Arteco

Nathalie Deraspe Collaboration spéciale
Banc en planche de pruche vernie
Photo: Arteco Banc en planche de pruche vernie

Ce texte fait partie du cahier spécial Habitation

L’essor fulgurant d’Arteco résulte du fruit de la rencontre entre Martin Comtois et son mentor Jocelyn Belleville. En l’espace de sept mois, cet ébéniste aux doigts d’orfèvre a transmis brillamment tous les secrets de son art à son nouvel élève.

M. Belleville était réputé pour fabriquer des canots de bois d’une qualité exceptionnelle. « C’était de véritables oeuvres d’art, explique Martin Comtois. Ses assemblages et ses dégradés étaient parfaits. Quand ils étaient peints, on pouvait penser qu’ils étaient en fibre de verre. » À la recherche d’un produit de niche, le futur entrepreneur songea que la même technique pouvait s’appliquer pour construire des bains en matériau noble.

Peu à peu, Martin Comtois reprit le petit commerce de M. Belleville et se lança dans la fabrication de baignoires, lavabos et cabinets de douche en pin blanc, cèdre rouge et autres essences. Les deux hommes ont eu l’occasion de concevoir trois bains de bois côte à côte avant que Jocelyn Belleville, 66 ans, ne soit foudroyé par une crise cardiaque le 12 septembre dernier. « C’était comme une relation de maître japonais à apprenti, confie Martin Comtois, encore sous le choc. J’ai souvent eu des mentors dans ma vie, mais lui, c’était un être extraordinaire. M. Belleville m’a transmis tout son savoir. Je vais continuer à faire des bains en son honneur. »

Bien qu’il ait travaillé durant 26 ans comme inhalothérapeute puis comme spécialiste clinique, Martin Comtois n’a jamais pu oublier les effluves du bois qui ont parfumé son enfance. Depuis son grand-père Rainville qui taillait une table à partir d’une souche à son père qui bâtissait des maisons, le souvenir enivrant des odeurs de l’atelier de son aïeul a suffi pour que, un jour, il décide de quitter la ville et de réorienter sa carrière dans sa région d’origine. Il a établi son entreprise à Saint-Michel-des-Saints, dans Lanaudière. « J’ai lâché un travail à 120 000 $ par année pour améliorer ma qualité de vie. Aujourd’hui, je redécouvre les tenons et mortaises et tous les vieux outils. Je remets au goût du jour les anciennes techniques. C’est un virage que je n’imaginais pas si amusant. »

Arteco est une des rares entreprises au Canada à proposer des baignoires et lavabos en bois. « Il s’en fait beaucoup en France, mais d’après ce que j’ai vu, ils connaissent beaucoup de problèmes d’étanchéité. Moi, mon bois est scellé et il n’y a aucune expansion possible. »

La seule fabrication d’un bain peut exiger jusqu’à 150 heures de travail. Chacun d’eux nécessite l’assemblage de 200 petites languettes angulées sur deux faces. Deux toiles de fibre de verre de l’épaisseur d’un essuie-tout viennent augmenter sa résistance. Après plusieurs opérations de ponçage, la pièce reçoit 12 couches d’époxy, de façon à vitrifier le tout. « Avant de commencer, il y a beaucoup de travail d’observation, précise Martin Comtois. Il faut bien réfléchir pour voir comment les teintes du bois vont s’assembler. »

 

La 3D à la rescousse

L’artisan embrasse sa passion avec la même ferveur que son maître à penser, mais n’hésite pas à faire appel à la technologie pour l’aider à effectuer son travail. Ainsi, chaque oeuvre est unique, mais les possibilités au niveau de la conception demeurent infinies. « Je peux faire n’importe quel moule. Je peux également aller prendre des photos chez mes clients et, grâce à la 3D, on a une très bonne idée de ce à quoi ça va ressembler. Vous pouvez même arriver avec votre dessin à la main et je vais reproduire exactement ce que vous voulez », indique M. Comtois. Les personnes intéressées peuvent aussi participer aux travaux en donnant un coup de main, comme au moment du ponçage, par exemple.

Homme de principe, Martin Comtois favorise au maximum l’utilisation des ressources locales tout en faisant appel à des travailleurs de la région. « Nous avions de grosses usines dans le coin, mais avec la crise du bois d’oeuvre, tout a été fermé. Dans 99 % des cas, j’essaie d’avoir du bois en provenance du Québec. Je peux aller le chercher à cinq minutes de chez nous. Je me suis entouré d’artisans locaux. Une parmi eux travaille le verre pour agrémenter les tables que je fais. Le forgeron qui fait les pattes de mes baignoires habite à deux pas. J’ai accès à un bûcheron quand je veux. Et une chance que j’aie mon père qui m’accompagne ! »

Le nec plus ultra

Les produits offerts par Arteco ne conviennent pas à tous les portefeuilles. Il s’agit de pièces haut de gamme destinées à une clientèle avertie et soucieuse de l’environnement. Toutefois, ce type d’investissement s’inscrit dans le temps. En plus d’être indémodable, une baignoire en bois a une durée de vie qui se compte en décennies. Idem pour le lavabo, offert en version solo ou en duo. En matière de confort, rien de comparable.

Bonne nouvelle, selon l’Institut canadien des évaluateurs, en rénovant la salle de bains (ou la cuisine), on arrive à récupérer de 75 à 100 % de l’investissement consenti lors de la revente de notre propriété. « La baignoire la moins chère se vend 5500 $, mais à Seattle, le même produit s’écoule à 27 000 $ », nuance M. Comtois.

Rappelons que l’entreprise a une approche responsable et utilise des matériaux écologiques, y compris la colle. Seul l’époxy a une moins bonne fiche environnementale, mais M. Comtois souligne que celui qu’il utilise dégage cinq fois moins de composés organiques volatils (COV) que la plupart des marques disponibles sur le marché.

Chez Arteco, toute la famille met la main à la pâte, de Gabrielle, 18 ans, qui fait la traduction de textes, à Olena Bilyakova, conjointe de M. Comtois, qui gère la comptabilité et l’image de l’entreprise qu’elle détient à hauteur de 49 %. Des projets d’expansion du côté de Los Angeles sont dans les cartons. « Là aussi, on entend utiliser les ressources de l’endroit, précise Martin Comtois. Tout sera fabriqué sur place. »