Plantes envahissantes - Ennemi végétal numéro un

La renouée japonaise est l’une des plantes invasives les plus préoccupantes et il est pratiquement impossible de l’éliminer.<br />
Photo: Hélène Godmaire La renouée japonaise est l’une des plantes invasives les plus préoccupantes et il est pratiquement impossible de l’éliminer.

L'introduction de plantes exotiques envahissantes dans un écosystème a des conséquences majeures sur ce dernier. Leur invasion est la deuxième cause de la perte de biodiversité, après la destruction des habitats naturels par l'homme. De plus, sur leur terre d'accueil, elles ont moins d'ennemis naturels et elles ont donc le champ libre.

Au cours du siècle dernier, on a remarqué un accroissement important de leur dissémination, favorisé par la mondialisation du commerce, du transport et du voyage. L'horticulture est aussi un vecteur substantiel, car on est toujours à l'affût de nouvelles plantes pour embellir nos jardins. Les répercussions sont trop grandes pour ne pas être conscients de nos gestes. Nous devons savoir reconnaître les espèces envahissantes, les éviter, les contrôler ou les éliminer.

Trois espèces extrêmement envahissantes

- La renouée japonaise

Introduite en Europe et en Amérique pour son aspect décoratif, la renouée japonaise, ou Fallopia japonica, originaire de l'Asie, est l'une des espèces invasives les plus préoccupantes. On la connaît aussi sous le nom de bambou japonais ou bambou mexicain. Cette plante est un véritable fléau en Europe et aux États-Unis depuis plusieurs années. Les moyens mécaniques n'en viennent pas à bout et les herbicides, guère plus. En Angleterre, où cette plante est un ennemi végétal public, on tente de contrôler les populations à l'aide d'un insecte prédateur, Aphalara itadori, qui semble prometteur.

Au Québec, ladite plante est abondante dans les jardins urbains et on la retrouve aussi dans les forêts mixtes, sur les rives et dans les terres cultivables. Elle est répandue, mais son statut est encore flou. En Europe et en Amérique du Nord, elle ne produit pas de graines, mais sa capacité de reproduction végétative est phénoménale. Un minuscule morceau de rhizome de 0,7 gramme ou de tige reforme une colonie rapidement. La renouée japonaise est sur la liste de l'Union internationale pour la conservation de la nature des 100 espèces envahissantes les plus inquiétantes. Si elle est déjà présente au jardin, on limite son développement par des coupes répétées au ras du sol. On n'utilise pas la tondeuse, qui risque de propager la plante. Si on tente de l'éliminer, une fois le sol à nu, on peut replanter des saules et des aulnes, des plantes très compétitives qui vont concurrencer la renouée.

- Le roseau commun

Omniprésent dans le sud du Québec, le roseau commun, ou Phragmites australis, s'étend de l'Abitibi à la Gaspésie. La majorité des colonies est constituée d'un génotype exotique originaire d'Eurasie. Il a été introduit au début du XXe siècle et s'est propagé le long des cours d'eau, mais surtout le long des structures de drainage bordant les routes.

Selon une étude réalisée par Claude Lavoie, Ph. D. du Centre de recherche en aménagement et développement de l'Université Laval, il existe un lien clair entre le développement du réseau routier dans la province au début des années 1960 et l'invasion du sud du Québec par le roseau. Puis, toujours selon Claude Lavoie, attribuable au réchauffement climatique, l'espèce, qui se propage bien par graine, risque d'envahir graduellement les autres régions du Québec méridional, particulièrement dans la plaine qui borde le fleuve Saint-Laurent. Cette situation risque de nuire à l'agriculture et, surtout, à l'intégrité des terres humides localisées à proximité des routes.

Les zones envahies par les phragmites forment des massifs denses et impénétrables ayant une moins grande valeur écologique. Les rhizomes du roseau commun sont vigoureux et difficiles à contrôler. S'il est présent au jardin, des coupes répétées au ras du sol ralentissent sa croissance. L'élimination est un défi de taille, car l'extraction de tous les rhizomes est laborieuse.

- La châtaigne d'eau

Originaire de l'Eurasie, la châtaigne d'eau, ou Trapa natans, a été introduite dans les jardins aquatiques à la fin du XIXe siècle dans le nord des États-Unis. C'est vers le milieu du siècle qu'elle est apparue dans le lac Champlain, puis en 1998 au Québec. Ici, l'invasion a été spectaculaire. En quelques années, la châtaigne a recouvert la rivière du Sud sur une dizaine de kilomètres. La châtaigne d'eau forme un épais tapis flottant qui diminue la biodiversité et rend impraticables les activités récréatives. Les efforts conjoints de plusieurs organismes ont permis de réduire largement son abondance. Aujourd'hui, la population est sous un niveau acceptable, mais les activités de contrôle doivent se poursuivre.

Au lac Champlain, dans le Vermont, ces activités ont cessé durant quelques années et la châtaigne est réapparue en plus grand nombre et sur un plus grand territoire. La capacité de multiplication de cette plante est extrêmement rapide: chaque rosette produit une quinzaine de plantes et une quinzaine de semences. En plus, les semences ont une durée de vie de 11 ans au fond de l'eau!

Si on a un bassin aquatique dans lequel se trouvent des châtaignes d'eau, on recommande de les détruire et de prélever les graines au fond du bassin. De plus, lorsqu'on circule sur les bords d'un plan d'eau ou sur un plan d'eau, on doit nettoyer les véhicules ou les embarcations pour éviter la dissémination.

On ne composte pas et on ne jette pas la renouée japonaise, le roseau commun ou la châtaigne d'eau dans la nature. On s'assure ainsi de ne pas les introduire. On en dispose définitivement par le séchage, le feu, etc.

L'Union Saint-Laurent Grands Lacs a créé un réseau pour surveiller vingt plantes envahissantes. Elle a besoin de la participation des citoyens et des intervenants du milieu de l'environnement pour réaliser ce projet d'envergure. L'objectif est de cartographier la distribution de ces plantes au Québec et dans la région des Grands Lacs. On s'inscrit gratuitement sur leur site: www.glu.org.

À une plus petite échelle

Dans nos jardins, certaines plantes doivent être introduites en connaissance de cause. Elles n'ont pas d'impact sur les écosystèmes naturels, mais elles peuvent être terriblement difficiles à contrôler. Quand on sait les contenir, on évite d'avoir à les combattre. Plusieurs de ces plantes ont des rhizomes et doivent être cernées à l'aide d'une barrière physique (bande de plastique ou de métal) pour limiter leur expansion. Certaines, cultivées à part, isolées donc, formeront de magnifiques massifs et ne vous donneront pas de soucis. D'autres ont simplement besoin d'être taillées régulièrement pour être disciplinées.

Au potager

La menthe, excellente dans les mojitos, et les cerises de terre, un petit fruit exquis, produisent des rhizomes et doivent être cernées, sinon elles s'immisceront dans les autres plantations. Le topinambour, apprécié pour ces tubercules, est une plante vigoureuse, à la limite envahissante, et doit être cultivé à l'écart.

Au jardin

L'Aegopodium podagraria, ou herbe aux goutteux, prolifère rapidement grâce à ces rhizomes. Couvre-sol difficile à contrôler, on l'utilise en monoculture dans les espaces circonscrits. Il excelle pour couvrir de grandes surfaces.

La vigne vierge, ou Parthenocissus quinquefolia, croisse vite et doit être disciplinée, car elle envahit tout ce qui l'entoure. On la taille quelques fois au cours de l'été et on peut aussi la rabattre à l'occasion.

Le Sorbaria sorbarifolia, ou fausse spirée, se plante en monoculture pour éviter de toujours avoir à éliminer ces drageons. C'est un arbuste qui crée rapidement de superbes massifs.

***

Si vous avez des questions, écrivez à lgobeille@ledevoir.com.

**

À visiter

Sentier urbain


Voilà un organisme qui se distingue par sa démarche de sensibilisation et d'éducation ainsi que par sa volonté d'intégrer différents acteurs de la communauté. Sentier urbain a réalisé quatre jardins surprenants à Montréal:

- Ornithologie et compostage, 1810, rue Panet;
- Plantes médicinales et petits fruits, 2220, rue Beaudry;
- Culture amérindienne, 1850, rue Saint-André;
- Pré fleuri du monarque, 160, rue Sainte-Catherine.

Entrée gratuite jusqu'au 5 septembre.
Ouvert du lundi au samedi de 9h à 16h, sauf pour le Pré fleuri du monarque, ouvert jusqu'à 18h.
1 commentaire
  • Renaud Blais - Inscrit 6 août 2011 12 h 32

    Si les plantes chassaient les humains prédateurs

    Après avoir lu ce texte, je me suis pris à rêver d'un envahissement complet de la planète par le végétal. Ainsi la survie de la planète serait assurée par la fin de la présence de son plus préoccupant prédateur.
    Renaud Blais
    Québec