Peindre un vieux meuble, un sacrilège?

Assïa Kettani Collaboration spéciale
«Qu’il ait 50, 100 ou 200 ans, s’il traîne au sous-sol et ne sert à rien, aussi bien le peindre!» dit l'animatrice Vanessa Sicotte.
Photo: Vanessa Sicotte «Qu’il ait 50, 100 ou 200 ans, s’il traîne au sous-sol et ne sert à rien, aussi bien le peindre!» dit l'animatrice Vanessa Sicotte.

Ce texte fait partie du cahier spécial Habitation - Mars 2014

Repeindre le vaisselier de matante Yvette ou l’armoire familiale antique ? Même si vos pinceaux vous démangent, une petite voix dans votre tête (ou celle de votre conjoint) vous glisse que peindre un vieux meuble en bois, c’est mal. Alors, idée du siècle ou sacrilège ? Le pour et le contre avec Pierre Plante, antiquaire, et Vanessa Sicotte, animatrice de Sauvez les meubles !.

Propriétaire du magasin d’antiquités Le Butin dans l’arrondissement Hochelaga-Maisonneuve, Pierre Plante est catégorique : on ne repeint pas une antiquité, ne serait-ce que pour sa valeur marchande. Une armoire datant de deux siècles, repeinte ? « Elle ne vaudra plus que le dixième de son prix. C’est votre choix… », dit-il en haussant les épaules. D’autant plus que donner un coup de pinceau, c’est un peu comme effacer un pan de l’histoire.

 

« Un vieux meuble est passé entre des dizaines de mains, a survécu à des déménagements ou des incendies », et certains meubles ont été confectionnés sur mesure par le « meilleur ébéniste du coin » à l’occasion d’un mariage. « Il faut respecter ça », estime-t-il.

 

Et puisque le fait main était de mise jusqu’au XXe siècle, la touche de l’artisan ajoute à la valeur du meuble : chaque pièce est unique, n’ayant ni tout à fait la même teinte, ni les mêmes nuances qu’une autre. « Un oeil averti les reconnaît tout de suite. » Alors, pour éviter de les dénaturer… « on n’y touche pas ! »

 

De plus, certaines essences de bois « nobles » — comme le noyer, le chêne ou l’acajou — imposent le respect : en les recouvrant de peinture, on se priverait du sacro-saint grain du bois. Et, selon Pierre Plante, le bois dure, mais les peintures passent. « Les tendances du moment vieillissent mal. Au bout de 5 ou 10 ans, on s’en lasse, alors que le bois sera encore là dans 50 ans. Ce sont des meubles qu’on va garder toute notre vie. » Alors, pour éviter de se faire taper sur les doigts, on opte selon lui pour un nettoyage, un sablage léger, puis une cire ou une huile pour protéger. « J’y touche le moins possible. »

 

Une seconde vie

 

Vanessa Sicotte, quant à elle, ne l’entend pas ainsi. « Qu’il ait 50, 100 ou 200 ans, s’il traîne au sous-sol et ne sert à rien, aussi bien le peindre ! » À moins que l’objectif soit de le revendre, c’est le meilleur moyen de lui donner une seconde vie et d’éviter qu’il finisse dans l’humidité, dans la poussière ou, pire, sur le trottoir. « Si ça ajoute quelque chose au décor, je conseille d’y aller avec de la peinture et même d’y aller avec de la couleur. »

 

Un sacrilège ? Pas du tout, d’autant plus que, insiste-t-elle, rien n’est permanent. « La peinture n’abîme pas le meuble si elle est bien faite. » Le seul impératif : appliquer un apprêt avant de peindre, pour que la peinture ne soit pas absorbée par le meuble et qu’on ne puisse plus revenir au bois naturel. « Si on change d’avis, il suffit de le décaper pour retrouver le bois qui sera toujours en dessous. » Qui plus est, la peinture va même le protéger en lui servant de couche protectrice.

 

En pratique ? « J’ai déjà repeint de l’acajou massif, du chêne et du merisier avec grand plaisir. » Et n’en déplaise aux puristes, « j’ai chez moi une chaise qui a plus de 400 ans, que j’ai fait venir par bateau d’un château de France. Je l’ai entièrement redorée, et aujourd’hui, elle trône dans mon salon et on en profite tous les jours ! »

 

Seule exception à la règle : les instruments de musique, délicats à retoucher au risque de les abîmer ou de les désaccorder. « Je le ferais faire par un professionnel. » Son verdict : repeindre une antiquité, c’est « faire revivre une relique de façon créative ».

Collaboratrice

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Trois peintures écologiques et non toxiques tout indiquées pour repeindre un vieux meuble

La peinture de lait est faite à partir de pigments naturels, de caséine (protéine du lait), de calcaire et d’argile. Utilisée depuis plus de deux siècles en Amérique du Nord, elle a l’avantage de donner un fini à l’ancienne, très mat, et un charme rustique accessible dans une belle variété de couleurs. En plus, elle est 100 % non toxique, ce qui en fait la candidate idéale pour la chambre de bébé. Les plus débrouillards pourront tenter de la faire eux-mêmes, mais on la trouve aussi dans le commerce en poudre. Il suffit alors d’ajouter de l’eau et de bien agiter pour obtenir la consistance voulue. On nettoie préalablement la surface, on la sable au papier fin, on ajoute ou non un adhérant (selon le type de ­surface), on applique deux couches en sablant ­légèrement entre, puis on protège le tout par l’application d’une finition, que ce soit du vernis, de la cire ou de l’huile pour bois. Et selon les goûts, on peut la travailler pour aller chercher des aspects écaillés ou créer différents finis.

La peinture à la craie, tout aussi naturelle et non toxique, est à base d’eau et de pigments naturels. Son plus bel avantage : sa facilité d’utilisation. Vendue ­prémélangée, elle adhère à presque tout et ne nécessite pas de sous-couche ni d’ajout. Comme elle est très ­couvrante, on peut l’appliquer en une seule couche, puis patiner son aspect très mat naturel avec de la cire. Pour varier les finis, on peut également la diluer avec un peu d’eau, ce qui aura pour effet de moins couvrir le grain du bois.

La peinture à l’eau, moins chère et accessible partout, existe en formule sans COV. En plus d’avoir la plus vaste gamme de couleurs, elle permet de jouer à son aise avec les finis : lustré pour un aspect contemporain ou mat pour un aspect champêtre. On n’oublie pas de sabler légèrement avant l’application et entre les couches, et de terminer avec un vernis pour qu’elle dure plus longtemps.

Pour finir, on pourra opter pour la cire d’abeille, l’huile de chanvre, l’huile d’abrasin ou encore du vernis à base d’eau, qu’on pourra utiliser aussi bien sur une table de cuisine que sur des jouets et meubles pour enfants.

Collaboratrice

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