Habiter au coeur de l’histoire de Montréal

Arnaud Stopa Collaboration spéciale
Photo: Devimco Immobilier

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Première en vue depuis 20 ans au centre-ville de Montréal : une tour d’appartements locatifs naîtra sur le terrain de l’ancien asile pour vieillards des Petites Soeurs des pauvres de Montréal, où le bâtiment historique sera conservé et mis en valeur.

Le projet des Condos O’Nessy, estimé à 175 millions de dollars et sis au 1800, boulevard René-Lévesque Ouest, comportera aussi un immeuble à condominiums de 14 étages et 250 logements.

« Si quelqu’un veut un appartement neuf aujourd’hui, il n’en trouve pas, explique Serge Goulet, président de Devimco Immobilier. On ne fait que des condos aujourd’hui. C’est donc un produit très en demande. »

La construction de la tour de 295 logements, rue Joseph-Manceau, devrait débuter au printemps 2015, pour une durée prévue de 18 mois. L’édifice fait partie d’un projet d’ensemble locatif de 2000 portes, destiné à garnir un portefeuille d’actifs de 900 millions, que l’entreprise compte revendre par la suite. « On souhaite l’offrir à des partenaires institutionnels, comme les fonds de pension, par exemple, dit-il. [Le locatif] c’est sécuritaire et c’est pour du long terme. Ça les rassure. »

Patrimoine préservé

Le bâtiment patrimonial, au centre du projet, sera préservé. La chapelle de 4000 pieds carrés sera convertie en espace commun qui regroupera une salle de sport et de yoga, un cinéma maison, un lounge à foyer et un spa. L’aile sera transformée en 24 condos de type loft, encore à l’étude. « La masse résidentielle du projet nous permet d’offrir plus de services, pour un prix plus bas. C’est un service unique pour cette gamme », estime Marco Fontaine, directeur principal, vente et marketing, de l’entreprise à l’origine du quartier Dix30.

L’asile pour vieillards des Petites Soeurs des pauvres de Montréal, qui accueillait 224 pensionnaires au début du siècle dernier, a connu une histoire riche. Seul l’édifice primaire, bâti en 1892 et dessiné par l’architecte Casimir Saint-Jean, tient encore debout, mais il est en mauvais état. « L’intérieur est assez endommagé, mais l’enveloppe sera intégralement préservée », confie Serge Goulet.

Bâtiment classé à valeur exceptionnelle dans l’inventaire de Ville-Marie en 2004 et en partie protégé par l’aire de préservation de la maison Shaughnessy, à l’angle opposé du croisement, son originalité tient dans « l’architecture de transition très épurée […], dans l’évolution de l’architecture religieuse […] : formation du plan au sol, passage du toit mansarde au toit plat, sobriété générale de l’architecture de façade », selon l’inventaire du ministère des Affaires culturelles québécois fait en 1979. Agrandi une première fois en 1910, puis en 1952, l’asile avait déménagé trois ans plus tard dans la rue Beaubien. L’ancienne maison Saint-Édouard allait alors accueillir l’Institut de Mgr Chaumont pour enfants épileptiques, avant de devenir le siège social de Centraide en 1969. L’organisme achètera le bâtiment 12 ans plus tard et modifiera son occupation maintes fois, pour être enfin transformé en bureaux en 2000. Le bâtiment étant désaffecté depuis 2009, c’est à ce moment que les ailes récentes ont été démolies.

Façade moderne

Deuxième réalisation de l’entreprise sur l’île de Montréal, après le district de Griffintown, la tour donnant sur le boulevard René-Lévesque proposera un « traitement spécial moderne » en murs-fenêtres, sans balcon en façade. De taille modeste — « la Ville ne permettait pas un bâtiment trop haut », selon Serge Goulet — l’édifice offrira une terrasse « à vue unique ». Quelque 20 % de la surface sera consacrée aux habitations de grande taille, de type 5 ½. Le président de l’entreprise estime que la demande est forte et que de plus en plus de projets proposent de grandes surfaces, mais le marché reste dominé par les petits logements.

L’intérieur des condos sera luxueux : planchers de bois franc, comptoirs de quartz, murs de briques et stationnement privé. Quant aux appartements locatifs, la gamme diminue légèrement. « Ce sera un plancher stratifié plutôt que du bois franc », explique Marco Fotaine.

Il n’y aura pas de locaux commerciaux ni de bureaux, confirme Serge Goulet. « On aurait aimé faire ça, quelque chose de commercial, mais le site [aux abords du village Shaughnessy et du Centre canadien d’architecture] ne s’y prête pas. »

La construction du bâtiment, qui se fera en deux phases, s’amorcera le mois prochain, pour une livraison en juillet 2015. Le prix de vente moyen des logements est établi à 428 $ le pied carré, pour une surface moyenne de 601 pieds carrés, contre une moyenne de 650 $ dans l’arrondissement. Les prix à la location ne sont pas encore définis.