez de leurs écrans », confie Melba. « Nous avons tellement appris en seulement quelques semaines, sur les mauvaises herbes, les légumes d’ici, parce que nous venons de Colombie, l’arrosage, etc. », ajoute Julian au moment où Santiago sort son cellulaire pour mitrailler un millepatte qui s’était posé sur son short.

Dure saison pour les piments

Sur les 10 000 pieds carrés que couvre le jardin, c’est tout un écosystème qui se développe. À l’est, il y a la forêt nourricière, composée notamment de menthe, de cassis, de vignes et de pruniers. « Il s’agit de recréer une forêt naturelle, explique Sara. Il y a des vivaces, des arbustes et des arbres, plusieurs strates donc, et à maturité, ça a besoin de peu de fertilisation ou d’arrosage pour produire une abondance de récoltes très diverses. »

Photo: Fabrice Gaëtan Personne ne sait si le potager pourra prendre véritablement racine au cœur du nouveau campus, le terrain étant à terme promis à la construction d’une école.

De l’autre côté de la rangée de saules, qui boivent le surplus d’eau tout en procurant un peu d’ombre aux jardiniers, vers l’ouest, s’étend le potager en soi, dans lequel une marmotte a décidé cette année de s’installer, au grand dam des jardiniers ! Fines herbes, tomates, tomates cerises, carottes, courgettes, haricots, concombres, poivrons, piments, courges… mais aussi des légumes plus tropicaux, tels que le naranjillo, les aubergines africaines, le python bean,le walking stick kale, le shiso, le tamarillo, le coqueret du Pérou, l’aji jobito, la coriandre bolivienne ou les salsifis d’Espagne…

« Avec la chaleur que nous avons à Montréal l’été, nous avons la possibilité de cultiver ces plantes que nous connaissons mal et qui ne font pas encore partie de notre alimentation, raconte Sara. Prenons le walking stick kale : il tient son nom du fait que tout l’été nous cueillons les feuilles en laissant le plan et qu’à la fin de la saison, on coupe le tronc, qui est alors assez dur pour se transformer en bâton de marche. »

Moises profite quant à lui de cette visite pour jeter un œil (attristé) à ses piments. Les grosses chaleurs, le vent, la pluie et même la grêle n’ont pas épargné ces plants particulièrement fragiles et il n’entrevoit pas une récolte des plus fabuleuses. Un peu plus loin, devant le bac des melons d’eau, il avoue son insuccès en la matière ces dernières années.

« On fonctionne beaucoup par essais-erreurs, parce que nous testons tous les ans diverses techniques de jardinage, indique-t-il. Quelquefois, nous avons de belles surprises. Ici, nous avons par exemple des courges. Les semis ont été spontanés parce que nous avions jeté des graines dans le compost… on ne sait donc pas exactement quelle sorte de courges va pousser. »

Partie intégrante des projets éphémères organisés sur le campus MILet dont Sara est aussi la coordinatrice, personne ne sait si le potager pourra prendre véritablement racine ici, le terrain étant à terme promis à la construction d’une école. À moins, rêvons un peu, que la crise actuelle ne pousse les pouvoirs publics à revoir leurs priorités et à considérer l’agriculture urbaine comme faisant partie de la solution.

Les trois trucs de la jardinière

L’arrosage

     

C’est l’une des activités les plus difficiles à maîtriser, mais à Montréal, il fait tellement chaud que l’on peut difficilement trop arroser. Pour les solanacées (tomates) et les cucurbitacées (concombres), on vise à n’arroser que le sol, et non les feuilles, afin de prévenir l’apparition de maladies fongiques. Et attention à ne pas oublier d’arroser les coins du jardin, qui sont souvent laissés pour compte ! Enfin, lorsque l’on jardine en bacs, il faut s’assurer que les contenants ont un bon drainage.


La succession des cultures

Une bonne compréhension de la durée de vie des plantes au potager permet de planifier une succession des cultures et d’augmenter ainsi le nombre de récoltes. Il est possible, par exemple, de commencer par planter des radis, qui tolèrent bien le froid en début de saison (30 jours à maturité), puis d’opter pour des courgettes (55 jours à maturité), suivies de navets pour une récolte d’automne (40 jours à maturité).


Le paillis

Dans nos jardins, nous utilisons du bois raméal fragmenté dans les allées et de la paille sur les planches de culture afin de réduire le compactage du sol, de faciliter l’absorption de l’eau et le drainage, de redonner de la matière organique, de prévenir l’érosion et, finalement, de stabiliser la température du sol.