La maison Ozalée utilise le soleil pour moins se chauffer

Stéphane Gagné Collaboration spéciale
Avant de devenir la maison Ozalée, l’habitation de Damien et Déborah était un bungalow des années 1950 en piètre état.
Photo: André Bazinet Avant de devenir la maison Ozalée, l’habitation de Damien et Déborah était un bungalow des années 1950 en piètre état.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Au Québec, on mentionne souvent la nécessité de mieux isoler les maisons afin de limiter notre grande consommation énergétique. La maison solaire passive Ozalée est une réponse à cette préoccupation.

Quartier Ahuntsic, Montréal. Au début 2018, une maison en apparence ordinaire a obtenu une des certifications les plus avancées en matière d’efficacité énergétique, la certification allemande Passivhauss. Une première au Québec. Créée en 1990, cette certification permet de réduire jusqu’à 90 % les frais de chauffage. Elle a été développée à partir de recherches réalisées en climat nordique en Europe et en Amérique du Nord.

La petite histoire

Ce sont les propriétaires Damien Chaveron et sa compagne Déborah, tous deux d’origine française, qui tenaient à obtenir la certification pour leur maison. « J’ai contacté l’architecte Lucie Langlois et l’entrepreneur Richard et Andrea Price, et ensemble nous avons travaillé à réaliser le projet », relate Damien Chaveron. L’architecte et les entrepreneurs, bien que certifiés Passivhauss, en étaient à leur première expérience.

Trouver la maison a été l’autre étape importante. Puisqu’une habitation Passivhauss est majoritairement chauffée par les apports solaires, il fallait trouver une résidence orientée au sud afin de profiter de la chaleur du soleil. Cette maison, le couple l’a trouvée dans le quartier Ahuntsic. Pourquoi en ville et pourquoi ne pas avoir construit une habitation neuve ? « Je voulais demeurer proche de mon travail, réduire mes déplacements en voiture et j’ai constaté qu’il serait difficile de construire du neuf à Montréal », dit M. Chaveron.

La maison est un bungalow des années 1950. Dans un piètre état, elle a été presque entièrement rénovée. Le mouvement Passivhauss a développé le logiciel PHPP (Passive House Planning Package) pour faire l’analyse énergétique d’un projet. Selon Mme Langlois, c’est un outil de simulation, facile d’utilisation et indispensable pour réaliser un projet Passivhauss.

 

Une maison bien isolée

Une maison Passivhauss a pour objectif d’améliorer l’efficacité énergétique du bâtiment sans ajouter, dès la conception, des systèmes actifs comme des panneaux solaires.

L’isolation et l’emplacement des fenêtres sont des éléments très importants dans ce type de projet. « Puisque le revêtement extérieur était de mauvaise qualité et que nous devions le changer, nous avons opté pour isoler le bâtiment de l’extérieur avec de la cellulose injectée et refaire ensuite le revêtement », relate Lucie Langlois. L’isolant emballe ainsi hermétiquement le bâtiment de la fondation jusqu’au toit.

Quant aux fenêtres, 90 % d’entre elles se trouvent sur la façade sud du bâtiment afin de profiter au maximum de la chaleur du soleil. Il s’agit de fenêtres à triple vitrage importées d’Europe afin de répondre aux exigences de la certification. Sur la façade nord qui donne sur la rue, les fenêtres occupent un peu moins de 10 % de la surface du mur, car ce n’est pas à cet endroit qu’on obtient de grands gains solaires.

Des économies appréciables

Damien, Déborah et leurs trois enfants habitent la maison depuis mars 2016 et en sont très satisfaits. « La maison est très confortable, nous n’avons eu que quelques épisodes de surchauffe [la surchauffe survient en été, mais elle peut être atténuée par la pose de débords de toit, par exemple] », dit Damien Chaveron. Et surtout, les coûts de chauffage sont minimes. Ils ne s’élèvent qu’à 200 $ pour une année complète, selon M. Chaveron. À titre de comparaison, pour une maison d’une superficie équivalente à la maison Ozalée (soit 2800 pieds carrés), les coûts de chauffage à l’électricité s’élèveraient à 2180 $ par an (pour un hiver normalement froid), selon une estimation faite en 2015 par l’Union des consommateurs.

D’autres projets à venir

À la suite de la certification de la maison Ozalée, d’autres projets semblables sont en voie de se réaliser au Québec, indique Lucie Langlois. « Ils ne seront pas tous certifiés Passivhauss, car les bas coûts de l’électricité ici font en sorte qu’il est souvent trop coûteux de respecter les exigences de la certification », dit-elle en ajoutant qu’il y a encore peu d’architectes et d’entrepreneurs habilités à concevoir ce type de maisons. L’organisme Maison passive Québec tente toutefois de corriger cette lacune en offrant une formation qui s’étalera de la mi-avril à la fin mai avec un examen la première semaine de juin.