La montée en flèche des SBF, les sans-bureau-fixe

Dans les bureaux d’Artdesk à Paris, concepteurs d’espaces de travail repensés, le patron s’affiche haut et fort « SBF », pour « sans-bureau-fixe ». Plus qu’une formule vide, l’appellation un brin séditieuse traduit l’esprit qui prévaut dans cette entreprise où l’on a choisi, au propre comme au figuré, d’opter pour la mobilité totale et de faire tomber les murs entre patrons et employés.

« Je n’ai pas de bureau fixe, je travaille dans des lieux différents chaque jour. Nous nous appelons les SBF, les sans-bureau-fixe », affirme Nicolas Paugam, fondateur de cette boîte qui embauche 80 « collaborateurs », comme sont appelés les employés.

Selon lui, les études démontrent que les employés ne passent que de 20 % à 30 % du temps à leur poste de travail. L’entreprise a donc choisi de faire une croix sur les postes individualisés et de requinquer ses aires communes, telles que les comptoirs, cuisines et petits lounges invitants, plus propices à la collaboration et à la discussion. Avec pour résultat qu’on ne compte plus qu’un poste de travail pour deux employés.

« Nos collaborateurs travaillent sur des tablettes ou des portables et changent de lieu selon les projets ou les besoins. Il n’y a plus d’ordinateurs fixes. Si on a besoin de travailler sur de plus grands écrans, on se branche au besoin », soutient M. Paugam, convaincu qu’un milieu de travail transparent, sans hiérarchie ni cloison, contribue à façonner des entreprises plus humaines.

Faire tomber les murs

Sans être aussi radical, le Mouvement Desjardins s’est inspiré de cette nouvelle mouvance pour réaménager de but en blanc son siège social de Lévis. Petite révolution dans le monde attendu des tours de bureaux traditionnelles : les concepteurs ont fait disparaître les bureaux des patrons, alignés le long des fenêtres, et fait table rase des cloisons et des bureaux isolés.

« Nous avons plutôt donné la priorité à nos employés en offrant à tous la lumière naturelle. Les bureaux des patrons ont été déplacés au coeur de l’édifice et cloisonnés par des murs vitrés, ce qui traduit la transparence que l’on veut insuffler à notre organisation », souligne Marie-Claude Duchesne, directrice solution et planification immobilières, chez Desjardins.

« Les enquêtes que nous avons faites ont démontré que les gens étaient moins fatigués à la fin d’une journée de travail » quand ils pouvaient profiter de lumière naturelle, dit-elle.

Aires ouvertes

À Montréal, où seront rapatriés dans la tour Sud du Complexe Desjardins tous les employés actuellement dispersés dans divers édifices de la métropole, 1000 personnes de plus logeront dans la trentaine d’étages déjà occupés par 5000 personnes. « Les aires ouvertes, combinées aux aires communes plus confortables, permettent d’accueillir plus de personnel », assure la responsable de ce grand remue-ménage.

Mais cet engouement pour les grandes aires ouvertes doit se faire avec dosage, nuance Maxime-Alexis Frappier, architecte senior associé chez acdf* Architecture. « Certains employés figent comme des chevreuils dans ces grands espaces, se sentent intimidés. Il faut prévoir des lieux de retrait, des espaces qu’on peut personnaliser, et surtout penser à l’acoustique. »

Malgré toutes les pressions qui s’exercent sur les milieux de travail, plusieurs d’entre eux restent horriblement peu favorables… au travail. « Les employeurs se montrent de plus en plus ouverts, croit Nicolas Paugam. Mais à l’heure actuelle, le taux de satisfaction au travail en France dépasse à peine 10 %. Cette révolution reste à faire. »

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