Comment les plantes résistent au froid québécois

Avec la diminution de la photopériode et la baisse de la température, de nombreuses transformations biochimiques sont déclenchées, chez les feuillus comme chez les conifères, les végétaux ligneux, les plantes annuelles et les vivaces.
Photo: Lise Gobeille Avec la diminution de la photopériode et la baisse de la température, de nombreuses transformations biochimiques sont déclenchées, chez les feuillus comme chez les conifères, les végétaux ligneux, les plantes annuelles et les vivaces.

Quand les températures baissent, nous sortons nos manteaux de duvet, nos belles écharpes tricotées et nos bottes fourrées. Et les plantes, comment font-elles pour se préparer aux grands froids ? Quelles adaptations leur permettent de ressusciter chaque printemps ? Peut-on les aider à passer à travers cette période de gel, de dégel et de vent froid ?

Les végétaux nordiques, au cours de millions d’années, ont développé différentes adaptations afin de passer à travers des hivers rudes et sans merci. En voici quelques-unes, plus fascinantes les unes que les autres, qui leur permettent de résister à des températures allant jusqu’à – 38 °C, sans fourrure ni couverture de laine.

D’abord, avec la diminution de la photopériode et la baisse de la température, de nombreuses transformations biochimiques sont déclenchées. Chez les feuillus, les feuilles, couvertes de capteurs photosensibles, réagissent en envoyant le signal à la plante de sécréter de l’éthylène. Cette hormone entraîne alors la formation d’un bouchon de liège qui isole les feuilles des réseaux de sève et provoque leurs abscissions. Voilà ces arbres débarrassez de leurs feuilles pour l’hiver. Mais pourquoi alors les conifères ne perdent-ils pas leurs aiguilles ? Parce que leur forme et la couche de cire qui les recouvre diminuent leur perte en eau et qu’elles résistent bien au gel.

Chez les végétaux ligneux a lieu un phénomène appelé endurcissement qui consiste à préparer les cellules à se protéger du gel. Comment ? En accumulant des protéines, des sucres et des solutés dans les tissus pour augmenter leur résistance à la déshydratation et diminuer la température de cristallisation de la glace. Étonnant, non ? Et ce n’est pas tout, des changements dans l’expression de gènes répondant à l’acclimatation au froid et à la tolérance au gel ont même été observés.

Plus spécifiquement, certains végétaux ont des mécanismes d’adaptation renversants. Par exemple, des lichens et des mousses se déshydratent pour survivre à des températures extrêmement basses… Tandis qu’à des températures de – 38 °C, certains végétaux arrivent à maintenir leurs liquides à l’état liquide en éliminant les noyaux causant la formation des premiers cristaux de glace. Cet état, nommé la surfusion, est toutefois très instable.

Les plantes annuelles et les vivaces ont quant à elles développé d’autres adaptations. Les annuelles, dont toutes les parties végétatives gèlent, produisent une grande quantité de graines qui assureront leur présence au printemps suivant. Simple, mais efficace. La plupart des vivaces perdent leurs feuilles et concentrent leur réserve sous forme d’amidons dans leur système racinaire, soit du type bulbe, corme, rhizome ou bourgeons souterrains, qui leur permettront de rejaillir quand le temps sera clément.

Je prends congé pour un mois. Je vous retrouve donc début décembre pour vous présenter de beaux livres et vous proposer des idées de cadeaux pour jardiniers.

Au jardin

En raison des changements climatiques, nos hivers sont plus doux. On pourrait croire que ceci rend la vie plus facile aux végétaux, mais ce n’est pas le cas. Les gels et les dégels, les pluies hivernales et les faibles accumulations de neige causent énormément de pertes, surtout dans le sud du Québec. N’oublions pas que, sans neige, il n’y a pas de manteau protecteur et que sans lui, si les racines gèlent, c’est fatal. Ce fut le cas de nombreux végétaux l’année dernière. Quoi faire alors ? En mettant une bonne couche de paillis, de 10 à 15 cm, autour des vivaces, des arbustes et des jeunes arbres, on réduit le risque de gel du système racinaire et ainsi les pertes. Les végétaux au feuillage persistant sont particulièrement sensibles à la dessiccation par le vent. Afin de les protéger, on utilise, pour ceux qui sont hauts de taille, des membranes de géotextiles et, pour ceux qui sont bas, des branches de conifères. Les géotextiles protègent, tandis que les branches favorisent l’accumulation de neige. On s’assure que la membrane ne touche pas la plante en la soutenant avec des piquets, car elle conduit le froid.

Mon jardin sans pétrole

Ce livre expose la démarche singulière de l’auteure autrefois journaliste et maintenant chargée de mission au service des Espaces verts de la Ville de Paris. Ce n’est pas un livre de jardinage, mais une expérience de résilience. Tous les week-ends, elle met son vélo dans le RER pour aller s’occuper, de la manière la plus écologique possible, de son lopin de terre. Selon Christine Laurent, « cultiver son jardin libère de la société de l’argent, du prêt à consommer et à jeter ».
 

Christine Laurent, Seuil, coll. Flore et minéraux / Reporterre, Paris, 2019, 160 pages