Fabrice Gaëtan, le jardinier de garage

Martine Letarte Collaboration spéciale
Un agriculteur a prêté à Fabrice Gaëtan une terre à Sainte-Julie pour qu’il puisse vivre pleinement sa nouvelle passion.
Photo: MMTrudeau photographe / La vitrine créative Un agriculteur a prêté à Fabrice Gaëtan une terre à Sainte-Julie pour qu’il puisse vivre pleinement sa nouvelle passion.

Ce texte fait partie du cahier spécial Plaisirs

Cet été, ces pages vous proposent chaque semaine la visite du projet d’un jardinier de métier ou de passion, du plus urbain au plus campagnard, qui nous livre son histoire et ses astuces.


 

Deux plants de piments : c’était le petit projet horticole du photographe Fabrice Gaëtan pour montrer à ses enfants comment poussent les plantes. Deux ans plus tard, son garage et sa petite cour débordent de verdure, et un agriculteur lui a gentiment prêté une terre pour qu’il puisse vivre pleinement sa nouvelle passion. Résultat : il bichonne maintenant chaque jour pas moins de 500 plants et attire les passionnés sur Instagram.

Le mouvement vers l’autonomie alimentaire déclenché pendant la pandémie n’est pas étranger à l’ampleur du projet horticole de Fabrice Gaëtan qui, déjà, chassait et pêchait. « Je revenais du Nunavik, où je couvre la construction d’un barrage comme photographe documentaire et, le lendemain, tout a été fermé, les rayons des épiceries étaient vides, c’était comme l’apocalypse ! » se souvient Fabrice Gaëtan, rencontré dans son petit havre de paix rempli de pousses sur la Rive-Sud, dans la région de Montréal.

Il n’a fait ni une ni deux et a commencé ses semis pour avoir une tonne de légumes cet été : tomates, chou frisé, fèves, roquette, en plus des nombreuses variétés de piments qu’il cultive notamment pour produire des sauces piquantes testées l’an dernier et qu’il commercialisera cet automne.

Photo: Fabrice Gaëtan Le garage de Fabrice Gaëtan déborde de verdure.

Il faut dire aussi que son premier essai avec les piments habanero lui a prouvé qu’il avait le pouce vert. « Au marché avec les enfants, j’ai demandé au marchand s’il avait des piments habanero et il m’a dit qu’aucun agriculteur n’avait réussi à en produire en raison des conditions météorologiques, raconte-t-il. J’ai alors sorti mon téléphone pour lui montrer des photos de mes deux plants remplis chacun d’environ 70 piments. Tout étonné, il m’a dit qu’il m’achèterait chaque piment 1 $. »

Fabrice Gaëtan a gardé ses piments, mais l’intérêt qu’on leur portait lui a fait miroiter tout le potentiel que représentait sa nouvelle passion.

« J’ai gardé les graines de mes piments pour faire une plus grosse production, raconte-t-il. C’est comme ça que je me suis retrouvé avec 250 plants dans ma cour l’été dernier. »

La fierté de faire germer des graines

Pourquoi se donner le trouble de faire germer des graines, alors qu’on peut acheter des plants au coin de la rue ? « C’est ce que je me disais au départ, mais j’ai réalisé qu’on passait à côté de quelque chose en achetant des plants, raconte-t-il. C’est tout un trip de croquer dans un légume que tu as fait pousser en plantant une graine dans la terre. »

C’est aussi une science… et beaucoup d’essais et erreurs. Curieux de nature, le jardinier de garage a fait beaucoup de lectures avant de commencer sa production plus massive. « Il faut connaître les dates pour faire les semis, étudier la température et l’humidité requise, savoir où placer sa lumière, etc. », explique celui qui prend plaisir à vulgariser ses apprentissages sur Instagram et qui répond aux questions de ses abonnés.

Il n’a pas étudié dans le domaine, mais il doit bien se débrouiller puisqu’une école d’horticulture vient de lui demander de donner des cours en ligne ! « Je suis monsieur et madame Tout-le-Monde, alors je pense que j’arrive à transmettre simplementles connaissances que je suis allé chercher dans mes lectures », explique Fabrice, qui a aussi fait des rencontres déterminantes sur les réseaux sociaux, comme celle d’Alex Fortin, d’Alex’s Hot Sauces, avec qui il collabore maintenant.

En ce moment, alors que le monde des reportages photo tourne au ralenti, il se consacre à temps plein à sa nouvelle passion sans utiliser de produits chimiques. Chaque jour, il s’émerveille. Comme le matin de notre visite, devant un piment qui avait viré au rouge pendant la nuit.

« J’aime le côté no bullshit des plantes, affirme celui qui, enfant, aimait passer son temps dans le bois au chalet familial. Si tu travailles bien, la plante pousse, sinon elle meurt. Il n’y a pas de pétage de bretelles. C’est vrai, c’est concret, c’est sain, ça fait du bien à l’âme et ça rend aussi les autres heureux lorsqu’on partage. »

Les trois trucs du jardinier

 Choisir stratégiquement ses variétés

Chaque plante a ses besoins, et certaines sont plus capricieuses que d’autres. Il faut analyser l’ensoleillement, le type de sol et sa patience. « Lorsqu’on met des graines de tomate en terre, le plant sort en sept jours, mais avec le piment, ça peut prendre 30 jours », précise Fabrice Gaëtan.

 Acclimater les plants

Une fois que la chaleur est bien installée, c’est le temps de sortir ses plants à l’extérieur. « Les UV peuvent donner des coups de soleil aux plants, alors il faut les acclimater », explique Fabrice Gaëtan. On commence par les sortir trois heures à l’ombre, puis une journée. Ensuite, une moitié de journée à l’ombre et l’autre au soleil, puis une journée complète. Un processus qui s’étire sur une semaine ou deux.

 Essayer et observer

Que ce soit pour l’arrosage ou le compost, il faut faire des essais et observer le résultat. « Avec trop d’eau, le plant peut pourrir, avec trop de compost, il peut brûler, explique le jardinier. Le choix du compost est aussi un art. Ça dépend du sol et des racines, mais ma recette, c’est deux tiers de terre et un tiers de compost de crevettes. Il est riche et il ne sent pas mauvais, contrairement au fumier de poule qui attire aussi beaucoup les mouches. »


 

Fabrice Gaëtan est très actif sur les réseaux sociaux. On peut d'ailleurs suivre ses aventures de jardinier sur son compte Instagram.