Le Madrier: ébéniste nouveau genre

Catherine Girouard Collaboration spéciale
Photo: Le Madrier

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Un escalier construit en 1850, un mobilier urbain en bois de palette, une console de balcon typiquement montréalaise, les plans d’aménagement d’un bar en France : on ne sait jamais ce qu’on trouvera derrière les portes de l’atelier du Madrier, jeune entreprise de l’ébéniste Meven Valy. En s’entourant d’autres entreprises en démarrage, le Breton de 28 ans peut réaliser des projets allant des plus simples aux plus hors-norme avec une approche de conception de projet complète.

« Aujourd’hui, tu ne peux pas travailler seul en ébénisterie », dit d’emblée Meven Valy. Trop cher en équipement, trop restreint du côté des projets réalisables, entre autres. Il partage donc son atelier, un loft au quatrième étage d’un vieux bâtiment de Rosemont, avec cinq autres travailleurs autonomes complémentaires, dont Aldeo Létourneau, un maître ébéniste devenu son mentor, et Olivier Castonguay, un concepteur mécanique et designer industriel. En plus des frais de loyer, ils se partagent aussi leur équipement, mais surtout les contrats. Tous profitent de l’expertise particulière de chacun.

« Être un groupe de travailleurs autonomes réunis sans grosse structure administrative nous rend très flexibles et versatiles, se réjouit Meven Valy. On est comme un éventail qu’on peut ouvrir au complet, à moitié ou aux trois quarts. » Le Madrier peut donc travailler sur de très gros projets pour des entreprises et organismes autant que sur des plus petits pour des particuliers. Pas question de s’associer, mais plutôt de travailler ensemble. « On est à la fois dépendants et indépendants les uns des autres. En théorie, je suis seul dans Le Madrier, mais faire affaire avec moi, c’est faire affaire avec tout un réseau d’artisans », fait valoir Meven Valy, qui prévoit d’ailleurs rejoindre le Conseil des métiers d’art prochainement.

Et son approche fonctionne bien. Fondée depuis deux ans seulement, son entreprise de menuiserie et d’ébénisterie a déjà un portfolio de réalisations diversifié. Le jeune fondateur fait défiler des photos de quelques projets réalisés l’an dernier, dont des maquettes pour le Mont-Royal, un mobilier urbain en bois de palette pour un événement sur la place Valois l’été dernier, ou encore un kiosque complet de 20 par 30 pieds pour le Salon de l’habitation de Montréal.

Pour 2016, Meven Valy a déjà plusieurs projets en vue. Dans quelques semaines, un escalier patrimonial datant de 1850 à restaurer devrait voler la vedette au milieu de l’atelier. Il travaille aussi sur les plans d’aménagement complet du bar d’un ancien client de Montréal retourné s’installer en France, ainsi que sur une commande de 180 cuisines à fabriquer pour un hôtel.

L’ébéniste parle de son entreprise et de ses projets à venir avec un enthousiasme évident. Mais il n’y a pas si longtemps, il était encore loin de se douter qu’il vivrait cette aventure. Après avoir obtenu l’équivalent d’un bac en France, il a débarqué à Montréal un peu par hasard avec sa copine. « Je venais ici en voyage avec un visa de travail pour un an et je ne suis jamais reparti », rigole-t-il. Après qu’il eut travaillé dans quelques entreprises sans lien avec ses études, un coup de main à une amie lui a donné l’idée de créer Le Madrier. « J’ai acheté pour une trentaine de dollars d’outils pour rénover la galerie d’une amie, raconte-t-il. Ça m’a fait réaliser que je devais démarrer mon entreprise en ébénisterie. »

Travailler en amont

Contrairement à la majorité des ébénisteries, Le Madrier ne s’occupe pas juste de l’aspect fabrication, affirme le jeune fondateur. Pour lui, son travail va bien au-delà de l’exécution d’une commande. « Chez Le Madrier, on travaille en amont du projet avec le client pour s’en imprégner en entier, bien conseiller et éviter tous les problèmes possibles, explique-t-il. Nous rencontrons nos clients au moins une ou deux fois pour parler de la conception, du design, des échéanciers, du budget. Nos clients sont souvent surpris et très satisfaits par notre approche. »

Une approche qui permet aussi de réduire les coûts pour tout le monde, clients compris, selon Meven Valy. « On voit souvent une firme qui engage une firme qui engage un ébéniste », fait valoir Olivier Castonguay, affirmant que la liste des intermédiaires est souvent plus longue encore. « Le client est donc très loin de la personne qui conçoit sa pièce et paiera tous les intermédiaires qui sont intervenus. » Au Madrier, le contact avec l’artisan est direct ou presque et le client peut aller faire un tour à l’atelier à tout moment. « Le Madrier, c’est humain, simple, de qualité et concurrentiel », résume le fondateur.