Réflexion sur les toits verts et les murs végétaux

Au Québec, les murs végétaux sont au stade expérimental, car notre climat est malheureusement une contrainte importante. Sur notre photo, l’impressionnant mur végétal du Musée du quai Branly, à Paris, réalisé par Patrick Blanc.
Photo: Jacques Brisson Au Québec, les murs végétaux sont au stade expérimental, car notre climat est malheureusement une contrainte importante. Sur notre photo, l’impressionnant mur végétal du Musée du quai Branly, à Paris, réalisé par Patrick Blanc.

La Société québécoise de phytotechnologie du Québec a décidé cette année de faire les constats et d’établir les perspectives, avec lucidité, sur la situation des toits et des murs verts. Pour ce faire, on a invité des conférenciers internationaux et locaux à participer à un colloque, le 31 mai dernier, qui comprenait notamment des visites virtuelles et une table ronde comme conclusion.

Selon le conférencier Dr Nigel Dunnett, directeur du Centre sur les toits verts de l’Université de Sheffield, au Royaume-Uni, les priorités actuelles de ce pays, lors de la création de toits verts, sont d’augmenter la biodiversité et d’exercer un contrôle sur le climat dans les milieux urbains. L’un des objectifs est de diminuer la quantité d’eau de pluie qui se rend aux réseaux d’aqueduc afin d’éviter les débordements. Un toit vert a la capacité d’absorber une bonne quantité d’eau.

 

Rafraîchir la ville


En augmentant les surfaces de verdure, on souhaite aussi diminuer les îlots de chaleur. En végétalisant le toit, on améliore et rafraîchit l’air tout en rehaussant la performance thermale de l’édifice. La surface d’un toit vert peut avoir une température jusqu’à 30 degrés Celsius inférieure à celle d’un toit traditionnel. On cherche également à former une trame verte à l’aide des toits verts, des arbres, des parterres et des parcs afin d’offrir des habitats pour les animaux, en particulier les pollinisateurs. La tendance est à l’utilisation de végétaux indigènes.


Par contre, M. Dunnett a précisé que tous les végétaux adaptés et esthétiques doivent être considérés. Un toit végétalisé a l’avantage d’en protéger la membrane et d’en doubler la durée de vie. Mais si on économise sur ce point, il faut toutefois planifier un budget pour son entretien. Dans une perspective de développement durable et pour stimuler l’économie locale, les intrants seront locaux. Le Centre de recherche sur les toits verts a joué un rôle clé dans le développement de cette phytotechnologie à Sheffield, et sans mesures fiscales ni politiques, elle progresse lentement, selon M. Dunnett.


Pour plus d’information : le livre de Nigel Dunnett et Noel Kingsbury, Planting Green Roofs and Living Walls, éditions Timberpress, 2004.


Est-ce que les toits verts sont toujours verts ? Ainsi commençait la conférence de Daniel Roehr, professeur adjoint, architecte du paysage, à l’Université de la Colombie-Britannique. On a évalué qu’il faut entre les deux tiers et la totalité de la vie d’un toit vert, tel que conçu actuellement, pour effacer son empreinte écologique. Un constat comme celui-là engendre une réflexion sur le comment et le pourquoi des toits verts.

 

Objectifs visés


Selon lui, les objectifs à atteindre seraient un minimum d’entretien, d’irrigation et de remplacement de plantes, et un maximum d’atténuation des eaux pluviales. Il pose également la question suivante : les toits verts sont-ils intégrés à la gestion des eaux pluviales ?


De son point de vue, les toits verts doivent faire partie d’une approche holistique. La gestion de l’eau doit être vue dans son ensemble et la végétalisation doit être faite à tous les niveaux : toits, murs, sol, jardin de pluie, bassin de rétention, etc. Autant sa vision est globale pour la gestion de l’eau, autant il a insisté sur la spécificité de la situation de chaque ville.


En ce qui a trait aux murs végétaux, Claude Vallée, professeur et coordonnateur en innovation technologique à l’Institut de technologie agroalimentaire-campus de Saint-Hyacinthe, et Justin Lefebvre, de chez Toiture Nature à Sainte-Adèle, dans les Laurentides, ont dressé un portrait de la situation au Québec. D’abord, les murs végétaux intérieurs exigent un système complexe et dispendieux d’éclairage artificiel et de pompage pour l’eau. En plus, les coûts d’entretien sont élevés, allant de 1,50 $ à 2,50 $ du pied carré par mois.


Pour le moment, cette technologie n’est donc pas très accessible. Les murs végétaux extérieurs, quant à eux, font rêver, surtout ceux de Patrick Blanc, qui les élève au rang d’oeuvres d’art. Au Québec, toutefois, le climat est une contrainte importante. On en est au stade de l’expérimentation, mais qui sait où cela nous mènera ?


Les grimpants


Auteure de la publication Les plantes grimpantes : une solution rafraîchissante, Anne-Marie Bernier a présenté aux participants les bénéfices de ces plantes : régulation de la température à l’intérieur et à l’extérieur du bâtiment, diminution de la pollution et du bruit, protection de l’enveloppe du bâtiment, augmentation de la biodiversité et aspect esthétique indéniable. Tout cela est simple à réaliser, à petit prix, et demande peu d’entretien : il n’y a donc aucune raison de s’en passer !


Quant au mythe selon lequel les plantes grimpantes endommagent les murs, notons que cela survient seulement si les murs sont très anciens ou couverts d’un crépi de mauvaise qualité, et uniquement si on utilise des plantes grimpantes ayant des ventouses ou des crampons.


En Amérique du Nord


Les économies d’énergie et les bénéfices publics associés à l’installation de toits verts favorisent le développement de cette technologie. De plus, les politiques municipales des villes suivantes ont accéléré le processus : Chicago, New York, Washington, Philadelphie, Portland, Minneapolis, Milwaukee et Toronto. En 2009, Montréal et Québec étaient dans le top 10 des villes nord-américaines, mais pas en 2010.


Qui crée ce genre de projets ? À parts égales, les entreprises privées et les institutions publiques. Owen Rose, architecte associé à l’atelier Tautem de Montréal, explique que des demandes ont été faites auprès de la Ville pour qu’elle révise son Code de la construction. Si on prévoyait le soutien nécessaire (à des coûts minimes) pour l’installation d’un toit vert lors de nouvelles constructions, sa réalisation deviendrait beaucoup plus accessible.


Des questions sur votre jardin?

N’hésitez pas à me contacter à lgobeille@ledevoir.com.

 

Précision: La semaine dernière, il a été écrit « oïdium, communément appelé blanc », alors qu’on aurait dû lire « mildiou».


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Au fil des jours


Solo Vivaces est une petite maison de production qui aime les plantes rares et inusitées. Elle invite le public à sa grande vente à la pelle, le 16 juin entre 9 h et 16 h, au 4395 de l’avenue des Perron à Laval. Réservez vos places par téléphone ou par un courriel : 514 834-7407 ou info@solovivaces.com.


Le dimanche 10 juin, de 10 h à 17 h, la Guilde des herboristes, en association avec le Jardin botanique, célèbre la bardane, plante médicinale de l’année. Programme de la journée : conférences, dégustations, kiosques, etc. Tout cela gratuitement.


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Lectures au jardin


Semez pour résister !

L’art et la pratique des bombes à graines

Josie Jefferey

Édition Plume de Carotte

2012, 128 pages


J’adore l’idée des bombes à graines ; un peu de rébellion, ça fait toujours du bien ! Dans ce joli livre, on explique le principe, l’histoire et les bienfaits de ces bombes, on décrit les bombes à graines modernes et on aborde le sujet de la guérilla jardinière. Il y a également un catalogue instructif sur les plantes utilisées dans la fabrication de bombes, puis différentes recettes : des bombes pour les abeilles, pour les oiseaux, pour les papillons… Vraiment, ça donne envie de s’y mettre !

 

Précision


La semaine dernière, il a été écrit « oïdium, communément appelé blanc », alors qu’on aurait dû lire « mildiou, communément appelé blanc ».