La campagne en ville

Catherine Couturier Collaboration spéciale
Patricia Gagnon dans sa serre aménagée dans sa cour arrière
Photo: Fabrice Gaëtan Patricia Gagnon dans sa serre aménagée dans sa cour arrière

Ce texte fait partie du cahier spécial Plaisirs

Parmi les fleurs, les légumes, les arbres fruitiers, un cardinal rouge se pose au pied d’un arbre. À Montréal-Nord, Patricia Gagnon s’est ainsi construit une petite oasis de verdure, presque au coeur de la ville.

Patricia Gagnon n’avait jamais eu de jardin, enfant. Mais elle garde de furtifs souvenirs du potager de sa grand-mère, qui habitait à plusieurs heures de route, au Lac-Saint-Jean. « J’ai le souvenir de cueillir une carotte, de la rincer sous le boyau d’arrosage et de croquer dedans », raconte-t-elle. Pour cette raison peut-être, la carotte garde une place spéciale dans son cœur de jardinière. « C’est une surprise chaque fois qu’on la cueille ! Et qui n’aime pas les carottes ? » s’exclame-t-elle.

C’est plutôt un ami passionné de plantes et d’horticulture qui lui aura transmis sa passion, il y a environ 10 ans. « J’ai commencé par trois plants de tomates », raconte la jardinière amatrice en nous faisant visiter son potager. Après les tomates est venu le jardin en pots, qui s’estagrandi sur deux balcons lorsque Patricia déménage à Villeray. Puis, la petite maison à Montréal-Nord achetée il y a cinq ans s’avérera un terrain de jeu incroyable.

Forêt nourricière en cour avant, bacs et jardins en pleine terre à l’arrière, couche froide pour les récoltes prolongées, petite serre construite par le copain de Patricia, qui est charpentier-menuisier : chaque année, un nouveau projet s’est ajouté. L’espace au sous-sol a aussi permis à Patricia de faire pousser ses propres semis. Puis, la découverte des variétés ancestrales l’a poussée à vouloir récolter ses propres semences. « Pour certains légumes, c’est vraiment facile », assure Patricia, « la laitue, la moutarde, ça se fait tout seul ».

De découverte en découverte

La jardinière s’autoformera au fil de ses lectures et de ses rencontres, s’inscrivant entre autres à l’École d’été en agriculture urbaine. Celle-ci donne également du temps à Terre promise, une semencière artisanale locale, une belle occasion d’apprentissages et de rencontres. « Chaque année, je découvre quelque chose. L’an passé, c’était les tomates schtroumpf [des tomates mauves]. Mon obsession cette année, c’est la tomate groseille », relate-t-elle. Elle partage elle-même beaucoup son expérience sur les réseaux sociaux, et répond à son tour aux questions de ses abonnés.

Camerise, argousier, persil japonais, oignons égyptiens, radis queue-de-rat, mini-kiwi, vignes, fraises blanches, monnaie du pape (dont les graines se consomment comme du poivre)… Les variétés que Patricia Gagnon cultive sont impressionnantes et surprenantes. « J’ai découvert cette année qu’on pouvait faire pousser de la salicorne en pot ! Je l’arrose avec de l’eau salée, ça fonctionne très bien », explique-t-elle.

Une autre trouvaille ? Les champignons. « J’ai fait un essai, et j’ai planté des strophaires. Après une grosse pluie, tu te lèves, et ça a poussé ! » dit Patricia. De plus en plus populaire, la culture de champignons est aussi peu exigeante, etceux-ci peuvent s’intercaler aux légumes, s’accommodant du soleil et de l’ombre. Patricia aime aussi particulièrement les légumes vivaces,comme l’asperge, la moutarde ou l’arroche : « C’est tripant, tu n’as pas besoin de rien faire, ça revient tout seul. »

Graphiste à son compte, Patricia a le luxe de pouvoir scruter son jardin tous les matins, et s’émerveille des surprises qu’elle y trouve. Même si parfois, en fin de saison, la fatigue s’installe, celle-ci ne dure pas longtemps. Et puis, quoi de plus satisfaisant que de servir un repas avec des ingrédients que l’on a soi-même fait pousser ?

Les trois trucs de la jardinière

Être patient

« Il faut apprendre à être patient et à observer », explique Patricia. En étant attentif à la façon dont une plante pousse et à la forme de ses feuilles, on peut la reconnaître l’année suivante si elle surgit parmi les mauvaises herbes.

S’informer et expérimenter

Faire du bénévolat pour des agriculteurs, participer à des formations, lire des blogues, fureter sur Instagram et sur YouTube. Les ressources sont infinies ! Patricia ne veut par ailleurs pas recommander de légumes ou de fruits précis : « Il ne faut pas avoir peur d’expérimenter. Au pire, ça ne poussera pas ! » Une patate germe ? Pourquoi ne pas la planter dans un pot, et observer ce qui se passe ?

 

Commencer petit

 

« Au début, j’avais trois plants de tomates dans le même pot et ça ne poussait pas ! L’année suivante j’ai compris, j’ai mis un plant par pot. Puis, j’ai appris qu’en coupant les gourmands, j’aurais plus de fruits. » Fines herbes, fleurs, laitues, carottes et légumes vivaces sont de bonnes options pour commencer.


   

Patricia Gagnon est très active sur les réseaux sociaux. On peut d'ailleurs suivre ses aventures sur son compte Instagram.