Maison & objet à la conquête du monde

Jean-Claude Poitras Collaboration spéciale
Lampes Frida, de Borgo delle Tovaglie
Photo: Borgo delle Tovaglie Lampes Frida, de Borgo delle Tovaglie

Ce texte fait partie du cahier spécial Habitation - Septembre 2014

Paris avait revêtu ses plus beaux atours afin de célébrer, du 5 au 9 septembre derniers, la grande messe du monde du design qu’est devenu l’incontournable événement Maison objet (M O).

À l’heure où la majorité des salons internationaux destinés aux professionnels de tous les horizons battent de l’aile, s’essoufflent, se remettent en question et tentent de se repositionner, comment expliquer le succès toujours grandissant de Maison objet, consacré au design sous toutes ses formes ? Cet événement rassembleur et inclusif a su décloisonner toutes les disciplines du design en proposant une expérience immersive et multidisciplinaire audacieuse et visionnaire, tout en mobilisant tous les acteurs du milieu.

M O se veut aujourd’hui la fête et la référence de la planète design deux fois par année, avec ses éditions de janvier et de septembre tenues au Parc des expositions de Villepinte, en banlieue de Paris. Cette exposition a toujours su miser sur les atouts du design mondial en se faisant le porte-parole non seulement des designers et des fabricants, mais également des détaillants, des artisans et des médias en les faisant vibrer à l’unisson à chaque rendez-vous.

Pendant que les créateurs, les manufacturiers, les éditeurs, les diffuseurs, les bureaux de style et les agences de vente y dévoilent leurs collections, souvent dans des décors grandioses, les commerçants, les acheteurs, les journalistes et les chasseurs de tendances s’y rendent de plus en plus nombreux pour y renifler autant les mouvances passagères que les vagues de fond qui vont marquer nos intérieurs et notre lifestyle pour les années à venir. La déco tendance, le style intemporel, les objets d’art tout autant que les gadgets les plus fous y défilent en mode séduction. Où peut-on retrouver réunis dans un même lieu des décideurs aussi hétéroclites que les acheteurs de DeSerres, Arthur Quentin, Costco, Zone, La Baie, Indigo ou Un Fauteuil pour deux, la galerie-boutique la plus branchée de Québec ?

Si toutes les tendances semblent être dans l’air du temps, elles se redéfinissent et se revisitent avec des approches esthétiques qui leur insufflent un goût d’inédit, afin qu’elles puissent prendre un nouvel envol pour les années à venir. C’est le cas du courant shabby chic, si cher aux âmes romantiques et nostalgiques, qui s’épure et se métamorphose sous l’influence et la force de la vague rough luxe, le mariage improbable mais réussi de la jeune fille de bonne famille et du mauvais garçon un brin délinquant, un charme fou.

Situation similaire pour l’ethnic chic qui, sous la poussée impétueuse de la mouvance néo-trad, prend des airs de jamais vu en mettant son âme à nu pour donner un effet dramatique et alluré avec un penchant pour l’essentiel. Les styles hybrides occupent dorénavant le haut du pavé.

Stars et étoiles montantes

 

Comme chaque année, M O a rendu un hommage particulier à un créateur qui a su imposer sa griffe dans l’univers du design tous azimuts. Tom Dixon, l’éclectique et brillant designer londonien, s’est vu couronner du titre de designer de l’année M O 2014. Le maître a exposé de façon éloquente la richesse de son talent dans un stand haut en couleur qui résumait bien la diversité de son talent. Avec ses odeurs de maison réinventées et ses lampes sculptures arty notamment, la star touche-à-tout du design, à l’instar de Philippe Starck, n’en finit plus de nous étonner et claironne haut et fort avec ces nouvelles lignes le grand retour de l’or et du laiton. Les années 1970, avec leur éclat et leur flamboyance, semblent avoir certainement inspiré cette icône de notre temps.

L’autre magicien du style qui aura su attirer l’attention des who’s who du design, lors du salon, reste incontestablement Tyler Brûlé, ce journaliste et personnage hors norme qui, après avoir lancé le magazine Wallpaper, devenu la bible de l’art de vivre contemporain, a créé l’événement avec le magazine mille fois couronné Monocle. Ce magazine mensuel allait provoquer la révolution dans l’industrie du luxe en traitant de sujets aussi divers que la culture, la politique, l’économie et le design, assurément. Ce gourou épicurien vient d’ouvrir six boutiques, de Londres à Tokyo, et y dévoile ses collections signature prestigieuses. Cette figure de proue de tout ce qui fait bouger l’univers du design est un personnage à décrypter et un influenceur à suivre à la lettre.

En marge de ces deux monstres sacrés, la diva de la déco, Paola Navone, commence à laisser des traces immuables en imposant son style ludique et aérien sur l’ensemble des éléments qui composent les arts d’intérieur, de l’ameublement jusqu’aux arts de la table. Son omniprésence démontrait sa renommée toujours grandissante. Sa démarche créative visant à démocratiser le beau sans compromis se fait déjà admirer chez la grande marque américaine Crate and Barrel.

Ce sont sans contredit le lancement de la griffe Borgo Delle Tovaglie lors du salon et l’inauguration de la première boutique parisienne Borgo qui ont su attirer tous les regards des aficionados du design. C’est en 1996, à Bologne, que la belle histoire débute tout en douceur et en harmonie pour ce couple de créateurs originaires de l’Émilie-Romagne, formé de Valentina Muggia et de Giulano Di Paolo, deux esthètes passionnés par la grande tradition du bon goût à l’italienne, mais épris également de modernité et d’innovation. Aujourd’hui, c’est tout un art de vivre rempli de grâce qui se déploie à l’infini, allant du linge de maison à la vaisselle, du mobilier aux lampes absolument craquantes. Borgo nous propose une expérience à vivre hors du commun où tout n’est que beauté, luxe et volupté.

Les défis du design

 

En plus de lancer des tendances, M O se veut également un lieu de rencontres unique où les influenceurs et les décideurs débattent, s’interrogent, se projettent dans l’avenir et se lancent des défis autour de forums et conférences qui permettent de poser un regard éclairé sur les changements que vivent non seulement nos sociétés occidentales, mais bien l’ensemble de la planète. Cela explique sûrement d’ailleurs la participation toujours plus importante de plus petits pays émergents qui se positionnent avec audace et conviction désormais sur l’échiquier international du gotha du design. Parmi ces pays qui ont su se démarquer au cours des dernières années, il faut saluer la prise de position sans équivoque envers le design de Taïwan, de Singapour, de la Corée du Sud, de la Thaïlande, de l’Afrique du Sud, de la Tunisie, de la Turquie et de la Lettonie, des pays qui se permettent aujourd’hui de jouer dans la cour des grands.

Cette ouverture vers le monde a toujours été fondamentale pour les dirigeants du salon français. Loin de se cantonner autour de l’élite du design européen bien établi et bien nanti, ils ont toujours su démontrer une ouverture d’esprit qui a favorisé l’éclosion et la reconnaissance du talent partout sur la planète.

Les directeurs de M O s’apprêtent à relever de nouveaux défis en lançant deux nouveaux événements qui risquent d’être particulièrement marquants sur la scène du milieu du design international. Le premier salon Maison objet Asia se tiendra du 10 au 13 mars 2015 à Singapour, alors que Maison objet Americas aura lieu à Miami du 12 au 15 mai 2015. Ces rendez-vous immanquables et essentiels démontrent envers et contre tout que la créativité et le design n’ont pas de frontières.

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