Les écoquartiers devraient devenir la norme

Hélène Roulot-Ganzmann Collaboration spéciale
Quatre échelles doivent être prises en compte au moment d’imaginer un nouveau milieu: l’agglomération, le quartier, la rue et le bâtiment.
Photo: Vivre en ville Quatre échelles doivent être prises en compte au moment d’imaginer un nouveau milieu: l’agglomération, le quartier, la rue et le bâtiment.

Ce texte fait partie du cahier spécial Habitation

Oeuvrer au développement de collectivités viables qui répondent aux besoins fondamentaux des résidants, favorisent la santé, la qualité de vie et l’équité, respectent les écosystèmes et permettent des économies à la fois énergétiques et financières : telle est la mission de l’association Vivre en ville. Pour y répondre, elle a lancé Objectif écoquartiers, un guide présentant 33 principes et balises et visant à outiller décideurs et promoteurs pour la conception et la mise en place de milieux de vie exemplaires à tout point de vue.

« À tout point de vue, parce que l’approche doit forcément être globale, précise Christian Savard, directeur général de Vivre en ville. Trop souvent, lorsqu’on conçoit un quartier qui répond aux normes du dével—-oppement durable, il manque des bouts. Certains mettent le paquet sur l’efficacité énergétique, avec des super-résultats, mais on a installé le quartier très loin, isolé, dans un ancien boisé, sans commerce de proximité. Les gens sont obligés de prendre leur voiture et, alors, tous les gains qu’on va faire pour chauffer les logements vont être perdus en dépenses énergétiques à cause des trop grands déplacements. L’approche intégrée remédie à cela, mais ça nécessite une plus grande planification, et ce n’est pas vraiment notre force au Québec, car les choix d’aménagement sont souvent faits par les promoteurs eux-mêmes, et non par les municipalités. Or ce n’est pas dans leur nature, ni dans leurs traditions, de penser au développement durable… Par exemple, la trame des rues va être dessinée pour maximiser le nombre de terrains qui vont être construits, pas pour faire en sorte de favoriser la marche. »

Ainsi, quatre échelles doivent être prises en compte au moment d’imaginer un nouveau milieu : l’agglomération, le quartier, la rue et le bâtiment. Et, pour chacune de ces échelles, le guide offre des conseils et des solutions, exemples à l’appui.

On apprend ainsi que, pour se prétendre écoresponsable, un quartier ne doit pas être installé sur des terres jusque-là agricoles, puisqu’il faut conserver les espaces productifs afin de favoriser l’alimentation de proximité. Il ne doit pas forcément partir de rien, parce que si le neuf permet l’utilisation de matériaux plus efficients, il oblige aussi à construire toutes les infrastructures : routes, rues, égouts, trottoirs, parcs, etc. Il doit être assez densément peuplé — au moins quarante logements par hectare — afin d’attirer à lui un transport en commun efficient et des services publics, mais pas trop non plus, pour respecter l’espace vital de chaque résidant. La largeur des rues doit correspondre à l’équivalent d’une à deux fois la hauteur des bâtiments qui les bordent. En deçà, il y a le risque de se sentir oppressé, au-delà, de perdre ses repères, ce qui ne favorise pas le contact entre les résidants.

On y apprend aussi que l’habitat doit être diversifié — maisons individuelles, plex, tours de condos, location, propriété, logements sociaux, habitations, commerces, services, etc. — afin de permettre une mixité sociale, gage de vitalité.

« Il y a une école dans la région de Québec qui a dû fermer au bout de 10 ans et on doit maintenant réhabiliter le bâtiment, raconte Christian Savard. On avait créé ce quartier pour y faire venir de jeunes familles. Aujourd’hui, les jeunes sont partis… On se retrouve avec un quartier vide d’enfants, alors qu’il avait été conçu pour eux. Il faut certainement éviter ça pour que les équipements roulent et soient utilisés au maximum. Les retraités peuvent par exemple se rendre dans les parcs le jour et les enfants en rentrant de l’école. »

Le guide Objectif écoquartiers s’adresse tout autant aux promoteurs soucieux de bien faire, et qui n’ont pas forcément le temps de potasser les milliers de pages du guide de la certification LEED, qu’aux municipalités qui doivent accepter de concéder ou non un terrain pour un projet immobilier. Et même aux citoyens qui voudraient s’y retrouver et être certains de ne pas se faire tromper quand vient le temps d’acheter ou de louer dans un quartier écoresponsable.

« Écoquartiers, quartiers verts, quartiers durables ou écoresponsables, appelez ça comme vous voulez, mais c’est devenu très tendance, affirme Christian Savard. Chaque municipalité, chaque citoyen veut faire sa part et réduire son empreinte énergétique. Alors, certains promoteurs mettent seulement une couche de vernis vert pour convaincre le client et essayer de vendre un projet. Parfois aussi, il y a des intentions sincères, mais on voit bien que ça ne passe pas le test de la réalité. C’est pour répondre à ce genre de choses qu’on a mis en place ce guide, mais aussi un site Internet sur le même sujet. Pour vulgariser tout ce qui se fait de mieux autour de la planète en la matière, tout en prenant soin de l’adapter à l’écosystème québécois. Parce que l’objectif n’est pas qu’un écoquartier demeure l’exception : les premiers doivent permettre de tester les façons de faire et servir de modèles pour, à terme, devenir la norme. »

Le but sous-jacent : faire en sorte que les résidants modifient leurs comportements, qu’ils deviennent plus écoresponsables, mais presque sans qu’ils s’en rendent compte. Sans culpabiliser.

« Alors, non, la voiture ne représente pas le diable dans ces quartiers, précise le directeur général de Vivre en ville. En revanche, on met tout en oeuvre pour que les résidants en aient le moins besoin possible, qu’ils privilégient le transport en commun et surtout la marche et le vélo. Mais ça, ça ne fonctionne pas si la première épicerie est à 2,5 km. En revanche, si elle est à 500 mètres et que, pour s’y rendre, il y a une piste cyclable ombragée, des trottoirs larges, voire un parc agréable à traverser, il y a de grandes chances que, de plus en plus, les habitants privilégient le transport actif. Les gens modifieront leurs comportements le jour où ce ne sera plus un effort. Il y a des limites à l’approche volontariste, des limites au sacrifice, des limites au discours selon lequel chacun doit faire sa part. Ça ne suffit pas. »

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