Le jardinier qui plantait des arbres

Les fleurs jaunes, immenses et lumineuses, en forme de tulipe, du magnolia «Elizabeth» sont tout simplement sublimes. Un spectacle impressionnant à chaque printemps avant la feuillaison.<br />
Photo: Robert Mineau Les fleurs jaunes, immenses et lumineuses, en forme de tulipe, du magnolia «Elizabeth» sont tout simplement sublimes. Un spectacle impressionnant à chaque printemps avant la feuillaison.

«J'ai planté un chêne, au bout de mon champ», chantait Gilles Vigneault. Un chêne au bout d'un champ, c'est parfait, mais dans une cour, c'est une autre histoire. Choisir le bon arbre est matière à réflexion, car on se laisse souvent emporter par nos émotions.

On opte pour un pin blanc, un pommier ou un bouleau jaune, souvenirs d'enfance. Le pin blanc, qui atteint 20 mètres par 7, est vite coincé dans une cour. Quant au pommier, il doit être taillé et traité régulièrement pour obtenir des pommes sans tavelures ni vers. Et le bouleau jaune n'aime pas particulièrement la vie urbaine. Plusieurs facteurs doivent donc être considérés pour un choix judicieux.

Les arbres rehaussent la valeur d'une propriété et donnent force, équilibre et structure à l'aménagement paysager. De plus, ils fournissent de la fraîcheur, diminuent le bruit et purifient l'air. Enfin, c'est simple, ils améliorent la qualité de vie.

Les différents critères à considérer avant d'acheter un arbre.

On doit l'imaginer à l'emplacement qui lui est destiné lorsqu'il aura atteint sa maturité. Il faut tenir compte de la hauteur, mais aussi de la largeur, et penser à la proximité de la maison, aux fils électriques, à la corde à linge et aux autres arbres.

Une fois établi l'endroit de plantation, on choisit l'arbre selon l'ensoleillement: ombre, mi-ombre ou soleil. On doit aussi considérer la forme qui s'intègre le mieux dans l'aménagement: colonnaire, arrondie, pyramidale, pleureur, etc.

Les zones de rusticité

L'arbre doit également correspondre à la zone de rusticité de la région. Les zones de rusticité sont des zones géographiques établies par Agriculture Canada à partir notamment des températures minimales moyennes. Par exemple, Montréal est une zone 5b permettant la culture des magnolias, ce qui n'est malheureusement pas le cas pour le Lac-Saint-Jean, situé en zone 3a.

Chaque type d'arbre exige des conditions spécifiques de sol. La texture de celui-ci influence directement les conditions d'humidité. Ainsi, l'eau s'infiltre rapidement dans un sol sableux, lentement dans un sol loameux (qui contient moins de 25 % d'argile, entre 25 et 50 % de limon et moins de 50 % de sable) et très lentement dans un sol argileux. Des éléments comme la pente, la profondeur du sol et la nappe phréatique auront aussi leur influence. En apportant un échantillon de sol au centre de jardin, les conseillers pourront déterminer quel type de sol se trouve sur votre terrain. S'il est peu profond, choisir un arbre ayant un système racinaire superficiel, comme le sapin, l'épinette, le pommetier, etc.

Le feuillage donne une ambiance particulière au jardin; on doit donc s'y attarder. Ainsi, un feuillage léger tel que celui du Gleditsia donne un aspect tropical et une ombre légère. Un érable de Norvège, avec ses feuilles larges et lobées, crée un ombrage considérable et donne un caractère nordique. Si on désire aménager une plate-bande au pied d'un arbre, il faut choisir un feuillage qui laisse passer la lumière.

La coloration du feuillage est aussi un critère de sélection. Il y en a pour tous les goûts. Et il ne faut pas oublier la flamboyante coloration automnale de certains arbres, qui vient illuminer nos jardins juste avant la grande grisaille. Les conifères, en plus de procurer un abri idéal à la faune ailée, offrent un contraste intéressant dans le paysage hivernal.

Qui n'a pas craqué devant un magnolia en fleurs ou n'a pas été fasciné par les énormes épis d'un marronnier? On se laisse facilement émouvoir par les fleurs des arbres, mais il ne faut pas oublier qu'elles sont souvent de courte durée.

La qualité de l'environnement

Quelques suggestions d'arbres à fleurs spectaculaires: les aubépines pour leur floraison abondante; les magnolias pour leurs fleurs immenses et uniques; les pommetiers et les lilas pour la panoplie de cultivars; les marronniers et les catalpas pour leurs panicules de fleurs démesurées; et les prunus ou cerisiers, dont les petites fleurs sont si jolies.

Et les fleurs donnent des fruits. Il n'y a rien de tel qu'un garde-manger dans sa cour. Amélanchiers, aubépines, cerisiers, pommiers, pruniers et sorbiers attirent une grande diversité d'oiseaux et fournissent ce qu'il faut pour cuisiner tartes, confitures et autres délices de l'automne. Cependant, ils exigent une taille et des traitements phytosanitaires fréquents. En fin de compte, c'est beaucoup de travail, car il y a aussi la récolte et la transformation des fruits, puis il n'y a pas la diversité de ce qu'on trouve au marché.

Un dernier facteur important à prendre en considération: certains cultivars sont sensibles aux maladies et aux insectes. Par exemple, la maladie de l'orme et la brûlure bactérienne tuent encore de beaux arbres. Par chance, la sélection a permis de mettre sur le marché des variétés plus résistantes. Ces cultivars sont disponibles en magasin; il faut opter pour ceux-ci.

Pas si simple, finalement, le choix d'un arbre! Mais en tenant compte de ce qu'on aime, du sol et de la zone de rusticité, le risque d'erreur est vraiment réduit. Et un cultivar résistant aux maladies et aux insectes évitera bien des déceptions. Planter un arbre, c'est penser à l'avenir, c'est augmenter la biodiversité autour de soi. Grand ou petit, large ou fastigié, un arbre améliore la qualité de l'environnement.

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lgobeille@ledevoir.com

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Calendrier


14 mai: «La culture des légumes de notre potager», par Yves Gagnon, des Jardins du Grand Portage. À 9h30 à l'hôtel de ville de Sainte-Marguerite-Estérel, 414, rue Baron Louis Empain. Dégustation lors de la conférence.

16 mai: «Jardiner les parfums», par Normand Fleury. À 19h30 à l'ITA, 3230, rue Sicotte, à Saint-Hyacinthe. Admission: 7 $. Rens.: Brigitte Roy, 450 792-2277.

17 mai: «Le jardin vertical», par Daniel Fortin, horticulteur reconnu et chroniqueur à la revue Côté Jardin. Il fera découvrir les différents types de plantes grimpantes. À 19h, à la bibliothèque Éva-Senécal, 420, rue Marquette à Sherbrooke. Gratuit pour les membres de la Société horticole, 5 $ pour les non-membres. Rens.: 819 822-1933.

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Livre de la semaine

Répertoire des arbres et arbustes ornementaux 1760 espèces et variétés de végétaux
du Québec
Édition revue et augmentée
Hydro-Québec et les éditions Broquet
2010, 687 pages

Voilà une excellente source de référence qui s'adresse autant aux amateurs qu'aux spécialistes. Pour tout savoir sur un arbre, la couleur de ses feuilles en été, en automne, celle de ses fleurs, sa vitesse de croissance, sa résistance aux maladies, etc. On y trouve des photos des feuilles, des fleurs, des fruits et de l'arbre pour chaque variété présentée. Un ouvrage facile à consulter, clair et simple.

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Conseils de la semaine

Selon les données du réseau d'avertissement phytosanitaire, le printemps 2011 est en retard de quatre ou cinq jours par rapport à la moyenne recensée depuis cinq ans. Après le printemps très hâtif de 2010, le début de la saison 2011 est tout à fait contrastant avec des températures fraîches, peu d'ensoleillement et des précipitations fréquentes.

Au jardin


Le désherbage est commencé; en prenant le contrôle tôt, vous aurez moins de difficulté à le garder toute la saison.

La lutte contre le criocère du lis peut commencer. L'adulte est un coléoptère rouge vif de 8 mm, facile à repérer. La larve jaunâtre se couvre d'une masse visqueuse brun foncé. C'est au stade larvaire, qui commence à la mi-mai, qu'on observe le plus de dommages. Mais déjà les adultes dévorent les feuilles de fritillaire et de lis. La récolte manuelle des adultes est simple et efficace. Au stade larvaire, appliquer de la terre diatomée au pied des plants et vaporiser les larves avec du Trounce ou du End All. Répéter la vaporisation cinq à sept jours après l'éclosion des oeufs.

Surveiller la larve rosée du perceur de l'iris. Au printemps, on examine le feuillage à la recherche de fins sillons creusés par celle-ci. On écrase celle qu'on trouve ou on coupe le feuillage.

Il est encore temps de traiter les arbres fruitiers pour le contrôle des acariens. S'abstenir s'il y a des risques de pluie dans les 24 heures.