Bien planifier un projet

Sophie Suraniti Collaboration spéciale
De plus en plus de gens font appel à des designers d’intérieur, que ce soit dans le commercial ou le résidentiel.
Photo: Stéphane Groleau De plus en plus de gens font appel à des designers d’intérieur, que ce soit dans le commercial ou le résidentiel.

Ce texte fait partie du cahier spécial Habitation

Jean-Guy Chabauty en a vu passer, des mandats, depuis qu’il exerce ce métier ! À la tête de l’Atelier Moderno depuis 1997, le designer montréalais nous explique comment il aborde, planifie et coordonne un projet avec son équipe, qu’il soit résidentiel ou commercial. Stimulant et éclairant.

 

Dans le cadre d’un projet résidentiel, la rencontre se fait toujours sur place, chez le client. « C’est un contact de personne à personne, avec plein de non-dits que je ressens : la façon dont les occupants se déplacent dans leur environnement, ce qui les dérange. Être dans leurs lieux, les écouter (j’enregistre notre conversation) est pour moi le commencement de tout mandat. » Après cette première prise de contact s’ensuit une visite documentée comprenant une prise de photographies, des annotations et l’observation des alentours — certaines vues pouvant se révéler intéressantes ou le site portant une histoire. Ce relevé du potentiel de l’existant est le point de départ. Transformer un lieu s’avère un long processus. C’est pourquoi chaque rencontre de travail doit être dynamique, efficace, tout en laissant place à une distance propice à la réflexion, à la « digestion » de toutes ces informations et de ces ressentis. Jusqu’au prochain rendez-vous.

Remue-méninges

À la suite du relevé de l’existant, l’agence au complet est appelée à réagir collectivement. « Chacun (nous sommes actuellement quatre) y va de sa créativité, de ses idées, de ses remarques. J’aime “challenger” les visions. » Il arrive d’ailleurs que deux idées différentes se combinent en une seule. Bien entendu, chez Atelier Moderno, on partage la même vision du design. « Nous sommes des adeptes de la modernité. C’est-à-dire que nous suivons les grandes règles du design moderne : éviter l’ornementation, aligner les éléments intervenant avec les structures, maximiser les matériaux, épurer l’espace, parvenir à créer une onde de choc… » Une fois le gros du design décidé, « acté » dans le respect des besoins et des coûts du client, chaque membre de l’équipe se voit assigner des tâches selon ses habiletés. Mais, du côté du client, il n’y a toujours qu’un seul et même interlocuteur. Capital.

« Lorsque j’amorce un projet, j’y pense constamment ! Ces moments me permettent de réaliser combien mon métier est une passion, une obsession. Je veux m’assurer que je tire le maximum des lieux, du projet en cours. » D’autant plus que l’agence de Jean-Guy Chabauty fait partie de celles qui gèrent tout de A à Z : de la décoration jusqu’au choix des électroménagers, en passant par la fabrication de mobilier intégré dans le projet. Le mandat s’achève ? Suit un gros « Ouf ! »de soulagement. Le mental est donc soumis à une forte pression. Une soupape qui ne coûte pas cher et qui permet de vider sa tête trop remplie d’influx créatifs ? Pour Jean-Guy, courir, chaque jour, peu importe le moment. Avis aux designers : faites du sport !

Sur papier, planifier

Devis, maquettes, plans techniques en 2D et 3D… Le designer doit fournir le maximum d’informations afin d’assurer un bon suivi tout au long du processus. Pour la construction neuve, il n’y a généralement pas d’imprévus. Pour la rénovation, c’est une autre paire de manches ! Les imprévus en font partie. Mais, grâce à une bonne planification, le designer a plus de maîtrise pour trouver des solutions rapides devant un problème. Et puis avec le temps, heureusement, les mauvaises surprises sont plus faciles à gérer ! L’expérience professionnelle permet de garder son calme face à certaines situations déstabilisantes. Pas de panique, donc ! Un problème est décelé ? On évalue tous les enjeux, puis on déroule le tapis des différents scénarios. D’un autre côté, comme le souligne Jean-Guy, « il faut aussi savoir se laisser surprendre. Il subsiste toujours un léger décalage entre les souhaits de départ et le résultat final. Les espaces vivent ! »

Avec quelques entorses

En effet, en cours de projet, le client peut exprimer certains besoins ou faire d’autres choix. Comme cet imposant réfrigérateur en acier inoxydable qui plaît tant au chef de famille… Gloups. Pas prévu par le designer ! « On tombe alors dans une mécanique psychologique [dans un projet résidentiel, l’approche est émotive, contrairement à un projet commercial, où l’aspect marketing prime ; on « vend » un produit]. Pour mon client, ce réfrigérateur lui procure un sentiment de sécurité. Il faut donc composer avec. » Le designer d’intérieur doit parvenir à intégrer certains changements sans rompre la vision de départ. Comme le rappelle Jean-Guy Chabauty, « une bonne planification, c’est lorsqu’il y a un équilibre entre la vision et les besoins ».

Fait pour durer

Comment faire en sorte qu’un projet tienne la route plusieurs années, s’inscrive dans le temps ? « SOBRIÉTÉ. Dans la facture visuelle et dans la facture des matériaux. Je privilégie toujours les matériaux de qualité qui répondent à la fonction demandée. Un béton au sol comme produit fini, c’est simple, fort et noble. Ça traverse le temps. » Beaucoup de clients sont impressionnés par diverses affaires… J’aime ceci, et cela, et ça aussi ! Mais tout combiner ne fonctionne pas. D’où l’importance des supports visuels transmis (les plans, les maquettes) et du pourquoi des choix (les explications, la logique), qui aide le client à comprendre les stratégies. Par contre, ce qui est plaisant, c’est que de plus en plus de gens font appel à des designers d’intérieur, que ce soit dans le commercial ou le résidentiel. « C’est la grande tendance ; et pour moi, la plus belle des tendances ! » se réjouit Jean-Guy.