Une culture intensive aux petits oignons

Isabelle Delorme Collaboration spéciale
Éric Duchemin dans sa cour arrière, où sa conjointe et lui font pousser fruits et légumes, qui, pour la plupart, seront mis en conserve à l’automne pour éviter le gaspillage.
Photo: Fabrice Gaëtan Éric Duchemin dans sa cour arrière, où sa conjointe et lui font pousser fruits et légumes, qui, pour la plupart, seront mis en conserve à l’automne pour éviter le gaspillage.

Ce texte fait partie du cahier spécial Plaisirs

Éric Duchemin n’a pas grandi dans un potager, mais l’envie d’en avoir un l’a toujours démangé. Lorsqu’il a planté ses premières tomates dans la cour arrière de sa maison de Pointe-Saint-Charles il y a vingt ans, le néophyte aux pouces verts — devenu aujourd’hui expert en agriculture urbaine — n’avait aucune connaissance potagère.

« Avec ma conjointe, nous avons tranquillement aménagé le potager et, d’année en année, il grandit », raconte Éric Duchemin. En commençant par les tomates, courgettes, haricots, puis les fraises qui prolifèrent lors de notre visite. « Cela fait cinq jours que nous en cueillons au minimum 500 grammes par jour », lance Éric Duchemin qui attend une dizaine de kilos d’ici la fin de la saison.

De juin à octobre, le potager de 30 à 40 mètres carrés situé dans la cour arrière d’une ancienne maison d’ouvrier accueille notamment prunes,cerises, raisin, crucifères, chou vietnamien, cassis, bleuets, groseilles, courges… Dans son cabanon au fond de la cour, M. Duchemin fait pousser ses semis à partir du mois de mars. Il nous montre son raifort, l’unique plante qui était là à son arrivée. « J’aime bien ses grandes feuilles et ses fleurs n’ont pas une odeur agréable, donc ça fait fuir les ravageurs », raconte-t-il.

Une telle variété dans ce petit espace urbain est le résultat de beaucoup de tests. Avec son plant de kiwi, Éric Duchemin a fait chou blanc. « Jeme rends compte que mon terrain n’a pas assez de soleil… Ou alors il faudrait que je sacrifie mes framboisiers et c’est hors de question ! lance le jardinier. Depuis que je l’ai mis dans la ruelle, il a produit un unique kiwi… qui n’était pas bon. Ce n’est pas la plus grande réussite de ma vie ! »

Photo: Fabrice Gaëtan Chez les Duchemin, la mise en conserve occupe les mois de septembre et d’octobre.

Il a eu la main plus heureuse en installant ses aubergines, poivrons et piments sur son balcon ensoleillé, avec un rendement de 12 à 20 kilos selon les années, sur deux mètres carrés. « Si un aliment me tient à cœur et m’est utile en cuisine, je le déplace pour trouver un endroit où ça fonctionne », explique-t-il.

Nourris à l’année pour des queues de cerises

Depuis quelques années, Éric Duchemin investit également l’espace disponible devant sa maison. « Tout le monde disait qu’en façade, on se fait voler ! Cela n’est jamais arrivé, se réjouit-il. Nous y avons des carottes, des betteraves, du piment, dukale qu’on mange en salade, des cerises de terre que nos enfants adorent en confiture… L’enjeu en avant, cesont les écureuils », explique celui quiconseille de prendre son temps en jardinage en y allant par étapes. Son nouveau projet ? Un gingembre qu’il vient de planter, pour tester.

Deux cents kilos de légumes par an, c’est beaucoup pour une famille de quatre personnes. Leur solution anti-gaspillage ? La transformation. « Nous venons de congeler deux kilos de fraises qui seront pour l’hiver, raconte le jardinier urbain. Nous congelons aussi nos tomates et lorsque nous en avons une soixantaine, nous préparons une grosse batch de sauce et de salsa. » Même chose pour les poivrons et piments, transformés en sauces et en poudres, ou encore les concombres, qui deviennent des marinades. Chez les Duchemin, la mise en conserve occupe les mois de septembre et d’octobre. « Ma plus belle récompense, c’est de manger ma production », confie celui qui est à la tête d’une véritable petite épicerie faite maison.

Lorsque nous sortons de la maison, il montre quelques potagers improvisés dans la rue. « J’ai un voisin qui a décidé de redémarrer un potager pendant la COVID. Je lui ai donné des semis de tomates et de piments pour l’encourager ! » raconte-t-il. Car chez les Duchemin, le jardinage rime avec partage.

Les trois trucs du jardinier

Rentabiliser l’espace

En ville, il faut utiliser l’espace à son maximum. L’astuce d’Éric Duchemin ? Il plante ses tomates sur la même superficie ensoleillée que ses fraises. Ces dernières commencent par produire en juin, puis les plants de tomates grossissent et les fraisiers gardent l’humidité de la terre. Penser aussi aux cultures verticales comme les haricots ou les concombres, qui font une jolie clôture.

Prendre soin de son sol

Un potager en ville peut être très intensif et les plantes potagères ont besoin d’énergie. Éric Duchemin a retourné la terre argileuse de son potager les premières années et n’utilise que des engrais naturels. Il faut veiller aussi à entretenir le sol en enlevant les mauvaises herbes chaque semaine, car on peut vite se laisser déborder.

Être prêt à transformer

Souvent, tout arrive en même temps et en grande quantité. Il faut être prêt à conserver ses fruits et légumes. Et si on n’en est pas capable, alors il faut donner.


 

À la ville, lorsqu’il ne cultive pas son jardin potager, Éric Duchemin est chercheur à l’Université du Québec à Montréal et directeur scientifique et formation au Laboratoire sur l’agriculture urbaine (AU/LAB), dont on peut suivre les expérimentations potagères sur leur compte Instagram. Il a aussi mis sur pied le portail Cultive ta ville, une ressource pour les jardiniers et jardinières.