La vie de banlieue au coeur de Montréal

Martine Letarte Collaboration spéciale
Le maire Philippe Roy, à la bibliothèque Reginald-J.-P.-Dawson de Mont-Royal
Photo: Pedro Ruiz Le Devoir Le maire Philippe Roy, à la bibliothèque Reginald-J.-P.-Dawson de Mont-Royal

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Lorsqu’il s’est installé à Mont-Royal en 2004, Philippe Roy était un jeune professionnel père de trois jeunes enfants. Aujourd’hui maire de la ville défusionnée, il incarne bien le citoyen typique qui s’installe dans ce secteur central de l’île de Montréal depuis une quinzaine d’années.

Pourquoi avoir choisi Mont-Royal ? D’abord, pour l’école des enfants.

« L’école Saint-Clément, de la Commission scolaire Marguerite-Bourgeoys, qui est en fait devenue un campus de trois écoles pour répondre aux besoins grandissants des francophones, a acquis une très bonne réputation », explique Philippe Roy, 48 ans, qui poursuit sa pratique en droit.

Auparavant majoritairement anglophone, Mont-Royal a vu pendant les trente dernières années son nombre d’écoles anglophones passer de cinq à deux.

Originaire d’un quartier de l’ouest de la ville très blanc et francophone, le maire se réjouit de voir que ses fils vont à l’école avec des enfants de différentes communautés culturelles présentes dans la ville, comme les Libanais, les Grecs, les Vietnamiens, etc.

La ville, bilingue, offre des camps d’été dans les deux langues et a plusieurs installations sportives comme une piscine, des terrains de soccer et un skatepark. On y trouve aussi une bibliothèque, agrandie en 2015.

Maisons au coeur de l’île

Mont-Royal constitue un milieu de vie qui permet aux familles de s’installer dans des maisons unifamiliales avec des terrains.

« C’est un secret bien gardé, parce qu’on a accès à ce style de vie de banlieue tout en restant au centre de l’île, explique le maire. Nous sommes près de tout. Le train de banlieue nous amène à la Place Ville-Marie au centre-ville de Montréal en six minutes. Nos gares [Canora et Mont-Royal] feront partie du REM avec des trains qui passeront toutes les trois minutes et qui nous amèneront aussi à l’aéroport. »

Mont-Royal est près de plusieurs établissements universitaires, comme Polytechnique et HEC Montréal, de même que l’Université de Montréal avec un accès direct à son nouveau campus Outremont, à la station de métro Acadie. Ce secteur, auparavant industriel, est d’ailleurs en train de s’ouvrir au développement résidentiel, avec des projets résidentiels.

Le secret est finalement de moins en moins bien gardé puisque la ville connaît un réel bouleversement démographique. Sa population a crû d’environ 20 % pendant les 12 dernières années pour atteindre environ 22 000 habitants.

Le phénomène de densification se voit aussi dans le secteur de l’avenue Plymouth, à quelques pas de la station de métro de la Savane.

Politique de l’arbre

Mont-Royal, bâtie par la compagnie ferroviaire qui est devenue le CN, a été dessinée par Frederick Gage Todd, architecte paysagiste et urbaniste. Il a imaginé un concept de cité-jardin, avec des rues sinueuses et une végétation omniprésente.

« On compte 37 parcs dans la ville. On estime qu’il y a environ un arbre par habitant et, d’ailleurs, lorsqu’on survole Mont-Royal en avion, on voit très bien le carré vert en été », affirme Philippe Roy qui s’est laissé convaincre en 2005 de devenir conseiller municipal par l’ancienne mairesse Vera Danyluk, décédée en 2010.

Pour pérenniser cette « forêt urbaine », une politique de l’arbre et un programme pour maintenir les arbres en santé sont en place.

« Avant, nous coupions plus d’arbres que nous en plantions, indique Philippe Roy, devenu maire en 2010. La tendance a été inversée. Nous avons dû faire plusieurs coupes en raison de l’agrile du frêne, mais on donne maintenant des genres de vaccins aux arbres les moins touchés pour qu’ils survivent encore quelques années, ce qui donnera le temps à nos nouveaux arbres de pousser. Nous inspectons et élaguons aussi tous nos arbres régulièrement. Ça a un coût, mais ils résistent beaucoup mieux aux conditions météorologiques difficiles. »

Les lieux où se retrouver

Au coeur de Mont-Royal se trouve le parc Connaught, avec une sculpture donnée par une famille monteroise en l’honneur de la précédente mairesse, maintenant décédée. On y trouve aussi la roseraie Pierre-Elliott-Trudeau, ancien député fédéral de Mont-Royal.

On a également aménagé dans ce parc des terrains de boulingrin, de criquet, de tennis et, l’été, on y organise plusieurs spectacles et événements.

Parmi les coups de coeur du maire, il y a la place du Centenaire, adjacente au parc Connaught, aménagée en 2012 pour célébrer les 100 ans d’existence de la ville.

Un muret raconte son histoire et Arte5 a réalisé une oeuvre en bronze représentant les melons de Montréal.

« Mont-Royal était auparavant des champs de melons, alors c’est un beau rappel de l’histoire », affirme le maire.

Tout près, on trouve La Pizzaiolle, située dans l’ancienne gare de Mont-Royal, un bâtiment patrimonial acheté par la Ville.

« On a fait la même chose avec la plus vieille maison encore debout de Mont-Royal, explique le maire. Elle était là avant la création de la ville, du temps des agriculteurs. On la loue au restaurant italien, Villa Armando. L’été, dans le garage, il y a une gelateria et un café où les gens s’arrêtent à vélo. »

Mont-Royal a aussi un plan pour préserver le caractère patrimonial des maisons, avec plusieurs zones qui doivent chacune respecter un style architectural selon la période où elle a été bâtie.

« Mont-Royal est un peu obsédée par le bâti, affirme le maire. Certains diront trop, mais c’est important pour nous de bien conserver le patrimoine. »

Ce qui n’empêche pas la Ville d’aller de l’avant avec de nouveaux projets. Elle a donné son aval au complexe Quinze40 du promoteur du Dix30 de Brossard Carbonleo. Ce centre de divertissement comprendra ainsi une salle de spectacles, un parc aquatique, un complexe de cinéma intérieur et extérieur sur le toit vert, des hôtels et des restaurants.

« C’est un projet très ambitieux qui sera accessible par la station de métro de la Savane, et les travaux devraient commencer bientôt, indique le maire. Depuis longtemps, nous voulions redynamiser ce secteur. Ce projet permettra d’éviter de perdre bien des gens de Montréal pour les banlieues lorsqu’ils veulent se divertir. »