Un couple heureux en symbiose

Le tagète situé à droite a été cultivé avec des mycorhizes.
Photo: Premiertech Le tagète situé à droite a été cultivé avec des mycorhizes.

Les végétaux qui vivent en symbiose avec des champignons mycorhiziens ont la vie plus facile. Ils ont accès à plus de minéraux, résistent mieux aux pathogènes et à la sécheresse. Cette association bénéficie aussi au champignon qui, lui, obtient des sucres grâce à la photosynthèse de la plante.

Les mycorhizes arbusculaires, les plus généralisées, colonisent 70 % des espèces végétales. Quant aux ectomychorizes, ils sont présents surtout dans les forêts conifériennes circumboréales, tandis que les mycorhizes éricoïdes occupent les tourbières, en association avec les plantes de la famille des éricacées. Les orchidées, elles, sont toujours en association avec ces champignons lors de leur germination, et parfois après.


Comment ça fonctionne ?


Le contact entre le champignon et la plante se fait au niveau des apex racinaires. Le champignon pénètre dans l’apex et, comme son mycélium s’étend sur une grande surface de sol, la plante en profite. Il est estimé que, sous un mètre carré de sol de prairie, on retrouve 90 m2 de mycéliums arbusculaires. Dans un pot d’un litre contenant un plant de poireau, le mycélium peut atteindre jusqu’à un mètre.

 

Les avantages


L’absorption des minéraux est meilleure grâce à la mycorhizosphère du champignon. Elle fournit une plus grande accessibilité au phosphore en particulier, puis au cuivre et au zinc, qui sont peu mobiles dans le sol. Des recherches récentes montrent que ces champignons s’associent à des bactéries pour dissoudre les minéraux, et les rendent ainsi plus disponibles, notamment le phosphore.


En plus, le mycélium fongique, seul ou en association avec des micro-organismes, aide à la décomposition de la matière organique, libérant ainsi des minéraux pour les végétaux.


L’absorption de l’eau est facilitée grâce à la surface plus importante de contact avec le sol ; la plante peut aller puiser son eau dans les petits interstices et les petits agrégats non accessibles aux racines. Les plantes sont donc plus résistantes à la sécheresse lorsqu’elles sont mycorhizées. Intéressant, à cette époque où l’on voit l’impact du réchauffement climatique sur nos étés, qui sont de plus en plus chauds et secs.


La structure du sol est améliorée grâce à une protéine, la glomaline, sécrétée par le mycélium. Selon les études, cette protéine agit comme une colle assemblant les particules fines du sol pour en faire des agrégats. Ceux-ci jouent un rôle majeur pour la fertilité du sol en retenant l’eau et les éléments minéraux et en favorisant une bonne aération.


Aide à la lutte contre les organismes pathogènes du sol. La mycorhization favorise une flore microbienne diversifiée et équilibrée. Il en résulte une compétition plus grande et plus d’antagonismes au niveau du système racinaire, réduisant ainsi la possibilité de prolifération des champignons pathogènes.

 

Pourquoi utiliser les mycorhizes ?


En effet, pourquoi ajouter des mycorhizes lorsqu’on jardine s’il y en a partout dans la nature ? Parce qu’en travaillant le sol, on diminue énormément le nombre de propagules mycorhiziennes. De plus, il n’est pas certain que l’espèce de champignon spécifique est présente dans votre sol pour les végétaux qu’on implante.


L’inoculum vient sous la forme d’un mélange granulaire à base de tourbe ou en gel semi-liquide. Lors du semis, on dépose simplement de l’inoculum dans le fond du sillon. Si on fertilise, on choisit un engrais faible en phosphore et on s’assure qu’il n’y a pas de contact entre l’inoculum et l’engrais.


Pour les semis et les boutures réalisés dans la maison, on peut utiliser des substrats contenant déjà de l’inoculum. Lors de la plantation sur le terrain, surtout si le sol a été beaucoup travaillé, l’ajout de mycorhizes aidera à l’implantation des végétaux.


Il est essentiel de choisir l’inoculum correspondant aux végétaux que l’on plante. Par exemple, certaines espèces d’arbres ou d’arbustes sont colonisées uniquement par des ectomycorhizes. L’inoculum est simplement saupoudré dans le trou de plantation pour que les racines soient en contact avec les champignons.


Lors d’une plantation à racines nues, on peut également utiliser du substrat inoculé pour remplir la cavité. Lors du semis d’un gazon, des semences préalablement inoculées sont disponibles. La semence inoculée ne doit pas être en contact avec de l’engrais, car celui-ci peut nuire à la survie des champignons.


Au potager, il est inutile d’inoculer les crucifères et les chénopodiacées, car ils ne vivent jamais en symbiose avec des champignons mycorhizateurs. Il s’agit de jardiner en respectant l’environnement grâce à l’utilisation des mycorhizes, car en réduisant l’emploi de phosphore, on diminue les risques de pollution des milieux aquatiques.

 

Source : Les mycorhizes. La nouvelle révolution verte, par J. André Fortin, Christian Plenchette et Yves Piché, éditions Multimondes, 2008, 131 pages.

 

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Le courrier


« J’ai tellement besoin de vous. Voilà qu’au printemps, une grande partie de la pelouse n’était plus en pelouse, mais un ramassis de mottes de pelouse et de terre. J’ai donc raclé pour enlever ces débris et, malheur, je vois beaucoup de gros vers blanc-gris tout ronds. Et de nombreux gros trous de la dimension d’une énorme souris. Ce qui rend le sol spongieux. J’ai l’impression qu’il y a une vie animale dans le sous-sol de ma pelouse. Au secours ! J’ai tellement besoin de vos conseils. »


Solange Lefebvre

 

Les vers blancs sont des larves de hanneton commun, de hanneton européen ou de scarabées japonais, mais le plus courant est le hanneton commun. Ces ravageurs dévorent les racines du gazon et, lorsque l’infestation est abondante, comme ça semble être le cas chez vous, les mouffettes et les ratons laveurs se mettent de la partie en labourant le terrain pour se nourrir des larves.


Plusieurs stratégies peuvent et doivent être employées, mais aucune n’est miraculeuse. On peut faire de la récolte manuelle, qui demande patience et temps. On passe l’aérateur sur les zones qui ne sont pas trop endommagées pour tuer le maximum de larves. On favorise la présence d’oiseaux, qui sont d’excellents prédateurs. On ressème avec une écopelouse ou on transforme la zone en platebande. Entre la mi-août et la mi-septembre, on peut traiter la pelouse avec des nématodes. Ce traitement permet un contrôle de la population.


Le « Merit » est un pesticide utilisé par les entreprises professionnelles pour lutter contre les vers blancs. Son ingrédient actif est l’imidaclopride, un composé apparenté à la nicotine qui affecte le système nerveux de la même façon : apathie, difficultés respiratoires, tremblements et spasmes.


Le processus de dégradation de l’imidaclopride est très complexe et lent et pourrait donc augmenter la toxicité du sol avec le temps. Il tue également les prédateurs qui contrôlent les vers blancs, comme les fourmis, les nématodes, les carabes et les guêpes parasitoïdes, en plus d’affecter les oiseaux qui se nourrissent des vers blancs. L’imidaclopride tue également les vers de terre et les abeilles qui viennent polliniser les plantes en fleurs dans les pelouses.


Interdit en France, l’imidaclopride a reçu une homologation temporaire au Canada, seulement dans trois provinces : la Nouvelle-Écosse, l’Ontario et le Québec.


Source : Solutions écologiques en horticulture pour le contrôle des ravageurs, des mauvaises herbes et des maladies, Édith Smeesters, Daniel Anthony, Amina Djotni, éditions Broquet, 2005, pages 144-145

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Collaboratrice