Louer ou échanger sa maison pour les vacances

Caroline Rodgers Collaboration spéciale
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Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Les vacances coûtent cher. Il est donc tentant de faire baisser la facture en louant ou en échangeant sa maison ou son appartement grâce aux multiples plateformes qui permettent aujourd’hui de le faire en quelques clics. Si l’expérience peut s’avérer positive, il y a des précautions à prendre pour éviter de mauvaises surprises qui pourraient tout gâcher.

Il y a quelques années, Michel, un enseignant, a échangé sa maison pour cinq semaines contre celle d’une famille en Guadeloupe par l’intermédiaire d’un site spécialisé. Alors qu’il espérait se la couler douce dans les Caraïbes, il a rapidement déchanté. Deux semaines après son arrivée à destination, il recevait un appel lui annonçant que le sous-sol de sa maison était inondé.

« J’avais chargé mon beau-frère de veiller sur la maison en mon absence, dit-il. Il est allé constater les dégâts et a fait la réclamation à mon assureur, qui a heureusement payé. Toutefois, la dame avec qui j’échangeais ma maison réclamait un dédommagement. Selon moi, le dégât des eaux est survenu parce que les occupants ont obstrué la plomberie en jetant des aliments par le tuyau de l’évier, mais je ne peux pas le prouver. Toute cette expérience s’est avérée très stressante. Quand tu es à des milliers de kilomètres et que tu ne peux pas régler les problèmes toi-même, il y a de quoi gâcher ton voyage. »

L’histoire de Michel illustre à quel point il est important d’anticiper les complications potentielles dans leurs moindres détails quand on loue son logis à des étrangers en son absence. Les sites spécialisés conseillent de laisser un carnet où sont consignés tous les renseignements nécessaires au bon fonctionnement de la maisonnée : fonctionnement des appareils et systèmes de la maison, emplacement de l’entrée d’eau, règlements municipaux (bruit nocturne, ramassage des ordures, stationnement) et numéros d’urgence. Pour partir l’esprit en paix, il est aussi prudent de cacher ou d’entreposer ailleurs ses biens précieux ou fragiles, ainsi que de retirer les informations personnelles et bancaires contenues dans les ordinateurs qu’on laisse derrière soi.

Il est aussi essentiel d’avoir dans les parages une personne de confiance qui s’occupera des pépins éventuels. Dans le cas d’une location grâce aux petites annonces ou via un site comme Airbnb, VRBO ou HomeAway, il est également impératif de s’entendre avec son assureur et de s’informer sur la couverture qu’il est prêt à offrir au cas où un locataire se blesserait ou causerait des dommages.

« Le conseil le plus sage est d’aviser son assureur, même si on loue son logement juste une fois, dit Jean-François Trudel, vice-président aux opérations chez Invessa assurances, courtier en assurances de dommages. Si l’activité de location n’a pas été acceptée au préalable par l’assureur, il pourrait plaider la nullité du contrat parce qu’il y a eu une activité commerciale. Un assureur peut considérer le fait de louer votre maison ou logement comme une aggravation du risque. Quand on change la nature du risque, on doit le porter à sa connaissance. Le contrat d’assurance pourrait exclure les dommages résultant d’une activité commerciale ou professionnelle, c’est-à-dire contre rémunération. Si quelqu’un décide de louer son condo une semaine à des touristes européens, il peut sûrement s’arranger avec son assureur. »

Pour les particuliers qui louent leur habitation régulièrement à des touristes dans le but d’en tirer des revenus, il existe aussi de nouveaux programmes d’assurances dont les prix, fixés sur une base annuelle, varient en fonction des besoins et de la valeur des biens assurés.

Échanger sa maison

De très nombreux sites permettent d’échanger sa maison contre celle d’une autre famille à l’étranger, dont trocmaison.com, echangedemaison.com, guesttoguest.com. Le site Camago propose une comparaison entre les différents sites d’échanges et une multitude de conseils pour que tout se passe bien. On aura tout avantage à prendre le temps d’analyser ces sites et à les comparer. Certains d’entre eux vendent même des assurances spécifiques en cas d’annulation, d’interruption de séjour ou de dommages. L’échange de maison n’implique aucun échange d’argent et repose avant tout sur une confiance mutuelle. Il est donc important de faire d’abord connaissance avec l’autre partie grâce à des courriels, des appels téléphoniques, des échanges de photos et des conversations sur Skype.

« Nous échangeons notre maison avec la même famille en France depuis 2009, raconte Julie Beaupré. Au départ, nous ne les connaissions pas du tout et ils sont devenus nos amis. Nous les avons trouvés sur le site geenee.com. Nous échangeons même nos voitures. Tout repose vraiment sur la confiance. »

 

Revenus et taxes

Selon la loi, il est obligatoire d’inscrire dans sa déclaration d’impôts les revenus générés par la location de son habitation, même s’ils sont minimes et occasionnels. Pour ce qui est des taxes de vente (TPS et TVQ), elles doivent être perçues et versées au gouvernement seulement à partir du moment où les ventes atteignent 30 000 $. Les locateurs occasionnels, qui jouissent de l’exonération accordée aux petits fournisseurs, ne sont pas tenus de percevoir ces deux taxes. Quant à la taxe sur l’hébergement, elle s’applique pour les locations de moins de 31 jours dans les régions touristiques qui en ont demandé l’imposition sur leur territoire. Il faut donc contacter Revenu Québec pour vérifier si elle s’applique dans sa région.

D’autre part, il faut savoir que Tourisme Québec considère comme un établissement d’hébergement touristique tout établissement dans lequel au moins une unité d’hébergement est offerte en location à des touristes contre rémunération pour une période n’excédant pas 31 jours, sur une base régulière, et dont la disponibilité de l’unité est rendue publique. Ceux qui louent régulièrement leur habitation pourraient donc avoir l’obligation d’obtenir une certification de la Corporation de l’industrie touristique du Québec. Toutefois, la définition du critère de « base régulière » n’était pas encore disponible au moment d’écrire ces lignes. Elle sera précisée très prochainement dans un guide disponible sur le site internet de Tourisme Québec.