L’APDIQ souffle ses 80 bougies

Frédérique Doyon Collaboration spéciale
L’assemblée générale annuelle de l’APDIQ 2014
Photo: Gorini L’assemblée générale annuelle de l’APDIQ 2014

Ce texte fait partie du cahier spécial Habitation

Sa longue histoire témoigne d’une véritable révolution de la profession qu’elle représente. L’Association professionnelle des designers d’intérieur du Québec (APDIQ) fête ses 80 ans. Portrait.

Le changement de dénomination de décorateur à designer a beau remonter aux années 1970, l’évolution des perceptions va lentement et l’APDIQ oeuvre encore à faire valoir les qualités de la pratique actuelle du design d’intérieur.

« Le dossier le plus important, c’est la reconnaissance de la profession, affirme sans hésitation la directrice générale de l’association, Marie-Claude Parenteau-Lebeuf. Le public est de plus en plus au fait ; les gens font appel à nous pour être sûrs de faire affaire avec des professionnels qualifiés. Mais ce sont un titre et des qualifications qui gagneraient à être encore mieux connus. »

Des pas de géant ont pourtant été accomplis ces dernières années, directement liés au profond changement de la nature même de la profession. D’où le nécessaire coup de barre terminologique, énoncé et défini dès 1975, mais enchâssé dans l’appellation en 1994. C’est l’année où la Société des décorateurs ensembliers du Québec devient la Société des designers d’intérieur du Québec, laquelle fermera ses portes en 2002, pour renaître en 2003 sous son nom actuel.

« Le métier de décorateur existe encore, mais le terme ne convient plus à notre pratique, qui s’est complexifiée, souligne la directrice, entrée en poste au début 2014 après avoir oeuvré au sein du conseil d’administration. Il ne s’agit pas de choisir les couleurs d’un mur, ça concerne tout l’aménagement intérieur d’une maison ou d’un commerce. Nous faisons des plans d’éclairages, nous déplaçons des cloisons. On est dans l’ergonomie, la fonctionnalité, la résolution de problèmes. On commence à parler d’architecture d’intérieur. »

La pratique exige aussi de jouer avec des notions d’acoustique, de faire affaire avec des ingénieurs et des architectes, donc de bien connaître le code du bâtiment. Inutile de dire que l’avènement de la domotique et l’ère numérique multiplient encore les possibles que les designers doivent être en mesure de présenter à leurs clients et d’intégrer à leurs projets.

Avec cette nouvelle donne, c’est tout le cursus scolaire qui a aussi pris du coffre. En plus du diplôme d'études collégiales (DEC) technique en design d'intérieur d'une durée de trois ans, il existe maintenant aussi une formation de niveau baccalauréat. Certains designers ont même une maîtrise, voire un doctorat. « Les standards sont en train de changer, signale la directrice. Le minimum requis est une technique de trois ans — quatre ans dans le reste du Canada — et maintenant, on a des bacs, des maîtrises et des doctorats en aménagement. »

Tous ces changements ont culminé avec la récente marque de certification « designer d’intérieur certifié APDIQ », enregistrée auprès de l’Office de la propriété intellectuelle du Canada en 2011. Une certification qui exige de répondre à certaines normes : être membre accrédité de l’APDIQ, respecter son code de déontologie, détenir une assurance responsabilité professionnelle, avoir achevé la formation reconnue par le milieu. L’association compte ainsi plus de 400 membres certifiés.

Depuis 2012, de nouvelles exigences-clés se sont ajoutées : il faut avoir réussi l’examen nord-américain du National Council for Interior Design Qualification et respecter sa politique et son programme de formation continue, soit 30 heures tous les trois ans.

« Pour nos jeunes designers québécois, c’est une plus-value extraordinaire pour leur employabilité et une garantie de plus pour le public », indique Mme Parenteau-Lebeuf.

Cette adhésion à l’organe nord-américain s’est concrétisée quand l’APDIQ a rejoint les rangs de son homologue canadienne, Interior Designers of Canada, qui compte désormais neuf provinces parmi ses membres. Un indicateur de plus que le milieu se consolide sérieusement. « Ça veut dire que toutes les associations vont dans la même direction au niveau des standards qu’on établit. On travaille à l’homogénéisation de la profession. »

 

Vers un ordre professionnel ?

Le combat encore à gagner se livre sur le terrain législatif. Les lois encadrant l’exercice des professions d’architecte, d’ingénieur et autres sciences appliquées sont en voie d’être modifiées, notamment pour y intégrer l’Ordre des technologues professionnels du Québec. Une révision qui s’étire depuis des années, ballottée par les changements de gouvernement, mais qui offre une rare occasion pour les designers d’intérieur d’obtenir eux aussi une reconnaissance professionnelle.

« Pour nous, c’est l’occasion de se tailler une place, dit la directrice, qui travaille en étroite collaboration avec l’Ordre des architectes dans ce dossier. Parce que, quand le dossier va se refermer, ça va être long avant qu’il ne soit question de rouvrir la loi. »

L’APDIQ ne tient pas mordicus à la création d’un ordre professionnel. Il pourrait s’agir d’une intégration dans la loi ou d’un titre réservé, « dans le but ultime de mieux réglementer cette profession et de mieux protéger le public ».

Une relève active

Autre signe de vitalité du milieu et de l’APDIQ, un comité relève y organise des activités spécialement conçues pour la centaine de membres provisoires — de jeunes designers en attente de passer leur examen — et pour les membres étudiants. Des événements qui attirent aussi les membres professionnels. Un speed mentoring vient d’avoir lieu jeudi dernier. En 20 minutes, 20 membres provisoires ont fait la rencontre de 20 membres professionnels. L’activité à laquelle certains mentors tiennent à participer chaque année se fera aussi à Québec l’automne prochain. Les jeudis jaunes prennent la forme d’un 5 à 7, où on échange sur des thèmes liés à la réalité du métier. Prochain rendez-vous : le 12 mars, à la Société des arts technologiques.


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