Trois générations et le monde comme terrain de jeu

Marilyse Hamelin Collaboration spéciale
Photo: Ramacieri Soligo

Ce texte fait partie du cahier spécial Habitation

Même adresse, locaux rénovés : depuis la fin des années 1960, à l’angle de Querbes et de Van Horne, à Outremont, les curieux peuvent découvrir ce que la céramique et la plomberie au design d’avant-garde ont à offrir, chez Ramacieri Soligo. Portrait de l’entreprise.

Tout ça ne tombe pas du ciel, comme par magie, mais est plutôt le fruit de nombreuses heures de travail pour Gianni Ramacieri, directeur et copropriétaire de la boutique Ramacieri Soligo inc., et son équipe. « Il faut voyager, explique-t-il. On ne peut se contenter de rester dans le bureau et d’attendre les représentants manufacturiers. »

Mi-trentenaire, l’entrepreneur voyage plusieurs fois par année pour affaires afin de dénicher les céramiques les plus belles, luxueuses et originales. Idem pour les membres de son équipe. « Nos principales découvertes, nous les faisons en Italie et en Espagne, raconte-t-il. Il y a quatre grands salons par année pour la plomberie et la céramique, alors on fait le tour du monde pour les trouver, ces objets-là. »

Et comment trouve-t-on preneurs pour de telles merveilles ? « Notre réseau est basé sur des professionnels comme les designers et les architectes, indique M. Ramacieri. Ce sont eux qui fidélisent notre clientèle. En fait, disons que c’est donnant-donnant, ils viennent chez nous parce qu’on est branchés sur ce qui est avant-gardiste, alors ils ont hâte de voir nos nouveautés. Par la suite, ils reviennent nous montrer ce qu’ils ont fait avec le matériel qu’on leur a mis entre les mains. »

Un peu d’histoire…

Le grand-père de Gianni Ramacieri a ouvert la boutique en 1967. L’entreprise familiale s’appelait alors RAMCA. Tous y ont oeuvré, les fils, les brus, les petits-enfants, et ce, jusqu’à ce que l’actuel directeur et copropriétaire en reprenne les rênes en 2004 en rachetant l’entreprise familiale.

Avec l’entrée en scène de la troisième génération aux commandes s’est ajouté l’art de la plomberie à la traditionnelle céramique dans les rayons de la boutique outremontaise, le tout grâce à une association avec le groupe Soligo, propriétaire de la boutique Céramique Décor à Québec, une autre institution.

La clientèle pour les projets résidentiels génère la majeure partie du chiffre d’affaires de Ramacieri Soligo inc., mais la division commerciale est « tout de même importante », selon le commerçant, notamment grâce aux restaurateurs et commerçants branchés à la recherche de produits « plus nichés », de pièces originales « qu’on ne trouve pas ailleurs ».

L’art de la salle d’eau

Lorsqu’on allie l’art de la céramique et de la plomberie, est-ce à dire qu’on peut planifier une salle de bain de A à Z ? « Nous sommes en effet un one stop shop, assure Gianni Ramacieri. Pour les salles de bain, c’est pratiquement clé en main, on ne fournit pas la main-d’oeuvre et c’est tout juste. On peut dire qu’on entreprend le projet ensemble avec le client : pharmacie, robinetterie, céramique — même les crochets ! —, on peut assurément faire ou refaire une salle de bain au complet. »

L’entreprise offre aussi ses services pour la cuisine (robinetterie, comptoirs et planchers). « Notre service est personnalisé et l’ambiance, chaleureuse et familiale, explique Gianni Ramacieri. On s’assoit pour prendre un café, on demande : “Qu’est-ce que vous voulez faire ?”,et on jase. C’est relax et il n’y a pas de vente sous pression chez nous. »

La formule semble fonctionner pour cette entreprise qui fêtera ses 50 bougies l’an prochain et qui compte une trentaine de personnes à son service. « Ç’a augmenté rapidement, explique le copropriétaire. Quand j’ai repris l’entreprise, on était à peine une douzaine. » Voilà qui apparaît admirable pour une entreprise familiale ayant investi le même marché que les grandes surfaces de quincaillerie.

Fausse réputation élitiste

Quand on lui parle du luxe des produits offerts à sa boutique, Gianni Ramacieri sourcille légèrement. C’est que beaucoup de préjugés collent encore à la peau de l’entreprise familiale.

« Les gens nous ont collé une étiquette selon laquelle chez nous c’est très cher, alors que ce n’est pas vrai, affirme-t-il. Ce n’est pas comme rentrer chez Cartier. Oui, on offre du haut de gamme et on met en vitrine les plus belles pièces dénichées dans les salons. On ose mettre des carreaux novateurs que vous ne verrez pas ailleurs. Mais le hic, c’est que parfois ça peut effrayer les clients potentiels, qui se disent : “C’est bien beau, mais je n’achèterai pas là, car je ne crois pas que je puisse me le permettre.” »

Or, rien n’est plus faux, selon le commerçant. « Notre gamme de prix est très vaste et les petits projets sont les bienvenus, assure-t-il. C’est certain que je n’approuverai jamais quelque chose qui est cheap, je vais toujours y aller pour la qualité, mais à bon prix. Et ça, ça existe chez nous. »