La mousse de tourbe, façon sensée

La « technique de transfert de couche de mousse » consiste en une réintroduction de plantes de tourbières et en une gestion de l’hydrologie du site. Après la restauration, la végétation typique des tourbières?se?réinstalle. Il faut de 15 à 20 ans pour qu’il y ait une couche assez épaisse de mousse afin de bien contrôler le niveau de l’eau.
Photo: Lise Gobeille La « technique de transfert de couche de mousse » consiste en une réintroduction de plantes de tourbières et en une gestion de l’hydrologie du site. Après la restauration, la végétation typique des tourbières?se?réinstalle. Il faut de 15 à 20 ans pour qu’il y ait une couche assez épaisse de mousse afin de bien contrôler le niveau de l’eau.

En Amérique du Nord, l’horticulture est le secteur qui utilise le plus de mousse de tourbe. On l’emploie autant pour la fabrication de mélanges qu’en amendement pour les sols, mais est-ce toujours un bon choix ? Y a-t-il d’autres options ?

 

La mousse de tourbe, communément appelée en anglais peat moss, se forme par l’accumulation de débris de plantes, surtout de mousse de sphaigne partiellement décomposée. D’ailleurs, la confusion est courante entre la mousse de tourbe et la mousse de sphaigne. Cette dernière est vivante ; décomposée, elle devient de la mousse de tourbe. Il faut 100 ans à la tourbe, extraite des tourbières, pour une accumulation de cinq à dix centimètres. Selon les caractéristiques de la tourbière, la mousse de sphaigne croît de 2 à 12 cm par année, mais comme elle se décompose et se compacte pour former la mousse de tourbe, l’accumulation n’est que de 0,5 à 1 mm par année.

  

Les pour et les contre

 

La mousse de tourbe favorise le contrôle de l’humidité du sol, augmente son pouvoir tampon, prévient le lessivage des éléments et aide à l’enracinement des plantes. Comme son pH est bas, on l’emploie également pour l’acidification des sols, par exemple pour la culture des éricacées. Par contre, elle apporte peu d’éléments nutritifs et ne favorise pas la vie microbiologique du sol.

 

De plus, son exploitation détruit des milieux naturels et libère du carbone dans l’atmosphère pouvant accentuer le réchauffement planétaire. Tout de même, cette industrie n’est pas celle qui détruit le plus ces écosystèmes. L’agriculture, la foresterie, Hydro-Québec et les constructions de routes ont un impact beaucoup plus grand.

  

Exploitation durable

 

Un groupe de recherche formé d’universitaires et de membres de l’industrie canadienne de la mousse de tourbe, ainsi que différentes agences gouvernementales fédérales et provinciales ont mis en place et étudient depuis déjà une vingtaine d’années une gestion intégrée et durable des tourbières canadiennes.

 

Entre autres, Line Rochefort et son équipe de chercheurs du Département des sciences de l’Université Laval — le Groupe de recherche en écologie des tourbières (GRET) — se sont penchés sur plusieurs sujets, tels le développement des techniques de restauration, la biodiversité, l’hydrologie, la géochimie et la microbiologie des tourbières exploitées et restaurées, la productivité et l’écologie de la mousse de sphaigne et les stratégies de conservation des tourbières.

 

La technique de restauration développée par le groupe de recherche s’appelle « technique de transfert de couche de mousse ». Elle consiste en une réintroduction de plantes de tourbières et en une gestion de l’hydrologie du site. D’abord, la surface exploitée est aplanie, puis des plantes sont récoltées sur un site donneur ; ensuite, elles sont répandues à l’aide d’un épandeur à fumier et un paillis vient les recouvrir. Finalement, les canaux de drainage sont bloqués afin de remouiller la tourbière, et là commence la période de suivi.

 

Après la restauration, une végétation typique des tourbières se réinstalle en quelques années. Selon les recherches, il faut de 15 à 20 ans pour qu’il y ait une couche assez épaisse de mousse afin de bien contrôler le niveau de l’eau, et de 10 à 15 ans pour que l’équilibre du carbone annuel se trouve proche des conditions naturelles.

  

Certification Veriflora

 

À la demande de l’industrie des producteurs de mousse de tourbe, Scientific Certification System (SCS) — une tierce partie spécialisée en environnement et en développement durable —, un écolabeling a été créé, la certification Veriflora. Plus de la moitié des exploitations nord-américaines se soumettent à ses critères stricts : protection et conservation de l’écosystème, conservation des ressources et efficacités énergétiques, etc.

 

Les tourbières fournissent de nombreux biens et services, récréotouristiques ou autres, mais les plus importants sont sûrement les services de régulation tels que le contrôle des inondations, la filtration de l’eau et le captage du CO2. Les sphaignes vivantes ou mortes accumulent et séquestrent plus de carbone que tout autre groupe végétal. Les tourbières sont d’immenses réservoirs de carbone, et cette caractéristique en situation de réchauffement climatique est loin d’être négligeable.

 

Ajoutons aussi que, pour l’ensemble des biens et services fournis annuellement par les tourbières, la valeur est estimée à environ 14 078 $ par hectare, selon le document Les secrets des milieux tourbeux la tourbière de Saint-Joachim-de-Shefford.

  

Conservation

 

Quant à la conservation, Stéphanie Pellerin, PhD de l’Institut de recherche en biologie végétale et coauteure d’Analyse de la situation des milieux humides au Québec et recommandations à des fins de conservation et de gestion durable (2013), mentionne qu’en 2011, au Québec, 9 % de la superficie totale des tourbières se trouvait dans des aires protégées, mais que très peu d’entre elles étaient localisées dans le sud de la province, où sont situées les activités d’exploitation, et que moins de 1 % des basses terres du Saint-Laurent et des Appalaches sont protégées, un secteur particulièrement menacé.

  

Et les solutions ?

 

L’utilisation de la mousse de tourbe n’est pas mauvaise en soi, mais réfléchir à son usage n’est pas une mauvaise idée non plus. Au Québec, il ne semble pas y avoir de terreaux d’empotage sans mousse de tourbe, alors si on veut absolument éliminer celle-ci de nos mélanges, on doit les fabriquer soi-même avec du compost comme base.

 

Par contre, pour l’amélioration des sols, que ce soit pour augmenter le pouvoir d’absorption d’un sol sableux ou pour rendre plus léger un sol argileux, le compost fait un excellent travail, en plus d’ensemencer des microorganismes. Mais soyez attentif car la plupart des composts commerciaux sont à base de… peat moss. Essayez de choisir ceux qui contiennent uniquement de la matière organique recyclée. Et si vous achetez de la mousse, sélectionnez celle qui est certifiée par Veriflora, vous saurez qu’elle est récoltée selon les normes de développement durable.

  

Les taches foliaires du marronnier

 

Le marronnier est remarquable pour sa floraison spectaculaire en panicule au printemps et ses belles feuilles palmées. Malheureusement, ces dernières sont souvent attaquées par un champignon appelé Guignardia aesculi. Les premiers symptômes sont de petites taches aqueuses de formes irrégulières qui apparaissent sur les folioles au printemps. Vers la fin de juin et au début de juillet, les taches s’élargissent, deviennent brun roux avec une bordure jaune.

 

Si l’attaque est grave, les feuilles s’enroulent et tombent prématurément. Il est important de ne pas confondre le roussissement dû à la sécheresse avec cette maladie. Celle-ci se distingue par des points noirs sur les taches à la surface supérieure des feuilles. G. aesculi a peu d’impacts sur la santé et la vigueur de l’arbre, mais il en réduit considérablement l’esthétisme.

 

Afin de contrôler la propagation de la maladie, on ramasse les feuilles et on les envoie au compost de la ville, ou on les brûle. On ne peut pas les mettre au compost maison car la température de celui-ci ne monte pas assez pour éliminer le champignon.

 

Pour augmenter la résistance de l’arbre, on peut retirer en partie la pelouse sous celui-ci et y mettre une bonne couche de compost chaque année. En période de sécheresse, un bon arrosage est aussi recommandé. Le traitement avec des fongicides est possible, mais difficilement praticable sur de grands arbres.

Au jardin cette semaine

Déjà la mi-août?! Donc, jusqu’à la mi-septembre, c’est un bon temps pour faire un sursemis dans les zones endommagées de la pelouse et aussi pour les plantations et le changement de place des végétaux. Au potager, on pense à semer les légumes qui aiment les températures plus fraîches — laitue, épinard, mâche… — pour avoir des récoltes jusqu’en octobre.

Dans la bibliothèque

Jardins d’eau
Comment construire, planter et entretenir étangs, ruisseaux et fontaines
Veronica Lorson Fowler
Broquet
2014, 176 pages

Voilà un excellent livre sur les jardins d’eau. Si vous avez un projet, qu’il soit petit ou grand, je le recommande. Les explications sont claires et il contient beaucoup de photos et de figures. Les projets sont présentés par étapes, des tableaux aident à évaluer les coûts, on présente les erreurs à ne pas faire et on donne de l’information sur l’entretien, les plantes… C’est vraiment un ouvrage complet et un bon outil pour ne pas se… planter.
1 commentaire
  • Daniel Cyr - Abonné 16 août 2014 09 h 12

    Petite précision

    La valeur estimée des services écologiques mentionnée (14 078 $ par hectare) provient d'un article-phare de la revue Nature sur le sujet, celui de Costanza et al. publié en 1997, la somme s'appliquait aux milieux humides en général et en dollars états-uniens de 1994! Depuis ce temps, la valeur des services écologiques apportés spécifiquement par les tourbières est de plus en plus étudiée et tourne autour de 50000$ par hectare et par année. Imaginez ce que peut représenter les apports des 218 hectares de la tourbière de Saint-Joachim-de-Shefford près de Granby.

    En passant, le document "Les secrets des milieux tourbeux et la tourbière de Saint-Joachim-de-Shefford" est disponible en ligne sur le site de FloraQuebeca qui a offert gratieusement l'hébergement aux Amis de la tourbière de Saint-Joachim-de-Shefford. <http://www.floraquebeca.qc.ca/publications-et-lien Des copies papier sont données aux bibliothèques municipales et scolaires de la Montérégie ainsi qu'aux bibliothèques universitaires.

    Daniel Cyr, vice-président des Amis de la tourbière de Saint-Joachim-de-Shefford et co-auteur du document en question.