Les jolies chinoises de votre jardin

Aujourd’hui emblème d’Hawaï et de la Malaisie, l’hibiscus serait d’origine chinoise.
Photo: Aujourd’hui emblème d’Hawaï et de la Malaisie, l’hibiscus serait d’origine chinoise.

Loin des tumultes olympiens de Beijing, des tours verrières hypermodernes de Shanghai, bien loin, aux confins de la Chine, il y a Kunming. C'est dans cette grande ville du Yunnan que se tiennent régulièrement des expositions horticoles internationales. Cette province abonde en ressources naturelles, et qui plus est, le Yunnan, pour les horticulteurs, est un paradis végétal, puisqu'on y trouve plus de la moitié de toutes les espèces végétales chinoises, soit environ 30 000 espèces.

On trouve dans le Yunnan 2500 espèces de plantes rares, ce qui en fait une banque de gènes botaniques de première importance dans le monde. Grâce à sa situation géographique, il s'y trouve des plantes tropicales, subtropicales, de zones tempérées ou même de zones climatiques froides, sur le plateau du Tibet. L'activité horticole y est développée et évolue toujours, et on comprend pourquoi l'ancien maire de Montréal, Pierre Bourque, est tombé littéralement amoureux de cette province chinoise, royaume de la botanique. Il y a encore quelques semaines, lors d'une entrevue avec Joël Le Bigot, M. Bourque, aujourd'hui président-directeur général de Constellation Monde, entreprise qu'il a créée en 2006 avec son ami Wen Qi, vantait toutes les possibilités qu'un maillage avec cette province procurerait à l'industrie horticole. Sa capacité à convaincre fera-t-elle de moi un autre retraité entreprenant une troisième carrière?

M. Bourque, jamais à court d'arguments pour convaincre, nous a fait saliver en évoquant l'incontournable fondue aux champignons de Kunming, un must de la cuisine chinoise...

Philippe Mollé est aussi admiratif du savoir-faire chinois, lui qui depuis quelques semaines nous convie à la cuisine de l'Empire du milieu, une sorte de préparation gustative post-JO pour notre collègue Garneau.

Dans un jardin chinois, pas de pelouse à l'anglaise ni d'alignement à la française, mais beaucoup d'arbres que l'histoire et la tradition ont chargé de symboles. Le pin occupe une place de choix, incarnant la longévité et la lutte pour la survie. Parce qu'il demeure toujours vert, il compte, avec le bambou et l'abricotier, parmi les «trois amis de l'hiver». Le magnolia, qui représente la richesse, est l'emblème de la Ville de Shanghai.

La planète compte environ 850 espèces de rhododendrons, dont 530 peuvent être vues en Chine. Parmi les 500 espèces de primevères connues dans le monde, 300 sont indigènes à la Chine, et des 400 espèces de gentiane, 247 sont chinoises. On recense 350 espèces de Corydalis, dont 300 s'épanouissent sous le soleil chinois. Et des 49 espèces de Meconopsis connues (comme le pavot bleu des Jardins de Métis), 38 sont chinoises. À cela s'ajoutent l'abricotier de Mandchourie, le Prunus triloba, des bambous, le cotonéaster de Pékin, le forsythia de Mandchourie, le Ginkgo biloba, des hostas, le lilas de Chine, le lotus d'Orient, le Métaséquoia, les pivoines arbustives, des spirées, des camellias, des chrysanthèmes et tant d'autres...

Il n'est donc pas surprenant que le réputé botaniste voyageur M. Wilson ait conduit cinq expéditions en Chine entre 1899 et 1918 pour étudier sa richesse florale. Il a ramené en Occident plus de mille espèces endémiques de plantes ornementales chinoises, dont le Lis royal (Lilium Regale).

En 1929, il publiait son chef-d'oeuvre d'horticulture intitulé La Chine, jardin maternel qui, selon les critiques, est «la meilleure chose qui soit arrivée aux plantes depuis la photosynthèse». Wilson dit que la Chine est mère de tous les jardins parce que tous les jardins du monde ont bénéficié des plantes chinoises et sont donc, en quelque sorte, des descendants des jardins chinois. (références: Expositions horticoles du Yunnan).

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L'hibiscus Rosa-Sinensis

La rose de Chine, l'hibiscus Rosa-Sinensis, est une plante à l'histoire assez complexe et sujette à controverse, car les botanistes ne s'entendent pas tous sur son origine.

L'hypothèse le plus souvent retenue, c'est que cette espèce serait en fait le résultat de divers croisements. Au XVe siècle, les coquettes de Suzhou arborent à leur corsage l'hibiscus à fleurs rouges, la fleur privilégiée des jeunes filles de la campagne. Les jardiniers chinois cultivaient l'hibiscus pour ses vertus médicinales et culinaires. Aujourd'hui, cette fleur est devenue l'égérie des îles du Pacifique, l'emblème d'Hawaï et de la Malaisie.

Comme il en existe plusieurs centaines d'espèces et des milliers de variétés, il faut bien différencier les espèces tropicales, pour l'intérieur, de celles, plus rustiques, qui peuvent embellir nos jardins.

L'hibiscus de Chine conserve assez longtemps ses feuilles persistantes, mais l'hiver, lorsque la température passe sous les 10 °C, il perd ses feuilles.

Le manque de lumière en hiver cause aussi la chute des feuilles. Dans ce cas, laissez sécher la terre, vaporisez souvent les tiges afin de conserver les bourgeons turgescents et mettez la plante en repos de végétation jusqu'au printemps; les beaux jours venus, elle repoussera. C'est à ce moment qu'on doit la rempoter et la tailler.

La chute des boutons floraux est souvent causée par un déplacement de la plante, un manque de lumière, voire une sous-fertilisation. La fleur ne dure qu'une journée, trois pour certains cultivars. C'est une plante gourmande qui aime l'azote, le magnésium et l'eau.

Les pucerons, qui sont friands des boutons floraux et des jeunes pousses, doivent être rapidement mis hors de nuire car ils sont vecteurs de virus.

Avec de la vigilance et de bons produits bio, on peut en venir à bout.

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Semaine du jardinier

Samedi le 16 août - Sainte Armelle, Saint-Roch. Prêt pour la lutte contre les hannetons? Avez-vous vos nématodes nommées Steinernema carpocapsae et Heterorhabditis bacteriophora? Attention! Vous devez conserver ce produit au réfrigérateur. Informez-vous auprès de la Pépinière Jasmin, % (514) 332-2978, ou de la Ferme Floral, à Saint-Bruno, au % (450) 653-6383, entre autres. Ces nématodes sont offerts dans un bon nombre de jardineries.

Dimanche le 17 août - Saint-Hyacinthe. Que diriez-vous de fraises à l'infusion de pétales d'hibiscus C'est par hasard que je suis tombé sur cette recette d'Alain Passard, chef du restaurant l'Arpège à Paris. Mais attention, il s'agit probablement de l'Hibiscus sabdariffa, nommé oseille de Guinée, ou thé rose d'Abyssinie ou karkadé, que l'on trouve au Sénégal, au Mali, en Côte d'Ivoire, en Égypte, au Mexique... et dans les épiceries fines, sous l'état de fleurs séchées!

Lundi le 18 août - Sainte-Hélène. Un autre hibiscus facile de culture dans nos jardins: le gombo, ou okra (Hibiscus esculentus ou Abelmoschus esculentus), cultivé pour ses fruits verts. On le cueille avant sa maturité complète, trois jours après la floraison.. Les graines ne doivent pas être complètement formées; c'est à ce moment qu'il est très tendre et savoureux. À pleine maturité, il devient dur et fibreux.

Mardi le 19 août - Saint-Jean Eudes. Surveillez vos persils, qu'ils soient d'Hambourg ou de Naples, frisés ou pas, puisque la superbe, l'élégante mais gloutonne chenille du céleri en fait son festin. Pour repérer facilement cette grosse chenille, qui n'a pas l'art du mimétisme, et c'est tant mieux, semez à coté de votre persil quelques graines d'aneth, puisqu'elle préfère se gaver d'aneth, faisant du persil un miraculé! L'aneth devient alors une plante sacrifiée... La diversion fait partie de l'arsenal des techniques de culture du jardinier.

Mercredi le 20 août - Saint-Bernard. L'agrile du bouleau est un petit coléoptère qui s'attaque d'abord à la cime de l'arbre, puis descend. Les premiers signes de sa présence sont la chute des feuilles et la mort de quelques branches à la cime de l'arbre. Il n'existe pas de méthode sans failles de répression de l'agrile du bouleau, et une fois que les larves commencent à forer sous l'écorce, les insecticides ne sont d'aucune efficacité. Irriguez les bouleaux durant les périodes de sécheresse et fertilisez-les à l'occasion au début de l'été, afin que les arbres demeurent en bonne condition de croissance. Il est très important de couper et de brûler toutes les branches mortes ou mourantes. Faites-le savoir à vos voisins!

Jeudi le 21 août - Saint-Christhophe. Les Anglais la nomment 'Kiss-me-over-the-garden-gate'. Il s'agit de la renouée orientale, (Persicaria orientalis aussi Polygonum orientalis) autrefois bien présente dans nos jardins. Cette belle annuelle, souvent confondue avec les amaranthes, mesure plus d'un mètre de haut et n'a rien d'une vilaine envahissante.

Vendredi le 22 août - Saint-Fabrice. Les plantes envahissantes doivent être contrôlées maintenant. Il suffit de les épuiser en arrachant systématiquement les plants que vous jugez de trop. Tirez de façon à déplanter la tige souterraine, le rhizome, et recommencez pour toutes les nouvelles petites pousses qui émergeront, jusqu'aux gels. Je vous sais nombreux à lutter contre l'envahissement de la renouée japonaise Fallopia japonica, (anc. Polygonum cuspidatum), une plante presque 'Immortelle', qui est très décorative avec ses tiges ressemblant à du bambou... Les dommages qu'elle cause à l'environnement ont conduit l'Union internationale pour la conservation de la nature à l'inscrire sur la liste des 100 pires espèces de la planète.