Le Portugal dans le jardin

Martine Letarte Collaboration spéciale
José Neves dans sa cour arrière, où sa femme et lui font pousser légumes, arbres fruitiers et fines herbes.
Photo: Fabrice Gaëtan José Neves dans sa cour arrière, où sa femme et lui font pousser légumes, arbres fruitiers et fines herbes.

Ce texte fait partie du cahier spécial Plaisirs

Entre les laitues et les gourganes, des rangées et des rangées de choux cavaliers prennent le soleil en ce chaud après-midi du mois de juin. Si plusieurs se demandent ce qu’on peut faire avec ce feuillage, pour José Neves et sa femme, Maria, la question ne se pose pas : ils le congèlent précieusement pour pouvoir cuisiner toute l’année le caldoverde (bouillon vert), une traditionnelle soupe chaude portugaise, au grand bonheur de leurs petits-fils. Bienvenue dans le jardin montréalais des Neves… où l’on se sent un peu comme au Portugal !

« Tout le monde avait son potager au Portugal, parce que, de l’argent, il n’y en avait pas beaucoup, et il fallait manger », raconte José Neves, qui est arrivé au Québec en 1972. L’année suivante, après avoir épousé Maria et avoir acheté une première maison dans le quartier Petite-Patrie, il a commencé à jardiner. Il n’a jamais arrêté depuis.

Lorsqu’il s’est installé en 1988 dans sa maison actuelle, dans le quartier Ahuntsic, il n’y avait que du gazon dans sa cour arrière. Rapidement, il a créé un premier espace qu’il a réservé à la culture des légumes.

« Je travaillais, alors je n’avais pas le temps de jardiner comme aujourd’hui », raconte celui qui a été employé 32 ans à la Société de transport de Montréal. Puis, il a pris sa retraite et le jardin a gagné davantage d’espace dans la cour arrière. « C’est là que je me sens bien. Je ne pense pas à autre chose lorsque je m’occupe de mon jardin ; c’est mon passe-temps et ça me garde en forme », explique-t-il.

Photo: Fabrice Gaëtan Le cognassier, qui permet aux Neves de cuisinier leur marmelade, vient directement du Portugal.

Pommes de terre, courges, aubergines, concombres, tomates, fraises, fines herbes : la variété de produits cultivés par les Neves laisse deviner qu’ils passent plus souvent par la cour arrière que par le supermarché avant de commencer le souper.

Ils ont même des plants de basilic à petites feuilles, qui les ramènent directement au Portugal. « À la fête de la Saint-Jean, chaque table a son bouquet dans les restaurants, raconte Maria Neves. Ça sent très bon. »

« J’ai beaucoup de plants et ils sont assez serrés parce que je n’ai pas beaucoup de terrain, explique M. Neves. Mais, il ne faut pas penser qu’on économise en faisant son potager aujourd’hui lorsqu’on considère tout ce qu’il faut investir dedans. Il faut jardiner parce qu’on aime ça. »

La transmission

La passion de M. Neves pour son potager n’a toutefois pas amené sa progéniture à s’intéresser au jardinage. « Il faut vivre les choses pour développer une passion, affirme José Neves. Nous, on n’a pas eu beaucoup d’instruction, alors on voulait que nos enfants aillent à l’école. C’était ça l’important, et nous n’avons pas pensé à leur montrer à jardiner. »

« Mais, notre belle-fille aime ça et, dès qu’elle arrive ici, elle va jouer dans la terre », précise Maria Neves.

La transmission s’est faite toutefois avec leurs deux petits-fils, qui ont 7 et 10 ans. « Il y a quelques années, je leur avais fait chacun leur petit jardin et ils s’en occupaient chaque fois qu’ils venaient en visite », raconte le grand-père avec une pointe de fierté dans le regard.

On trouve également dans la cour trois arbres fruitiers : un poirier, un prunier et un cognassier (qui produit des coings). José Neves arrive aisément à réaliser des greffes pour permettre à ses arbres fruitiers de se reproduire.

« Regardez le prunier, dit-il. Un petit tronc pousse devant le plus gros. C’est une greffe d’une autre sorte de prunier donnée par un voisin. Et le petit prunier du voisin ici à droite vient de mon prunier. »

Le cognassier, qui permet aux Neves de cuisinier leur marmelade, vient directement du Portugal. « Des amis l’ont apporté lorsqu’ils sont venus s’installer en Ontario et ils nous ont donné une greffe », explique M. Neves.

C’est ainsi que les arbres fruitiers se multiplient de voisin en voisin et d’ami en ami pour faire bien des heureux au moment des récoltes.

« Vous reviendrez lorsque les poires seront prêtes, en septembre », nous lance M. Neves en nous faisant un signe de la main, avant de retourner à son jardin.

Les trois trucs du jardinier

Un sol riche

« Je mélange la terre avec du fumier de mouton, avec du compost de crevettes et avec un peu de cendre de la cheminée, qui est bonne pour les racines. »

Beaucoup de soleil

« Sans soleil, il n’y a rien qui pousse. Il arrive vers 8 h dans ma cour arrière et il part vers 16 h. »

 

Pas d’entêtement

« Avant le poirier, j’ai essayé de faire pousser un pommier. J’en ai planté un nouveau pendant quatre ou cinq ans, et ça ne marchait jamais. Ils ont été mangés par des mulots, ou ils ne faisaient pas de racines. Ensuite, j’ai essayé un cerisier, et ça n’a pas marché non plus. Le poirier a poussé tout de suite. »