Hommage au passé industriel avec l’installation Misty Valley

Alice Mariette Collaboration spéciale
Perspective du projet Misty Valley des étudiantes Annabelle Daoust et Fany Rodrigue
Photo: Misty Valley Perspective du projet Misty Valley des étudiantes Annabelle Daoust et Fany Rodrigue

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Au coeur du futur complexe immobilier Legado, à Griffintown, l’installation Misty Valley (« vallée brumeuse »), imaginée par deux étudiantes en beaux-arts de l’Université Concordia, rendra à la fois hommage au patrimoine industriel de Montréal et aux progrès de l’utilisation d’énergie.

Quand Annabelle Daoust et Fany Rodrigue, toutes deux étudiantes en beaux-arts à Concordia, se sont lancées ensemble dans le concours d’art public Legado, elles ne se connaissaient pas. « Tout est arrivé avec une discussion que l’on a eue toutes les deux ; nous savions d’emblée que nous voulions amener un discours autour de l’énergie », se souvient Fany Rodrigue, étudiante en arts visuels. « Il y avait des endroits où nos expertises se rejoignaient et d’autres où l’une ou l’autre avait plus de forces », raconte quant à elle Annabelle Daoust, qui vient de finir un baccalauréat en design. Finalement, presque un an après leur première discussion, leur projet Misty Valley, en hommage à l’ancien surnom du canal, Smokey Valley, a remporté le concours organisé par Legado. Leur installation d’art public fera donc partie intégrante du vaste projet de réaménagement urbain de Quo Vadis nommé Legado (« héritage » en espagnol) dans le quartier Griffintown à Montréal, à l’angle des rues William et Guy.

Vallée brumeuse et espaces verts

« Notre projet est une réflexion sur d’où nous venons en matière de consommation énergétique et où nous voulons aller », explique Annabelle Daoust, ajoutant qu’elles voulaient rendre hommage au patrimoine industriel de Montréal. Dans la commande pour le concours, les participants devaient réutiliser les matériaux de l’ancien bâtiment, dont la démolition est proche. « Nous avons eu la chance de visiter les lieux et nous avons vu les gros tuyaux accrochés au plafond, ces tuyaux étaient pour nous des cheminées… Tout s’est ensuite emboîté facilement dans notre projet », raconte Annabelle Daoust. Ainsi, au coeur de leur installation se trouvent treize cheminées en chrome. Celles-ci émettront de la vapeur produite grâce à l’eau de pluie recueillie par les édifices Legado.

L’idée est de créer un dialogue entre public et privé, puisque c’est la consommation d’énergie et d’eau des occupants du complexe, lorsqu’elle atteint un certain degré, qui activera les capteurs libérant le brouillard des cheminées. La nuit, un système d’éclairage DEL situé à l’extrémité des tuyaux éclairera la brume. « Les 13 cheminées représentent les industries de l’écluse Saint-Gabriel, qui utilisaient l’énergie hydraulique à l’époque de Smokey Valley, il s’agit en fait d’un nouveau Smokey Valley avec une préoccupation d’énergie renouvelable », raconte Fany Rodrigue, qui a passé des heures à se renseigner sur l’historique du quartier. « Pour nous, cela représente les différents moments du canal industriel, car toute l’évolution de l’énergie s’est trouvée dans ce secteur-là », explique Annabelle Daoust. Autrefois corridor industriel, où les conditions de vie n’étaient pas des plus faciles, le lieu est aujourd’hui un corridor récréatif. « Nous voulions un legs pour les générations », ajoute l’étudiante.

L’installation se veut aussi une véritable « oasis urbaine ». Les 13 cheminées entourent ainsi deux zones de verdure, assurant la biodiversité des lieux. En plus, les plantes absorbent le monoxyde de carbone et le dioxyde venant du système de ventilation du stationnement, situé juste en dessous. « Les plantes permettent à l’eau de retourner dans le cycle, et c’est en plus bénéfique pour la faune et la flore urbaine de ce secteur-là », détaille Annabelle Daoust. Le lieu sera aussi intéressant l’hiver, car pendant la saison froide, l’éclairage DEL intégré aux bassins végétaux améliorera la brume produite par la condensation de l’air chaud.

Réflexion et créativité 

En plus de leur réflexion sur la créativité, les équipes participantes au concours devaient respecter un budget. Pour le système de brumisation, les deux étudiantes ont contacté trois fournisseurs afin de pouvoir concrétiser leur idée. « Un des fournisseurs a beaucoup aimé notre projet et il a baissé son prix de façon conséquente, c’est ce qui a fait que l’on est rentrés dans le budget », raconte Fany Rodrigue, ajoutant que c’est à ce moment-là qu’elle a compris que leur projet était intéressant.

Le complexe Legado n’étant pas encore bâti, les étudiantes ont dû se projeter au moyen de plans pour avoir leur idée. « Le fait que le projet ne soit pas construit nous donnait plus de liberté de proposer, de souhaiter que les choses se passent de telle ou telle façon, mais c’était aussi un peu difficile et maintenant il va falloir s’asseoir avec eux et voir si tout concorde bien », lance Annabelle Daoust. Le projet retenu a été annoncé en mars. Les deux étudiantes de Concordia vont devoir à présent s’asseoir à la table à dessin avec les ingénieurs et les architectes paysagistes de l’équipe Quo Vadis, qui a conçu Legado, pour assurer la construction du projet. Prochainement, elles vont aussi aller récupérer les tuyaux dans l’édifice qui sera bientôt détruit.

Les équipes de Legado vont rénover totalement trois lots de bâtiments sur une surface totale de 27 000 m² dans le quartier Griffintown. L’objectif est de conjuguer bâtiments durables, patrimoine et innovation sociale. Avec ce concours en collaboration avec la Faculté des beaux-arts de Concordia, Natalie Voland, présidente de Quo Vadis, voulait notamment montrer comment l’art et la créativité contribuent directement au bien-être en milieu urbain. En outre, l’installation retenue devait aussi illustrer l’histoire du quartier et la mixité sociale qui le caractérise.

De leur côté, les étudiantes ont particulièrement aimé leur expérience et ne sont pas contre l’idée de travailler à nouveau pour des oeuvres d’art publiques. « C’est le rêve de tout artiste », glisse Fany Rodrigue. De son côté, Annabelle Daoust explique avoir « attrapé la piqûre de travailler dans les espaces publics. » Elle est aussi intéressée par les mémoriaux, qui mêlent à la fois de la créativité et des valeurs à véhiculer.