Un dimanche actif à l’École nationale du meuble et de l’ébénisterie de Montréal

Sophie Suraniti Collaboration spéciale
La chaise «Dezba» pour les guitaristes et les bassistes par Marc-André Talissé, un finissant du DEC
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir La chaise «Dezba» pour les guitaristes et les bassistes par Marc-André Talissé, un finissant du DEC

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Le campus montréalais de l’École nationale du meuble et de l’ébénisterie ne dérougit pas. Dans les ateliers, on coupe, on scie, on rabote… Dans les salles théoriques, on dessine sur ordinateur. Il y a de la vie au 5445, avenue De Lorimier ! Vingt-cinq ans que la matière bois y est enseignée et travaillée. Tous les jours. Vingt heures par jour. Y compris les dimanches.

« On a toujours l’impression que l’ébénisterie est un métier du passé qui utilise de vieux outils et de vieilles méthodes. Ce n’est plus du tout le cas ! » lance tout sourire Gilles Cloutier, enseignant et coordonnateur du Département d’ébénisterie du campus de Montréal de l’École nationale du meuble et de l’ébénisterie. Rien qu’à voir la forêt d’ordinateurs qui couvre le troisième étage et une partie du deuxième, on comprend effectivement que le métier est entré dans la modernité. La fabrication assistée par ordinateur avec ses machines de découpe au laser ou à commande numérique pilotées par des logiciels spécifiques est apparue dans l’enseignement de l’ébénisterie à la fin du XXe siècle. L’école l’a intégrée dans ses formations seulement à la fin des années 90. À l’époque, de tels équipements coûtaient une fortune. Plus maintenant.

Qu’est-ce que l’informatique a amené au sein de la chaîne, de la conception à la fabrication ? L’ouverture de la boîte créative, la réduction de la dangerosité et le gain de temps lors de l’usinage. La création de motifs géométriques complexes pouvant être répétés à la perfection et à volonté ne prend plus un temps fou. « Bien sûr, certaines contraintes demeurent, mais elles se retrouvent ailleurs. Imaginez les compétences que cela demande en plus des notions de sécurité, des connaissances des matières premières ou en histoire de l’art ! » rappelle Gilles, qui, après 23 ans, connaît la maison comme les moindres recoins de ce meuble Louis-Philippe, une pièce d’étude obligatoire dans la formation. Aujourd’hui, un technicien en ébénisterie doit maîtriser une palette d’outils à la fois technologiques (le dessin assisté par ordinateur, la découpe au laser…) et traditionnels (les techniques classiques d’assemblage).

D’ailleurs, à propos de boîte créative, on croise ici autant des jeunes que des retraités. Ceux qui veulent en faire un métier et ceux qui souhaitent en faire un loisir sérieux. Pour tous ces mordus du bois, trois possibilités de formation s’offrent à eux : l’attestation d’études collégiales en alternance travail-études, le diplôme d’études collégiales d’une durée de trois ans ou le loisir (sculpture, marqueterie…). Le campus de Montréal ne s’occupe que de l’ébénisterie ; le rembourrage et la finition étant enseignés au campus de Victoriaville. « L’École nationale du meuble et de l’ébénisterie, c’est un cégep, deux campus. Ça fourmille de monde et de toute sorte de monde ! Des gens de 17 à 65 ans dans une même classe, c’est une chimie fantastique ! » s’enthousiasme le coordonnateur du programme.

C’est vrai. En visitant l’atelier bleu — les outils sont associés aux ateliers selon un code de couleurs —, où se donne un cours de sculpture sur bois : un voisin du quartier. Plus loin, dans une salle où s’enlignent des ordinateurs, des machines à découper au laser et à commande numérique : un « jeune » retraité qui peaufine à l’écran les courbes de quatre moulures d’un meuble qu’il usinera par la suite. « Je finis cette année mon attestation d’études collégiales. Uniquement pour le plaisir ! » On croise aussi quelques filles. Selon les années, leur présence à l’école oscille entre 30 et 50 %. Pour 2015-2016, sur les 16 finissants du diplôme d’études collégiales qui ont exposé fin avril leur pièce (table, bureau, chaise…), trois jeunes femmes.

Le campus de Montréal fête ses 25 ans cette année. Celui de Victoriaville, ses 50 ans. L’avenir de l’école ? « Avec son spectre de compétences exportable dans un tas de domaines différents, un étudiant qui sort de l’école trouve un emploi », confie Gilles. Comme dans l’ameublement intérieur d’avions ou de bateaux. Car les mêmes grandes compétences (concevoir, représenter, planifier et fabriquer) sont recherchées par ces secteurs de pointe, quels que soient les types de matériaux utilisés. L’avenir, c’est aussi le numérique qui poursuit son déploiement à la vitesse grand V et qui, de plus en plus, prend la place de l’atelier conventionnel. Une accélération technologique, des gains de temps. Et le temps, dans nos sociétés actuelles, cela peut sauver beaucoup de meubles… Pour plus d’information, on peut visiter le www.ecolenationaledumeuble.ca