Les trois mondes d’Anie Samson

Martine Letarte Collaboration spéciale
La mairesse Annie Samson n'a pas peur de mettre les gants pour défendre son arrondissement.
Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir La mairesse Annie Samson n'a pas peur de mettre les gants pour défendre son arrondissement.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Villeray–Saint-Michel–Parc-Extension, deuxième arrondissement le plus peuplé à Montréal avec environ 150 000 habitants, est composé de trois réalités bien distinctes. Avec ses 115 communautés culturelles différentes, on peut pratiquement y faire le tour du monde le temps d’une balade.

La première fois qu’Anie Samson a enfilé des gants de boxe, c’était bien malgré elle. Pour une séance de photos, elle s’était rendue au gym d’Ali Nestor, entraîneur de boxe qui a la mission d’offrir une chance à de jeunes décrocheurs de terminer leur secondaire en s’entraînant. Elle pensait régler le tout rapidement, mais il lui a dit : « Pas d’entraînement, pas de photos. » Finalement, l’expérience a été une vraie révélation.

« Fesser, ça permet de sortir le méchant et je suis vraiment tombée en amour avec la boxe, affirme la mairesse. Tellement que j’ai converti la moitié du conseil exécutif de la Ville de Montréal. Mes collègues viennent maintenant s’entraîner avec moi deux fois par semaine auprès d’Ali. »

L’Académie Ness Martial, près de l’autoroute métropolitaine, est au coeur de Saint-Michel, un quartier avec de nombreux défis.

« C’est l’un des quartiers, avec Parc-Extension, les plus pauvres du Canada, affirme Anie Samson. Il y a beaucoup de familles monoparentales, de gens en intégration et en francisation, mais la beauté de ce quartier, c’est la force de ses organismes communautaires. Les gens se tiennent, s’entraident. »

Le regroupement Vivre Saint-Michel en santé assure la coordination des efforts, pour que tous travaillent dans la même direction.

Des entreprises mettent aussi la main à la pâte. Le Cirque du Soleil a donné un gros coup de pouce au quartier en s’y installant en 1997. Puis la Tohu est arrivée, de même que l’École nationale de cirque pour créer la Cité des arts du cirque. Plusieurs jeunes du quartier y travaillent.

Les policiers multiplient également les efforts pour créer des liens avec la communauté : plusieurs sont devenus entraîneurs de soccer dans leurs temps libres.

« Nous faisons les choses différemment dans Saint-Michel et des gens de l’international, notamment de la France, viennent voir notre travail », indique Anie Samson, convaincue de se lancer en politique municipale par l’ex-maire de Montréal Pierre Bourque, à 26 ans, alors qu’elle avait été élevée par sa mère pour devenir première ministre du Canada.

La mairesse a aussi à coeur le Petit Maghreb, dans la rue Jean-Talon, entre Saint-Michel et Pie-IX.

« Depuis ma première campagne électorale à la mairie de l’arrondissement, j’ai promis à ces commerçants qu’on créerait non pas un ghetto, mais une zone touristique un peu comme l’est la Petite Italie. Nous travaillons fort pour y arriver avec l’association des commerçants. Déjà, pour les matchs de foot, c’est là que ça se passe ! »

La vie de quartier de Villeray

Villeray, c’est le quartier de la mairesse depuis 25 ans et elle l’aime chaque jour de plus en plus. Elle se réjouit de l’arrivée de jeunes familles et de l’ouverture de plusieurs nouveaux commerces, notamment dans la rue Villeray. Elle constate que les commerçants s’impliquent énormément dans la vie de quartier.

« Ils organisent notamment la Fête nationale, la plus grosse à Montréal après celle du parc Maisonneuve, avec de 10 000 à 15 000 personnes qui assistent au spectacle en soirée. »

Le restaurant Tapeo s’est aussi impliqué pour créer une place citoyenne à l’angle des rues Lajeunesse et Villeray.

« Ils ont participé au financement de ce lieu où il y a des jeux pour les enfants grâce à leur Fonds Tapeo », raconte la mairesse.

Pour elle, habiter dans le même arrondissement que les citoyens qui l’ont élue est non négociable. Anie Samson veut vivre la même chose qu’eux.

Par exemple, elle est particulièrement fière lorsqu’elle constate le succès de la transformation de la rue de Castelnau.

« On a retranché une voie de circulation et une de stationnement pour y aménager un espace urbain avec des bancs en face de l’église : c’est devenu un espace partagé, explique-t-elle. C’est un beau modèle d’intégration d’une rue dans la vie de quartier. »

Le vivre-ensemble de Parc-Ex

Quartier très peuplé et très riche en communautés culturelles, Parc-Ex charme Anie Samson par ses mille couleurs.

« C’est le lieu où les gens se retrouvent pour faire le plein d’épices, pour manger le meilleur cari indien, pour acheter des rallonges de cheveux pour les tresses africaines, pour manger le meilleur gyros dans un restaurant grec, ou pour s’acheter un sari », énumère-t-elle.

Des efforts sont faits pour amener les différentes communautés à se rencontrer.

« La bibliothèque a des livres en trois langues et on y organise des événements, comme l’heure du thé, pour amener des femmes de différentes origines à s’y rencontrer pour parler français », raconte la mairesse.

C’est aussi un lieu important pour la célébration de plusieurs fêtes, notamment religieuses.

« On voit le curé descendre dans la rue pour la Pâque grecque et tout le monde regarde la parade de son balcon, remarque Anie Samson. On fête également très fort le jour de l’indépendance de l’Inde. On ferme les rues, il y a de la musique, on danse, pratiquement chaque fin de semaine. C’est normal dans Parc-Extension, c’est de l’acquis et cela se fait dans le respect des fêtes de chacun. On ne verrait pas ça dans d’autres arrondissements, ni même dans les autres quartiers de mon arrondissement. Parc-Extension est vraiment un exemple du vivre-ensemble. »

Le déploiement du site Outremont de l’Université de Montréal amène aussi de l’ébullition dans Parc-Extension.

« Deux pavillons ont été inaugurés et on y trouve déjà près de 2500 étudiants qui apportent un nouveau souffle dans le quartier et une plus grande mixité sociale », affirme la mairesse.

Ancienne jeune militante libérale aux côtés de Denis Coderre, actuel maire de Montréal, Anie Samson n’a finalement jamais regretté de s’être lancée en politique municipale.

« J’en suis à mon sixième mandat, j’ai depuis refusé deux fois de me lancer en politique fédérale parce que j’ai vu à quel point, finalement, on peut changer les choses en politique municipale et faire une vraie différence dans la vie des citoyens. »

Quelques adresses à visiter :

• L’Académie Ness Martial, d’Ali Nestor : 3700, boulevard Crémazie Est

• Maison Indian Curry : 996, rue Jean-Talon Ouest

• Tapeo : 511, rue Villeray