Un casse-tête, les plantes envahissantes?

La berce du Caucase est facile à éliminer à la pelle.
Photo: Claude Lavoie La berce du Caucase est facile à éliminer à la pelle.
Qui ne s’est pas déjà échiné à tenter de contrôler l’égopode qui a envahi son terrain boisé ou la renouée qui est passée de chez le voisin à son jardin ? Les plantes envahissantes peuvent être un sérieux casse-tête, mais leur capacité d’adaptation demeure un phénomène fascinant. Claude Lavoie, biologiste et professeur à l’Université Laval, vient de faire paraître un livre sur le sujet : 50 plantes envahissantes. Protéger la nature et l’agriculture. Le Devoir l’a interviewé afin de mieux comprendre ce sujet.

Qu’est-ce qu’une plante envahissante au juste ?

 

Une plante envahissante domine le couvert végétal et s’étend rapidement. L’être humain y est pour quelque chose, car souvent, c’est lui qui a introduit la plante et en modifiant l’environnement, il a favorisé sa prolifération.

Comment s’expliquent les introductions et les invasions ?

Grosso modo, à l’origine, l’homme a surtout introduit des plantes pour se nourrir, pour se soigner, ou simplement pour leur beauté. Par après, elles le furent pour des fins industrielles, par inadvertance et par accident, et de plus en plus par le monde horticole. Deux hypothèses tentent d’expliquer leur invasion. La première soutient que ces plantes se multiplient parce qu’elles n’ont pas d’ennemis. Néanmoins, cette hypothèse bat de l’aile. La deuxième soutient qu’elles trouvent des ressources non disponibles dans leur continent d’origine qui favorisent leur développement. Par exemple, le roseau indigène n’est pas envahissant, mais le roseau exotique, oui, parce qu’il aurait trouvé dans les fossés de nos routes un habitat propice à son développement, en plus de ne pas avoir d’ennemis naturels.

Est-ce qu’une plante envahissante est toujours exotique et nuisible ?

Non. Deux exemples : c’est la modification de l’environnement qui a favorisé la propagation de l’herbe à poux [une plante d’ici]. Puis, la marguerite est une plante exotique envahissante, mais non nuisible, car elle occupe une niche écologique où les plantes indigènes ne sont pas présentes.

Y a-t-il de plus en plus de plantes envahissantes et est-ce que le réchauffement climatique aura des conséquences en cette matière ?

À cause du réchauffement climatique, la renouée du Japon produit maintenant des graines, un item de plus à l’arsenal de cette plante. L’herbe à poux profitera d’une saison pollinique plus longue, et l’enrichissement de l’atmosphère en CO2 risque d’engendrer des plants de plus en plus toxiques d’herbe à puce. De plus, d’autres envahisseurs sont justes au sud de nos portes. Toutefois, leur déplacement est lent et nous ne verrons pas ça de notre vivant. Avec le réchauffement climatique et une perturbation du territoire toujours plus importante, il est raisonnable de croire que les envahisseurs seront de plus en plus présents.

Quels sont leurs impacts ?

D’abord et avant tout, c’est en agriculture que l’impact est le plus grand avec l’usage des pesticides. Ensuite pour la nature, car certaines espèces sont insidieuses, comme le nerprun cathartique et l’alliaire officinale qui occupent nos espaces forestiers et en changent l’environnement. Certaines sont des nuisances pour la santé, comme la berce du Caucase, ou pour les infrastructures, comme les phragmites.

Trois plantes envahissantes et nuisibles en horticulture ?

La première, la renouée du Japon. Pour une petite population, on arrache en surface à l’aide d’une pelle et on combine plusieurs méthodes. C’est une lutte de longue haleine et il ne faut pas lâcher. La deuxième, l’égopode podagraire. Celle-ci se contrôle par arrachage. Et la troisième, la berce du Caucase. Elle est facile à éliminer avec une pelle en mai, début juin. D’ailleurs, elle est probablement en régression grâce à des initiatives régionales efficaces.

Au Québec, l’horticulture ornementale a été responsable de l’introduction de 39 % des plantes exotiques naturalisées (au moins 350 espèces).

50 plantes envahissantes

Cet ouvrage rigoureux décrit la biologie, la répartition et leurs impacts, et les moyens de freiner la prolifération de 50 plantes envahissantes de l’Ontario, du Québec et des Maritimes. Les rubriques « Une autre perspective » permettent de jeter un regard parfois étonnant sur ces plantes. Il s’adresse aussi bien au spécialiste qu’au citoyen intéressé de préserver sa santé, son environnement ou ses productions agricoles.
 

Claude Lavoie, Publications du Québec, Québec, 2019, 415 pages


Au jardin

Vous cultivez de l’ail ? Afin de contrôler la teigne du poireau, qui aime aussi l’ail, il est temps de traiter avec du BT (Bacillus thuringiensis). Dans la région de Montréal, on vaporise le 10 juin et pour les Laurentides et le Centre-du-Québec, le 14 juin. Pour les autres régions, les dates sont à venir sur le site du Réseau d’avertissement phytosanitaire. La température est plus clémente, alors donnez une cure de jeunesse à vos plantes tropicales en les sortant à l’extérieur pour l’été. Mais ne les mettez pas directement au soleil, car elles vont brûler.

Grand Bal des pivoines

Les 22 et 23 juin 2019, au parc Marie-Victorin à Kingsey Falls, se déroulera le 10e Grand Bal des pivoines sous la présidence d’honneur de Serge Fafard. Mille pivoines coupées, des ateliers et des conférences, un marché pour faire le plein de pivoines et de plantes rares et une belle occasion de découvrir ce jardin.